Critique de concert Nicolas Cante - festival "And on the other hand"

Nicolas Cante ou le temps bien pianoté

Il y a de nombreuses similitudes entre la météo qui sévit sur Marseille en ce début de rentrée et le concert donné par Nicolas Cante dans le cadre du festival de musique improvisée And on the other hand. Confortablement installé dans la première salle (le bar) du Théâtre des Argonautes, il eût fallu que j’aie avec moi tout l’attirail dont on se munit lorsqu’on sort ces jours-ci à l’extérieur. Non pas qu’il pleuve à l’intérieur des Argonautes, non. Non plus qu’il y fasse si chaud qu’il nous faille enfiler un short et un maigre marcel. Non. Mais plutôt que le spectacle donné ce soir-là par Nicolas Cante avait convoqué tonnerre, pluie, soleil, vent cinglant, giboulées, bises, nuages noirs et ciel bleu. Oui. Tout ça. Un microclimat ultra changeant, sur le fil, faisant faire aux baromètres que nous sommes une danse en dents de scie.

Ce piano-là n’était pas un Pleyel de concert. Plutôt un instrument de saloon, à ciel ouvert qui plus est, c’est-à-dire éventré, pas pudique pour un sou et sous assistance électronique. Partant de ses entrailles de fer et de bois, des fils venaient nourrir des machines à boutons et à lumières clignotantes. Quel rapport avec la météo, me direz-vous ? Pour l’instant, si l’on ne prend en compte que ces bouts de bois, ces cordes et ces chipsets, aucun.

C’est lorsque Nicolas Cante s’est assis sur son tabouret et qu’il a posé les doigts sur ses claviers que la frontière entre intérieur confortable et chaleureux et extérieur froid et pluvieux s’est évanouie. Quelques notes égrainées, un petit air simple, une tension palpable comme un soir d’orage. Le ciel est noir. Tout est électrique, à commencer par les doigts posés sur les touches. Quelques notes donc, empilées rapidement dans une machine à répétition et à stockage, transfigurées bientôt en un socle sourd sur lequel le pianiste viendra poser des bruits divers – cordes maltraitées à l’aide d’une truelle à enduit, bois frappé, cordes fouettées à la baguette de batterie – lesquels bruits seront eux aussi empilés pour faire de l’orage une tempête, et de la tempête un cyclone. Et sur ce cyclone, il fait encore courir ses doigts, dans ce déluge il s’amuse, dans ce chaos il chante de petits airs doux comme chanterait un enfant à l’abri dans une cage de Faraday. STOP.

De sa main posée sur un déclencheur, il chasse toute la pluie, tous les éclairs et tout le vent. Ne reste que cette mélodie enfantine, un rayon de soleil se frayant un chemin, une bouée de sauvetage ou une perche, jouée doucement, le sourire aux lèvres. Il sait ce qu’il fait, il sait ce que provoque chez nous le fait de commander aux éléments. Et c’est avec encore plus de plaisir et d’un doigt qu’il relance ses mille chevaux électro-acoustiques, énergie contenue et tournoyante quelque part, pour une autre promenade où pleuvent des notes et des copeaux de bois…

Le voyage dura quarante-cinq minutes. Nous sommes passés par des sous-bois où le son était sombre et molletonné. Nous sommes passés par des clairières où le soleil chauffait nos cœurs, par des bords de mer où le vent fouettait nos visages endoloris.
Nous avons voyagé par tous les temps.
Nous étions bien accompagnés.
Nous n’avons pas vu le temps passer.

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Bonus vidéo :

Il y a de nombreuses similitudes entre la météo qui sévit sur Marseille en ce début de rentrée et le concert donné par Nicolas Cante dans le cadre du festival de musique improvisée And on the other hand. Confortablement installé dans la première salle (le bar) du Théâtre des Argonautes, il eût fallu que j’aie avec moi tout l’attirail dont on se munit lorsqu’on sort ces jours-ci à l’extérieur. Non pas qu’il pleuve à l’intérieur des Argonautes, non. Non plus qu’il y fasse si chaud qu’il nous faille enfiler un short et un maigre marcel. Non. Mais plutôt que le spectacle donné ce soir-là par Nicolas Cante avait convoqué tonnerre, pluie, soleil, vent cinglant, giboulées, bises, nuages noirs et ciel bleu. Oui. Tout ça. Un microclimat ultra changeant, sur le fil, faisant faire aux baromètres que nous sommes une danse en dents de scie.

Ce piano-là n’était pas un Pleyel de concert. Plutôt un instrument de saloon, à ciel ouvert qui plus est, c’est-à-dire éventré, pas pudique pour un sou et sous assistance électronique. Partant de ses entrailles de fer et de bois, des fils venaient nourrir des machines à boutons et à lumières clignotantes. Quel rapport avec la météo, me direz-vous ? Pour l’instant, si l’on ne prend en compte que ces bouts de bois, ces cordes et ces chipsets, aucun.

C’est lorsque Nicolas Cante s’est assis sur son tabouret et qu’il a posé les doigts sur ses claviers que la frontière entre intérieur confortable et chaleureux et extérieur froid et pluvieux s’est évanouie. Quelques notes égrainées, un petit air simple, une tension palpable comme un soir d’orage. Le ciel est noir. Tout est électrique, à commencer par les doigts posés sur les touches. Quelques notes donc, empilées rapidement dans une machine à répétition et à stockage, transfigurées bientôt en un socle sourd sur lequel le pianiste viendra poser des bruits divers – cordes maltraitées à l’aide d’une truelle à enduit, bois frappé, cordes fouettées à la baguette de batterie – lesquels bruits seront eux aussi empilés pour faire de l’orage une tempête, et de la tempête un cyclone. Et sur ce cyclone, il fait encore courir ses doigts, dans ce déluge il s’amuse, dans ce chaos il chante de petits airs doux comme chanterait un enfant à l’abri dans une cage de Faraday. STOP.

De sa main posée sur un déclencheur, il chasse toute la pluie, tous les éclairs et tout le vent. Ne reste que cette mélodie enfantine, un rayon de soleil se frayant un chemin, une bouée de sauvetage ou une perche, jouée doucement, le sourire aux lèvres. Il sait ce qu’il fait, il sait ce que provoque chez nous le fait de commander aux éléments. Et c’est avec encore plus de plaisir et d’un doigt qu’il relance ses mille chevaux électro-acoustiques, énergie contenue et tournoyante quelque part, pour une autre promenade où pleuvent des notes et des copeaux de bois…

Le voyage dura quarante-cinq minutes. Nous sommes passés par des sous-bois où le son était sombre et molletonné. Nous sommes passés par des clairières où le soleil chauffait nos cœurs, par des bords de mer où le vent fouettait nos visages endoloris.
Nous avons voyagé par tous les temps.
Nous étions bien accompagnés.
Nous n’avons pas vu le temps passer.

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Signature : Saïht Amh
le 20/09/2009
Photographe : pirlouiiiit
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