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Chronique de Concert

Prophets of Rage

Prophets of Rage  en concert

Zénith de Paris 10 novembre 2017

Critique écrite le par



C'est une armée de jeunes quarantenaires survoltés qui envahissait la fosse du Zenith en ce 10 novembre 2017... Je n'avais pas été aussi serré depuis les grandes heures des concerts des années 90, cette époque bénie où un nouveau groupe et un album de légende apparaissaient presque chaque mois et où les concerts dantesques se succédaient à un rythme effréné. Il n'y a en effet rien de mieux que de voir un groupe sur scène dans la courte période où il est au sommet de sa créativité et de sa popularité. Il y a dans ces moments une sève qu'on ne retrouvera plus après, même si certains groupes continuent d'être très bons par la suite. A cette époque, il fallait voir Nirvana pendant la tournée In utero, Metallica lors de la sortie du Black Album, Noir Désir au moment du Tostaki tour, les Smashing Pumpinks après la publication de Mellon colie and the infinite sadness ou encore Oasis suite à la parution de son deuxième album...



Probablement, comme une grande partie des gens qui m'entouraient, l'un des grands moments de cette décennie avait été pour moi les concerts de Rage Against The Machine dans cette même enceinte du Zénith de Paris. A l'époque, la parution de leur premier album avait créé une onde de choc incroyable ! On n'avait alors jamais entendu un truc pareil. Ce flow de rap rageux et violent déversé sur une rythmique purement heavy et transfiguré par les envolées de guitare de Tom Morello, qui ne ressemblaient à rien de connus jusqu'alors, faisait l'effet d'une bombe atomique. Les concerts qui accompagnèrent la sortie de leur premier album étaient purement géniaux et d'une intensité phénoménale. La totalité de la fosse du Zénith sautait et pogotait de la première à la dernière note du concert. C'était physique et on ressortait sans voix car tous les refrains étaient repris à l'unisson par un public qui déployait la même intensité que Zach de la Rocha, l'ultra charismatique chanteur du groupe. Bref, vous l'aurez compris, RATM au zenith en juin 1994 reste l'un des plus grands concerts que j'ai pu voir de toute ma vie et forcément quand on a vécu cela, on reste fan à vie du groupe !



A cette même époque, le hip hop sortait des ghettos des villes américaines. Le rap n'était pas encore cette bouillie infâme qui nous est infligée en flux continu dans une optique d'abrutissement des masses. Les samples et les rythmiques sortaient tout droit de Stax et de la Motown et n'étaient pas encore issus d'une electro à deux sous pour stand d'auto tamponneuses de la creuse. Les textes étaient encore des brûlots contestataires et révolutionnaires et pas uniquement des logorrhées témoignant des fantasmes de virilité turgescents de leurs auteurs décérébrés. La venue en France de Public Enemy dans les années 90 pour la tournée qui accompagnait l'album "Fear of a black planet" était un événement aussi historique que les concerts de RATM. C'était sulfureux comme une traînée de poudre, tout comme l'étaient les albums de Cypress Hill de ce début de décennie.



En 2017, Zach de la Rocha ne joue plus avec RATM depuis près de 10 ans. En revanche, les 3 autres comparses du groupe n'ont jamais cessé de jouer ensemble. Après une aventure de plusieurs albums avec Chris Cornell sous le nom d'Audioslave et probablement des tentatives de reformation de RATM avortées, la meilleure section rythmique en activité et le guitariste le plus novateur des 90's, revigorés par la fièvre contestatrice consécutive à l'élection de Trump a éprouvé le besoin de lever à nouveau le poing en l'air et de faire retentir sur scène les déflagrations de RATM. Mais on ne remplace pas comme cela de la Rocha ! Plutôt que d'embaucher un screamer qui ne lui serait pas arrivé à la cheville, c'est à deux légendes de l'age d'or du Hip Hop, Chuck D de Public Enemy et B Real de Cypress Hill, qu'ils ont confié la lourde de tache de se substituer à leur chanteur. C'est un choix judicieux car ils sont deux et leur terrain de jeu, même s'il existe un cousinage évident, n'est pas tout à fait le même et ils ne sont pas trop de 2 pour assumer l'héritage de Zack de la Rocha.



C'est sous le nom de Prophets Of Rage, le titre d'un des plus grands hits de Public Enemy, que cet attelage all stars a arpenté les plus grands festivals durant tout l'été et a enregistré un album paru en septembre dernier. Alors que la chaleur et l'impatience ne cessent de monter parmi ce rassemblement de quadragénaires rageux, les lumières du Zénith s'éteignent enfin, alors qu'hurle une sirène de police. Les musiciens font leur entrée et se placent en ligne face à la foule, immobiles, le poing levé pendant un long instant. Le public est en ébullition lorsque la rythmique de Brad Wilk et de Tim Commerford s'attaque au titre "Prophets of rage" de Public Enemy. Tom Morello commence lui aussi avec un solo dont il a le secret alors que les 2 légendes du rap invectivent le public comme si leur vie en dépendait. Ça commence fort, très fort même !



Le ton monte encore avec 3 premiers titres historiques de RATM, "Testify", "Take the Power back" et "Guerilla radio". L'avant de la fosse est un champ de bataille où les quadras se retrouvent téléportés 25 ans plus tôt, même si les plus sages d'entre eux, dont je fais partie, restent dans la seconde partie de la salle en reprenant en chœur tous les refrains. Des nouveaux titres sont alors joués sans que l'intensité ne baisse d'un iota. Mais l'intro de "Bombtrack" fait monter l'énergie et l'ambiance d'un nouveau palier. Chuck D et B Real s'attaquent alors à l'hymne de Public Enemy "Fight the power" qui emmène lui aussi le public. Puis, alors que les RATM semblent faire un break, c'est accompagné d'un seul DJ, que les 2 leaders des plus 2 plus grandes formations rap de l'histoire s'attaquent à un Medley de Hip Hop ou s'enchaineront "Insane in the Brain" de Cypress Hill, "I ain't going like that" avant que toute la fosse se mette à sauter sur "Jump Around" des House of pain".



L'energie ne faiblit pas lorsque s'enchainent à nouveau des titres du nouvel album et un instrumental d'Audioslave très applaudi par le public. Puis, le moment est venu de s'attaquer aux choses sérieuses pour ce qui sera le dernier tiers de ce concert. Le riff et la morgue de "Know your enemy" emporteront tout sur leur passage avant la déflagration de "Bullet in the head" qui fit trembler les murs de la salle ! Les deux meilleurs titres de l'album des Prophets of Rage, "Legalize me" et "Unfuck the world" tiendront clairement la comparaison avec la reprise de "How i just killed a man" de Cypress hill, jouée dans une version surpuissante juste avant que le groupe ne quitte la scène.



Bien sûr , ils reviendront pour un rappel 100% RATM avec "Bulls on parade" et un "Killing in the name" d'anthologie qui ne laissera aucun survivant. Les lumières se rallument sur une salle qui a retrouvé l'odeur de sueur et d'effluves cannabique des 90's, et le sol poisseux jonchés des gobelets de bières qui n'auront pas survécu aux riffs de Tom Morello. On quitte la salle, heureux, fatigués mais remontés à bloc par le shot d'énergie brute et d'adrénaline que l'on vient de prendre pendant 2 heures. On s'interdira de se laisser aller à la comparaison entre le RATM de 1994 et la raclée infligée par les Prophètes car 25 ans se sont écoulés et les souvenirs de jeunesse sont probablement trop beaux pour se confronter à ce qui a été pour moi l'un des 2 meilleurs concerts de cette année 2017...

Photos : Manu Wino manuwino.com www.facebook.com/manuwino


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