Critique de concert (mes) Eurockéennes de Belfort 2005, 3/3 : Nosfell, The Killers, Le Tigre, Mass Hysteria, Isis, The Bravery, Sonic Youth, Kraftwerk, Louise Attaque, Amon Tobin, Röyksopp


Photo www.eurockeennes.fr
Pour le deuxième jour du festival c'était par là !
Dimanche 3 juillet : Valeurs sûres, électro futuriste et ancestrale
Toujours sous le charme de sa prestation d'hier, nous faisons violence à la fatigue accumulée et à nos bas instincts siestomanes pour être à l'heure pour voir Nosfell, ce coup-ci en solo. Après une longue attente, celui qui ne nous est plus étranger depuis sa prestation sublime d'hier (voir chronique précédente) est tout de même toujours un extra-terrestre ; il parle d'ailleurs une langue de son invention. 45 minutes (plus que prévu) de bonheur à regarder cet étrange artiste, aux compositions calmes puis hystériques dont personne ne pourrait réellement définir le genre, accompagné par un violoncelliste impeccable. Il pousse petits cris et gros hurlements, enregistre des boucles de human beatbox sur lesquelles il danse ensuite comme un pantin ivre derrière un drap tendu, maintenant c'est sûr, cet "homme" (supposons qu'il est humain) est fascinant et génial ! (Parenthèse : carton rouge à la Fnac - un de plus - qui nous empêchera plus tard, malgré un "Café Fnac" quasi-vide, d'aller féliciter l'artiste de vive voix !)

On sera donc navré par la prestation, tout ce qu'il y a de plus basique et qui plus est, pas très motivée (à moins que ce soit une attitude à la c...) du groupe The Killers, pourtant sympa sur album mais qui peinent à convaincre en live malgré leurs beaux costumes.

Brandon Flowers et sa bande veulent devenir aussi grands que U2 ? Grand bien leur fasse. C'est mal barré (et personne n'a besoin d'un 2ème U2, en plus ...si ?).
De toutes façons on a rendez-vous avec les harpies de Le Tigre qu'on attend fermement en live après de multiples écoutes de leur dernier album jouissif et régressif d'électro-punk, This Island. Elles arrivent sur scène en tenus roses kitsch à mort (créateur new-yorkais ?) et envoient un gros son assez mal réglé, où beaucoup (trop) de choses sont hélas jouées en play-back. Dommage, d'autant que les moments avec une guitare (notamment la tuerie Seconds) sont vraiment énormes, et que ces filles perdues pour le genre masculin défendent leurs convictions et leurs chansons avec une belle énergie, au micro ou au mégaphone ! Un concert sympathique et drôle, une petite déception tout de même...
En parlant de déception, on n'attendait certes pas grand chose de Mass Hysteria, remplaçant au pied levé les non moins dispensables Sum 41 et vendu depuis des années au grand capital (ils tournent avec Kyo, la honte !) après un ou 2 albums honnêtes dans les 90's. Et en effet, le groupe produit un brouhaha immonde à base de grosse batterie et de guitares en power-chord sous-accordées, et le chanteur -très énervant- porte un affligeant discours jeuniste... une musique que, pour le plaisir simple d'utiliser un si joli mot, nous qualifierons d'ex-cré-men-tiel-le ! Facile de faire lever les mains à tout le monde, mais si vous regardez bien la photo que vous avez prise à la fin, les gars, il doit y avoir pas mal de doigts d'honneur dédicacés à votre mentor Pascal Nègre (le notre est tout au fond à droite).

The Bravery étant un groupe de pop catchy et très efficace, un genre de 'Franz Ferdinand avec synthé' (dixit un collègue pointu en la matière), nous y accordons quelques minutes d'attention pour constater qu'en effets ils font sautiller le chapiteau entier avec leurs compo carrées et plaisantes. Cela ne nous empêchera pas de rejoindre les métalleux dans leur oasis de la Loggia avec Isis. Le groupe fait un métal dûr à définir car très original, progressif, avec de longs solos hargneux et désespérés (à la manière de Neurosis par exemple) : pas très joyeux mais sacrément hypnotique, dans le genre une révélation et encore, avec un son parfois limite ! Qui plus est, signalons un travail des visuels assez chiadé. On en ressort très content, après tout, qu'est-ce que c'est de porter trois jours de minerve, pour un tel plaisir de headbang en communion avec un excellent groupe ?

On retrouve avec plaisir mais sans hystérie les Sonic Youth (qui nous ont un poil déçu l'an passé à Rock en Seine) pour un concert très classieux comme toujours, mais encore un poil blasé. Est-ce d'avoir pris dix ans depuis qu'on les a découverts ? Un je-ne-sais-quoi semble brisé dans la dynamique de ce groupe, au son pourtant parfait et reconnaissable entre tous, en tant que papes du bruit maîtrisé.

Kim Gordon, bien jolie en robe de baby doll (ah ces gambettes...) semble d'ailleurs avoir une voix fatiguée. On écoute sans ennui leur musique et on regarde amusé les pitreries de Thurston Moore, éternel adolescent (toujours de l'acné et la mèche devant les yeux à 40 ans passés...), mais la fin du concert ne laisse que peu de regrets.

(Image www.guardian.co.uk)
Il est vrai que l'ultime grand rendez-vous doit se tenir en présence du mythique Kraftwerk, groupe formé il y a environ 30 ans, disparu dans les limbes et réapparu mystérieusement. Chacun sait qu'ils ont comme-qui-dirait inventé la techno ; on peut légitimement en attendre beaucoup. Le rideau se lève devant les 4 personnages en costard, immobiles et robotiques derrière leurs 4 lap-tops. Leurs tubes, pas remixés d'un brin, identiques aux originaux, réjouissent nos oreilles : Man, Maschine, Tour de France, Autobahn, Radioactivity (le pic dansant du concert assez statique par ailleurs), Trans Europe Express... appuyés par des projections minimalistes et classieuses, parfois franchement rétro. Quelques longueurs certes, mais au rappel pour We Are the Robots, ce sont 4 robots (avec les mêmes visages) qui prennent le relai, vision hallucinante, hilarante et énorme ! A peine remis, autre rappel et ils reviennent en combinaisons fluorescentes à la Tron pour finir leur set devant un public hystérisé par tant de créativité et de tubes qui ont hanté les années 80... Un très, très grand moment totalement surréaliste nous a encore été offert !
Après cela évidemment, il n'a jamais été question d'aller écouter Louise Attaque pour qui l'on nourrit une aversion certes exagérée mais bien réelle (même si certains amis fans en ont dit du bien). Passant le plus vite possible pour conserver nos oreilles intactes, on se réfugie donc un moment en compagnie d'Amon Tobin : après la techno préhistorique, celle du futur, exigeante et intellectuelle mais finalement un peu fatigante en festival (ça doit être plaisant à écouter chez soi, par contre).
La décision est prise, encore une fois, de rentrer (trop) tôt. Heureusement, le temps de retrouver toutes les brebis du troupeau au checkpoint nous permettra de voir un bon moment du concert des étranges norvégiens de Roÿksopp, beaucoup plus technoïdes que sur album, une excellente prestation dansante et agréable pour finir en douceur !
On repart du festival, bien évidemment la mort dans l'âme, tant les trois jours passés furent riches en émotions musicales variées et uniques...
Alors répétons-le, Longue Vie aux Eurockéennes, festival de pointe et de pointures, engagé socialement, écologiquement, musicalement défricheur et culotté, un grand bravo et, bien sûr faut-il encore le préciser après douze ans de vie commune... à l'année prochaine !
(surtout n'hésitez pas à m'écrire pour toute réaction même virulente à ce que vous avez lu ici!)
A lire aussi à l'occase pour les nostalgiques : Les Eurockéennes en 2004 ou encore en 2003... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !
Photos mae
Signature : Philippele 05/07/2005
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