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Lundi 28 mai 2012 : 9066 concerts, 20891 critiques de concert, 4722 critiques de CD.

Critique de concert Festival de Big Band de Pertuis Jour 2 : Paul Chéron Sextet Invite Nadia Cambours + Ping Machine (Festival de Big Band)


Festival de Big Band de Pertuis Jour 2 : Paul Chéron Sextet Invite Nadia Cambours + Ping Machine (Festival de Big Band) en concert


4 étoiles, bon concert

Jaime

Nuit du 4 août 1789 : Abolition des privilèges.
220 ans plus tard, les privilèges existent encore. J'ai eu celui d'assister à la deuxième soirée du onzième Festival de Big Band de Pertuis. Deux parties bien distinctes :



Pour commencer, Paul Chéron Sextet invite Nadia Cambours. Des camions couchés sur l'autoroute les ont fait arriver à la bourre. Le set débute avec une petite demi-heure de retard que nous oublierons vite. Le duo de clarinettes que Paul Chéron nous offre avec Jean-François Bonnel sur le premier titre est de bon augure. Trois créations de Sydney Bechet suivent. Des pièces peu connues revisitées par le sextet : I Had It But It's All Gone Now, What A Dream, Polka Dot Stomp. Paul troque sa clarinette contre un mini saxo, Jean-François la sienne contre un cornet à pistons, toujours pour une même réussite : Sydney Bechet is alive and well in Pertuis. La soirée est déjà réussie.



C'est alors qu'arrive Nadia Cambours, robe noire et éventail rouge. Le répertoire change totalement. Middle Jazz time avec un hommage à Billie Holiday (5 titres) qui nous fait découvrir son timbre de voix. Moi qui ai eu le privilège d'entendre Melody Gardot voilà dix jours, je découvre une autre grande voix du jazz, chaude, puissante, sensuelle. Sa façon de susurrer le mot "Baby" vous fait regretter d'être assis à côté de votre femme et provoque chez vous de grands soupirs. Ajoutez à celà la présence d'un pianiste haut-de-gamme à la main droite supersonique (Thierry Ollé), les magistraux soli des instruments à vents qui se chevauchent comme des tuiles, l'attitude un peu fofolle de Nadia et son humour lorsque Léandre interrompt le set à deux reprises pour faire une annonce relative à un véhicule mal garé, et tous les ingrédients sont réunis pour un début de soirée réussi. Nadia Cambours disparaît un moment pour une nouvelle plage Sydney Bechet.



C'est pour mieux revenir nous gratifier d'un Don't Explain avec les seuls Pierre-Luc Puig (contrebasse), Henri Chéron (guitare) et Guillaume Nouaux (batterie) en accompagnement.

En deuxième partie de soirée, Ping Machine souffle quant à lui le chaud et le froid. Du jazz moderne écrit par le guitariste Fred Maurin et qui ne va pas plaire à tout le monde. Tout semble écrit sur les partitions et c'est quelquefois difficile à croire. Ma femme a quitté son siège (motif officiel : aller s'acheter une barquette de frites, le délai entre les deux sets ayant été trop court à cause du retard dû aux camions) et bien d'autres l'imiteront à la fin de chaque pièce. Des pièces de 7 à 9 minutes en moyenne avec énormément de densité et de relief lorsque tous les cuivres jouent à l'unisson, avec excessivement de "créativité" lorsque chacun expérimente les limites de son instrument. Dans le premier cas, ça me prend aux tripes, dans le second, je regarde ma montre (c'est pour ça que je connais la durée des morceaux). Un exemple parmi d'autres de "l'originalité" des compositions : Sur Random Issues (traduit par "Préoccupations disparates"), trombones et trompettes jouent une phrase, se hâtent de mettre la sourdine pour jouer la suivante, ont juste le temps de l'enlever à nouveau pour jouer la troisième et les trompettes doivent refaire le test de rapidité pour la quatrième.



Des familles avec des enfants d'abord s'éclipseront, des personnes âgées ensuite. Ma femme reviendra après avoir mangé ses frites ("les meilleures du monde" paraît-il). La pause après le premier set fera l'objet d'un exode massif, tous âges confondus. On aime ou on déteste. J'ai envie de faire partie de ceux qui aiment grâce aux plages où le sax ténor de Julien Soro s'évade dans les ruelles de la ville. Je mets cependant un gros bémol à cause des réflexions de mépris à deux balles que j'ai entendues de ma voisine de gauche : "Ils ne comprennent rien donc ils s'en vont" et de derrière, parente d'un musicien : "le public du sud est très froid. Quand ils jouent à Paris, à l'Olympic, les 40 personnes présentes font plus de bruit qu'ici". Comme ma femme n'a rien compris et comme je suis du sud, nous grossissons les rangs des fuyards, plus sympathiques, qui eux déclarent : "ce sont de bons musiciens, c'est dommage qu'ils jouent des trucs pareils". Un conseil, si vous voulez voir le Ping Machine Big Band, allez les voir à l'Olympic et évitez les lieux peuplés de frigides profanes. Fred Maurin n'a pas dû signer cette date le couteau sous la gorge. Il a probablement voulu proposer à un public plus large que celui qui est habituellement le sien de découvrir sa musique. Là où Philippe Renault et le GranTork ont réussi l'année dernière, il a échoué.

Ping Machine : Fred Maurin : guitare, composition & direction / Jean-Michel Couchet, Fabien Debellefontaine, Florent Dupuit, Julien Soro, Guillaume Christophel : saxophones et flûtes / Fabien Norbert, Andrew Crocker, Sylvain Bardiau : trompettes / John Knight, Fidel Fourneyron : trombones et tuba / Raphaël Schwab : contrebasse / Rafael Koerner : batterie.


Bonus vidéo : Them There Eyes de Billie Holiday par Paul Chéron Sextet & Nadia Cambours


et une de Ping Machine.


 


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