Critique de concert PJ Harvey (Retransmission du concert de lancement de l'album Let England Shake)


Un concert absolument divin...
Pour le lancement de l'excellent album Let England Shake (chroniqué ici), PJ Harvey a donné un concert absolument divin dans la très intimiste salle de la Maroquinerie à Paris... On aurait aimé être présent certes, mais grâce à la magie combinée de l'internet et du direct, on a pu suivre ce show d'exception sur Arte Live Web (il était également diffusé sur Deezer), comme si nous y étions. Malgré un ambiance un peu molle semble-t-il – trop de VIP bobos blasés parisiens et pas assez de vrais fans dans la place ? –, la qualité de la retransmission, du son et de la réalisation a permis de ressentir le grand frisson, comme dans lors des prestations scéniques de la mystérieuse dame brune où l'on est présent physiquement...

Présence magnétique.
Il est un peu plus de 21 heures quand PJ Harvey – discrète, peu bavarde mais souriante et visiblement contente d'être là – fait son apparition dans une robe blanche, et avec une coiffure qui la fait ressembler à un chef indien basé en Angleterre. Un peu moins sexy que sur les photos où elle apparait en mini jupe et en haut moulant, elle reste néanmoins très agréable à regarder avec son look " héroïne romantique du 18éme siècle "... Et puis dès qu'elle laisse échapper un feulement poignant dans le micro, on ressent cette présence magnétique qui habite tous ses disques et chacune de ses prestations live. Une voix comme celle là, capable de toutes les virtuosités tout en restant souvent sobre quand elle se " contente " de charrier une foule d'émotions à chaque syllabe chantée, c'est un véritable cadeau du ciel, une bénédiction, un don et sans doute aussi beaucoup de travail et d'hygiène de vie. Car Polly Jean chante comme à ses débuts, c'est à dire comme une adolescente rebelle et insoumise... En plus, ce qui la différencie de groupes capitalisant sur leur légende (comme Placebo), la désormais superstar mondiale – tous les salles prestigieuses et les festivals chassieux l'attendent cette année – réussit l'exploit de s'aventurer depuis presque vingt ans sur des terrains expérimentaux et défricheurs, en gardant ses qualités intrinsèques et son public. Sa présentation de l'album Let England Shake, sorte de synthèse parfaite de toute sa carrière, avec des musiciens incroyablement bons et inspirés – les fidèles John Parish, guitare électrique, synthés, chœurs, Mick Harvey, orgue, chœurs, guitare, basse, et Jean-Marc Butty, batterie – se révèle donc à la fois osée, dans la lignée de sa légende rock 'n roll et conforme à son dernier disque (et ce malgré des arrangements légèrement modifiés, mais toujours classieux)...

Tout retourné et complètement sous le charme...
En cajolant son auto-harpe contre sa poitrine, PJ Harvey donne des atours celtiques et échevelés à de nombreux nouveaux titres, qui s'avèrent encore plus puissants émotionnellement que sur le disque, où ils sont déjà sidérants : Let England Shake, The Words That Maketh Murder, All & Everyone, The Guns Called Me Back Again (une impeccable face B). Quand elle se saisit de sa légendaire guitare électrique sur Written on the Forehead, The Last Living Rose, Bitter Branches, In The Dark Places (quelle montée finale !) et autres perles sauvages, elle retrouve son aura de princesse sonique maitrisant admirablement les rythmiques et/ou riffs blues rock... La puissance des mots, dénonçant aussi bien les multiples cicatrices faites à l'humanité par la guerre que la déliquescence du monde actuel, et les côtés enflammés ou mélancoliques des instrumentations s'entrechoquent dans la psyché bouleversée de l'auditeur/spectateur. Qui se retrouve à la fois tout retourné et complètement sous le charme...

Déchirant au-revoir.
Après une sorte de chanson de marin du royaume de Grande Bretagne, The Colour of the Earth, où les musiciens chantent en chœur avec la " patronne ", le groupe se retire de scène, pour mieux revenir pour un rappel d'anthologie... Avec rien moins que Down By the Water, C'mon Billy et Meet Ze Monsta (subtilement réarrangés et toujours aussi percutants !). La conclusion sur un calme titre de White Chalk, Silence, est idéale pour le déchirant au-revoir à PJ Harvey en cette soirée très réussie. Vivement la suite de la tournée et particulièrement la date du 25 février à l'Olympia, où nous serons... Ceux qui n'ont pas encore pris rendez-vous avec Miss Harvey en 2011 vont devoir trouver un moyen de le faire ; car si l'on en croit le court avant goût donné ce soir à Paris, la série de shows prévus risquent d'atteindre encore une fois des sommets !
Set List :
Let England Shake
The Words That Maketh Murder
All & Everyone
The Guns Called Me Back Again
Written on the Forehead
In the Dark Places
The Glorious Land
The Last Living Rose
England
Hanging in the Wire
Bitter Branches
On Battleship Hill
The Colour of the Earth
Down By the Water
C'mon Billy
Meet Ze Monsta
Silence
A lire également, les comptes rendus du show de PJ Harvey à l'Olympia de Paris, le 25 février 2011 et du concert aux Eurockéennes de Belfort 2004.
Liens : www.pjharvey.net, www.pj-harvey.net, www.facebook.com/PJHarvey, www.islandrecords.co.uk, www.ilike.com/artist/PJ+Harvey, www.myspace.com/pjharvey.
Signature : pierre andrieule 15/02/2011
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