Critique de concert Pitchfork Music festival Paris : Bon Iver, Lykke Li, Team Ghost, Kathleen Edwards, Jens Lekman, Fucked up, Real Estate, Washed Out, Mondkopf, The Rosebuds...


Bible tabou de tout journaliste musical rock-folk et électro 2.0 qui se respecte, Pitchfork a officiellement envahi le vieux continent les 28 et 29 octobre dernier. Site d'invasion : Paris, grande halle de la Villette. Ses troupes : une cohorte de hipsters déguisés de la tête au pied (du slim à la mèche, en passant par le motif léopard) jusqu'au portable. Ses armes : une sélection musicale pointue alignant petits groupes indé qui pulsent, grosses machines ayant fait leurs preuves depuis belles lurettes et une journée totalement programmée par Bon Iver (c'est bien l'indé, mais il faut quand même vendre des tickets).
Team Ghost
Remplaçants de dernière minute d'Iceage, les Français de Team Ghost et leur rock électro planant ont été les premiers, vendredi en milieu d'après-midi, à poser leurs accords lors de ce " grand rendez-vous de la hype " - comme il se murmurait dans les salons parisiens. Un choix de programmation à saluer tant la suite s'est révélée des plus étranges, côté transition.

Fucked up
Après le planant, donc, place à Fucked up. Combo mi-rock mi-hardcore emmené par un chanteur d'envergure (au propre comme au figuré) bavard et n'ayant pas peur de tomber le haut et de descendre dans la foule pour séduire. Le groupe canadien a tout donné. Les riffs étaient aiguisés, la voix gutturale, la batterie métronomique et l'ensemble ultra efficace. Mais à 17 heures, dur de déchaîner les foules. Un bon paquet d'adeptes sautillant se sont tout de même (heureusement) chargés de rendre au groupe la monnaie de sa pièce.

Real Estate
La vague suivante était clairement électro-pop (ou comment passer du coq à l'âne), avec des formations aux qualités diverses. À Real Estate la force de permettre aux gens d'aller boire un verre et de manger un bägel ou un hot-dog (hype oblige, pas de kébab ni de jambon beurre au Pitchfork). Car même si la mélodie entêtante de Kinder Blumen a de quoi transporter l'auditoire dans les étoiles un instant, dur de ne pas trouver l'ensemble du set un peu répétitif et gnangnan.
Washed out
Place ensuite à Washed out et sa dream-pop planante et plaisante, sonnant parfois comme du Moby en moins épique et moins pompeux (et avec des cheveux).

Mondkopf
Après une parenthèse Wild Beasts, Mondkopf lançait la dernière partie de la soirée. Fini la gentillesse hippie, place à l'amour violent et torride version clubber. On sort les blips et les basses, l'écran s'allume pour projeter ses premières vidéos de la soirée, et les corps se mettent à chalouper, pour progressivement verser vers des ondulations frénétiques dictées par les mélodies trance martiales du Français. Seul regret : ne pas avoir vécu les effets de cette musique sur le public à une heure plus logique (22 heures, c'est un peu tôt pour des rythmiques trance non ?). Une vraie bonne claque toutefois avant l'arrivée de la star de la soirée : Aphex Twin.

Aphex Twin
Et là, dur. Très dur même de qualifier la prestation du pape de l'électro. Caché dans l'ombre, derrière ses machines et sans jamais montrer son visage autrement que déformé sur écran géant, l'homme a proposé une expérience allant au-delà de la musique : près de deux heures de sensations pures, prenant en otage les sens des spectateurs. La vue ne pouvait s'empêcher de fixer les lasers ou le spectacle vidéo proposé par l'artiste (des montages comprenant notamment des déformations de visages du public, ou de photos de people). Le toucher et l'ouïe étaient possédés par les secousses rythmiques en dent de scie, naviguant entre le meilleur de l'ambient et le top de la drum'n'bass déconstruite. Embarqués dans un voyage allant du torride à l'obscur, du festif au frénétique et de la raison à la folie, nombreux sont ceux qui, ce soir là, ont dû redécouvrir la musique électronique.
Après cette expérience, pas moyen toutefois pour votre serviteur de continuer la soirée. C'est très bien Pantha du Prince, mais autant rentrer sur une note légendaire. Les hipsters clubber savaient, eux, encore plein de bonnes choses à se mettre sous la dent jusqu'à l'aube chantante avec Cut Copy, Four Tet et Erol Alkan...

Le lendemain, les survivants, cernes sous les yeux, à peine remis, retrouvaient dès 14 heures la masse des addicts de la folk pour la suite des réjouissances. Là encore, la question de la programmation (et surtout de ses horaires) pouvait se poser, tant les excès de la veille semblaient dur à digérer face à des prestations douces et intimistes sonnant comme d'interminables appels à une sieste méritée. Mais peu importe, après des litres de cafés, et équipés d'allumettes pour garder les yeux ouverts, le festivalier sait toujours trouver de la ressource.

the Rosebuds
Face à un public clairsemé (et fatigué donc), the Rosebuds, premiers choix du curateur Bon Iver, on lancé l'après-midi avec leur pop rock tout en retenue. Guitariste au joli timbre de voix (et au français impeccable), évoluant comme un poisson dans dans le registre du folk dylanesque, Kathleen Edwards a pris la suite, pour offrir un pur moment de douceur.
Jens Lekman
Après Stornoway, Jens Lekman s'est chargé de casser un peu le rythme, pour le plus grand plaisir de la tension des spectateurs. Débutant son set de manière très folk, le songwriter capable de balancer une boutade entre chaque titre a fini dans un tout autre registre, beaucoup plus dansant, tendance pop matinée de Gloria Gaynor.

Lykke Li
Le show de Lykke Li a quant à lui fait l'effet d'un pavé lancé avec énergie dans la mare folk de l'après-midi. Rythmes tribaux et ténébreux, voix shamanique, avec un Get some en guise d'apothéose, la Suédoise a donné un salutaire coup de fouet au public, désormais prêt à accueillir (les rares en France) Bon Iver.

Bon Iver
Impeccables et visiblement heureux d'être là, les Américains ont commencé par le titre Perth, pour ensuite enchaîner les titres de leurs deux albums (dont Holocene, Calgary, Skinny Love...) et finir par plusieurs rappels. Un set propre, carré et efficace, qui a su facilement trouvé son public, conquis d'avance, mais manquait peut-être un peu d'originalité, en ne s'aventurant que très rarement hors des sentiers tracés par les versions albums des titres.
Avec ce concert se terminait le premier Pitchfork européen. Un rendez-vous certes un peu trop hype et pas toujours finement calculé (l'ordre de la programmation), mais surtout agréablement pointu et qui, il faut l'espérer, aura de l'avenir.
Site du festival (dont sont extraites les photos) : http://pitchforkmusicfestival.fr/fr/info/
Signature : mael hardbriche
le 07/11/2011
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