Critique de concert OMax At Lomax

1. Comprendre le titre
Alan Lomax était un musicologue américain. Il réalisa un exceptionnel travail de collecte de musiques à commencer par les chants de prisonniers noirs, terreau des différents styles de musiques américaines.
OMax est un programme conçu à l’Ircam. Faites-lui écouter de la musique, il saura la reproduire et en créer. Plus d’infos ici si vous avez de l’aspirine, là si vous préférez la vulgarisation.

2. Comprendre l’action des OMaxiens
Deux laptops trônent au centre de la scène. Benjamin Lévy y œuvre d’emblée rejoint plus tard par Gérard Assayag, créateur du programme, tous deux de l’Ircam.
On entend le sax de Coltrane sur I Want To Talk About You. On pense tout d’abord à un simple clic sur un fichier Mp3 mais le sax se dédouble. John poursuit son solo dans l’ampli de droite, The Trane lui répond dans celui de gauche. Raphaël Imbert ajoute un troisième sax, en direct celui-là. C’est riche et beau. Benjamin clique et jubile en scrutant son écran que nous ne voyons pas. Installer un rétroprojecteur pour permettre au public d’apprécier l’action du logiciel aurait été judicieux. Tous les amateurs de jazz ne sont pas forcément retraités et n’ont pas eu l’occasion d’assister au séminaire d’apprentissage qui s’est tenu l’après-midi même…

OMax samplera par la suite une impro solo dont Raphaël Imbert a le secret : souffler sans produire de note, utiliser le seul bec du saxophone, créer une atmosphère marine d’où émergent des baleines…
OMax mixera différents styles de jazz, montrera sa capacité à collecter et créer à partir de différents types d’instruments, qu’ils soient monodiques (saxophone) ou non (piano), voire de deux instruments sur un même micro (trombone et saxo).
C’est lors du solo de Simon Sieger au piano que la compréhension fut la plus aisée : il semblait créer une base de données, pinçant les cordes, plaquant des accords, mixant les deux, jouant des gammes. OMax, tel un bébé qui apprend vite, passera rapidement des balbutiements à la répétition puis au langage.

3. Ne pas se prendre la tête et apprécier la musique
Déjà intéressante dans la première partie, notamment lors du duo trombone / saxophone, hommage au Duke, la prestation devient brillantissime après la pause.
La formation s’est alors étoffée :

Les standards de jazz revisités se succèdent et avec eux les soli. Raphaël Imbert y est délicieusement inspiré, Jean-Luc Difraya hybride (vocalement lyrique, jazzistiquement percutant), Pierre Fénichel contagieusement swinguant.
Simon Sieger est la révélation de la soirée, littéralement prodigieux à deux reprises lorsque son piano est l’objet de son énergique déchaînement. Thomas Weirich et lui m’avaient déjà provoqué quelques frissons dans leur Mr T. Explosive Jazz Trio voilà deux ans. Tous deux sont en outre les compositeurs d’une fort originale Incarnation.
Le reste, c’est du culte : John Coltrane (Selflessness), Thelonious Monk (We See), Coleman Hawkins (Picasso) ou encore le légendaire Basin Street Blues.

4. Se remémorer le titre
Le programme de l’Ircam n’a cessé son rôle d’apprentissage/création qu’à deux reprises lors de cette deuxième partie. A l’issue du spectacle, nous pouvons enfin voir le fameux écran sur lequel évoluait bébé OMax, sous les yeux –et l’action– de Gérard et Benjamin. Celui-ci nous en explique avec passion les grandes lignes.
Quant à Alan Lomax, Raphaël Imbert en est le pendant français : il a également sillonné le Sud des Etats-Unis lors d’un récent voyage d’études à la rencontre de musiciens de différents styles (country, bluegrass, jazz…) Sa collecte à lui n’est pas étrangère à la qualité de cette soirée.
Signature : mcyavellle 02/02/2011
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Photographe : mcyavell
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