Critique de concert Popa Chubby


Déception avant le concert lorsque l’on apprend que la première partie que devait assurer Hofmann Family Blues Experience n’aura pas lieu pour "une question de timing de dernière minute sur la tournée de Popa Chubby". Damned ! J’étais venu au moins autant pour le blues du barbu et de son fils prodige que pour celui de Popa Chubby. La soirée garde toutefois 50 % de son côté pittoresque.

Car ce gaillard-là aussi a un look. Les spectateurs massés aux premiers rangs d’un Espace Julien relativement plein pour un mardi soir ont eu de la lecture avec les nombreux tatouages du guitariste. Y’a de la surface faut dire… Mais l’essentiel n’est pas là. Les gratteux sont venus en masse pour voir l’un de leurs plus brillants modèles. Bon, il n’est pas dans le Top 100 – extrêmement contesté comme tout classement qui se respecte – des meilleurs guitaristes de tous les temps élaboré par le magazine Rolling Stone. Mais les yeux sont rivés sur les deux pognes (mais surtout la gauche) du poids lourd New Yorkais.

D’ailleurs, après une entrée sur un vieux tube des années 70, Kung Fu Fighting – je l’avais oublié celui-là ! – il s’attaque direct à Hey Joe de Jimi, 1er du Top 100 (ça, ce n’est que très rarement contesté). Pas de round d’observation, la main gauche nous travaille au foie et la droite nous envoie une série d’uppercuts. Les soli s’enchaînent entrecoupés par le riff "tadam tadadam" (bis).

Suit Sleephorse Serenace, de son dernier album. Nous sommes passés du royaume du blues à celui du metal. Quelques doigts sataniques font leur apparition avant un titre que les Who n’auraient pas renié. Popa Chubby est annoncé comme un guitariste de blues mais il ne laisse pas le monopole à cette discipline.

Le match est gagné dès les trois premiers rounds qu’il a livrés debout. Il peut désormais rester sur son banc, son manager à ses côtés pour lui essuyer le front ou lui changer sa guitare. Blues time. La rythmique impeccable depuis le début devient ici essentielle.

Un batteur et un bassiste particulièrement en verve qui soulignent le spleen de la guitare et de la voix écorchée. La claque de la soirée, une performance d’un quart d’heure avec tous les ingrédients du blues. On pense à Muddy Waters. Pour la guitare en tout cas. Car si l’organe de Popa Chubby n’est pas désagréable, on ne sortira pas de l’Espace en s’extasiant sur sa voix.

Témoin la reprise qui suit, Hallelujah, précédemment interprétée par deux maîtres en la matière : Leonard Cohen et Jeff Buckley. La partie vocale proposée ici ne restera pas dans les annales. En revanche, c’est dans la riche palette du guitariste que réside l’originalité de cette version. C’est d’elle, tour à tour déprimée, virevoltante, pêchue, que vient l’émotion.

Jesus Que Ma Joie Demeure de Johann Sebastian Bach (ne cherchez pas, il n’est pas dans le top 100) est ensuite revisité grave. Le garnement a dû écouter pas mal de musique classique car un titre est carrément pompé sur la 7ème de Beethoven certainement ouvertement sinon ce serait trop gros.

Plein d’autres trucs ont suivi, du blues encore, du rock’n’roll (I Got A Woman), du heavy metal aussi. Il a donné quelques leçons de vie à un jeune et l’a briefé sur le pouvoir maléfique des femmes, a demandé à éclairer la salle pour nous remercier d’être là, a loué la beauté des filles marseillaises, a laissé la place à ses musiciens pour leur solo respectif puis un duo qui fera hocher les têtes de la fosse.

Mais les têtes hocheront par-dessus tout lors du titre final, pas un blues pour deux sous, puisqu’il s’agit de Ace Of Spades de Motörhead aussi rapide et puissant que l’original. Ce sera le seul rappel, peut-être pour une question de "timing de dernière minute". Mais n’allons pas nous plaindre. Le set a largement dépassé les deux heures et le blues de la famille Hofmann fera l’objet d’un autre concert, à la rentrée.
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Signature : mcyavellle 08/05/2011
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>> Réponse (le 10/05/2011 par Estaillard Bastien )

Je ne veux pas remettre en question la très bonne critique faites précédemment. Popa Chubby a délivré un set très sympa, virtuose et impeccable côté chaleur et discussion avec le public. Sa technique est monstrueuse et effectivement il mériterait de figurer dans le top 100 des meilleurs guitaristes. Je tiens simplement à apporter un bémol concernant la durée des chansons parfois beaucoup trop longues et redondantes. Il y a tellement d'exploits techniques répétés sur des titres de parfois 15 à 20 minutes que l'on finit vraiment par se lasser parfois. Le concert était tout de même impeccable mais il pourrait vraiment être mieux si Popa raccourcissait certaines de ses chansons pour en faire plus. C'était tout de même un très bon concert avec de grands moments. > Réagir à cette critique
Espace Julien - Marseille

le 26 avril 2012 - Espace Julien, Marseille (par Sami)
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