Critique de concert Jazz des Cinq Continents (FJ5C 2012) 5/7 : Robin McKelle & The Flytones ft. Gregory Porter


Après deux ans sans jazz vocal ou presque (la seule Youn Sun Nah pour les deux dernières éditions), le FJ5C frappe fort cette semaine : Robin McKelle est la troisième spécialiste de la discipline après Térez Montcalm et Stacey Kent.
Nouveauté de l’année, on délocalise une soirée et ça se passe au Silo. La salle est modulable. La configuration assise a été choisie. Tout devrait donc bien se passer. La guerre debout/assis ne devrait pas avoir lieu…

Balayons d’emblée la comparaison avec Ella Fitzgerald concernant sa voix. Si elle était d’actualité lors de son premier disque, elle ne l’est plus. Robin McKelle semble avoir trouvé sa voie. Sa tessiture la prédestine davantage au rhythm’n’blues vers lequel s’oriente son répertoire actuel avec quelques incursions vers la soul, le blues et quelques standards de jazz qui subsistent.

Dans cette discipline, son interprétation de I’m A Fool To Want You, après celles, cultes, de Frank Sinatra et Billie Holiday, force le respect. Il faut dire que la dame est entourée des Flytones, six musiciens au talent indéniable, et que Al Street sait magnifiquement exprimer la langueur avec sa guitare.
Le problème avec la langueur, c’est que le terme peut vite devenir péjoratif comme sur l’intro, mielleuse au possible, du morceau qu’elle débute en duo au piano. Elle fait passer la pilule avec un final vocal josplinesque d’une folle énergie.

Au bout du compte, c’est – et de loin – cette énergie qui domine le set. Parfois agaçante pour certains spectateurs, témoin cette réflexion entendue dans les travées : "elle se croit à son club de gym ou quoi ?" qui résume bien la situation. Capable de tenir tout un morceau (en l’occurrence Walk On By de Dionne Warwick) à s’accroupir et se relever en rythme, elle exhorte le public à en faire de même (euh… on va dire que j’ai mal au genou) ce qui crée un nouvel incident assis / debout, ceux qui se sont approchés en dansant déclenchant les foudres de ceux qui veulent se rasseoir après tant d’efforts. Agaçante également sa propension à saupoudrer de "Mââââsseill’" chacun de ses titres.

Au fait, le programme précisait : Robin McKelle & The Flytones featuring Gregory Porter.
Ceux qui sont venus pour l’homme à la cagoule sous casquette ont dû repartir frustrés (mais contents d’avoir vu la casquette sur cagoule de près) : deux duos en tout en pour tout, le premier étant carrément de la variétoche. Le second, heureusement, fut un des grands moments du concert, prouvant que Gregory Porter a le sens de la formule (1960 what ? 1960 who ?) avec des cuivres diaboliques.

On retrouva Gregory Porter sur les deux rappels, aux antipodes l’un de l’autre : le chaud sur un beau duo vocal (la reprise de To Love Somebody des Bee Gees), le froid sur la miellerie finale présentée comme quelque chose de "very special" parce que nous sommes "very special"…
Plus de photos ici.

Guest : Gregory Porter : chant.
Signature : mcyavellle 29/07/2012
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Photographe : mcyavell
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