Critique de concert Rachid Taha feat. Mick Jones + The Black Box Revelation + Gaëtan Roussel + Boogers + Nive Nielsen And The Deer Children (Festival Europavox 2010)


Après le lancement du festival la veille, la première véritable journée du festival Europavox 2010 a permis d'apporter une bonne dose de musique live au très nombreux public de la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand... Au programme du vendredi 22 mai : le blues rock 'n roll implacable de The Black Box Revelation, la folk pop rock prometteuse de Nive Nielsen And The Deer Children, le concert punk raï and roll chaotique et au final jouissif de Rachid Taha avec le guitariste des Clash, Mick Jones, la chanson pop rock un peu vaine de Gaëtan Roussel et, enfin, la confirmation éclatante des talents du one man band pop punk rock Boogers... Récit d'une chaude soirée printanière et festive :

The Black Box Revelation
Dès 19h30, dans le club de la Coopé, le duo guitare/batterie belge The Black Box Revelation accueille les festivaliers avec de grandes rasades de punk 'n blues psyché garage... Si le public de Gaëtan Roussel n'en a cure - il fait la queue pour entrer dans la grande salle sans prendre le temps de jeter une oreille à ce concert -, les personnes présentes passent un pur moment de rock 'n roll et ressortent les yeux brillants, les systèmes auditifs en vrille et les genoux flageolants... Les deux survoltés musiciens ont en effet plus d'un tour dans leurs sacs : ils sont capables de jouer du blues punk hystérique, de proposer des ballades psyché aux ambiances délétères et de partir dans de longues embardées avec breaks tétanisants et solos de guitares déjantés.
Comme au Printemps Bourges en avril 2010, l'alchimie entre le batteur cogneur, joyeux et très expressif et le guitariste/chanteur torturé et mal embouché fonctionne à plein, c'est véritablement du grand art ces 45 minutes passées avec The Black Box Revelation ! Dommage d'avoir loupé ça pour les fans de Gaëtan Roussel ! Et en plus leur Louise Attaque idole a pris la peine de venir jeter une oreille à cet immanquable " petit " concert !

Nive Nielsen And The Deer Children
On passe ensuite dans la grande salle, toujours en train de se remplir, pour assister au set séduisant en diable et touchant de Nive Nielsen And The Deer Children, un groupe emmené par une chanteuse/guitariste native du Groenland. Les allergiques à la folk music ont pris leurs jambes à leurs cous dès les premières notes et ils ont franchement eu tort ! Car malgré un batteur trop cogneur sur la fin du set, quelques paroles super faciles et des petits discours gênés assez fatigants, Nive Nielsen And The Deer Children offre un concert accrocheur, versatile et émouvant. Bien sûr, il n'y a rien de vraiment original ici, mais Nive Nilesen possède des cordes vocales bouleversantes, sait écrire des morceaux qui font voyager l'esprit à la première écoute et s'entoure d'un backing band parfait (pedal steel guitar, guitare électrique, scie musicale, contrebasse... ). La richesse des arrangements casse parfaitement la monotonie qui aurait pu éventuellement s'installer si cela avait été un concert solo. Et l'on passe un moment délicieux. Il faudrait juste dire au batteur/bucheron qu'il ne joue pas dans un groupe de punk ou de hard rock, merci ! A découvrir !

Rachid Taha featuring Mick Jones
Place aux têtes d'affiches ensuite, avec le set particulièrement décousu mais marquant de Rachid Taha, plus que jamais dans sa période " excès en tout genre ". Si l'on respecte l'homme pour sa rock 'n roll attitude, son ouverture d'esprit et ses morceaux enregistrés depuis de nombreuses années, il faut avouer que l'on a un peu arrêté de suivre sa carrière, suite à divers concerts ratés ici même. Comme à son habitude, l'Iggy Pop arabe arrive bien chargé sur scène, le chapeau enfoncé sur la tête et le pied de micro servant plus à se cramponner qu'à vocaliser... L'on se dit alors que cela va être un coup pour rien, car si le groupe assure l'essentiel, le guitariste en fait des kilos dans le style rock FM et Mr Taha ne pousse que des couinements exaspérants. Puis, petit à petit, l'orchestre réuni autour de celui qui refuse d'être " 1, 2, 3 Soleils " à lui tout seul joue plus world n' roll que " soupe métissée et radiophonique épate bobo " et le concert décolle, un tantinet. Ça ronronne quand même un peu jusqu'à ce que Gaëtan Roussel vienne chanter en duo sur Bonjour, une chanson qu'il a écrite pour le dernier album de l'ex Carte de Séjour. Le titre n'est pas mémorable (c'est un euphémisme !), mais tout le monde semble ravi d'être là et l'excessif chanteur né à Oran, en Algérie semble se réveiller à cet instant précis. Juste après, il présente un invité qui est " encore mieux que Mr Roussel ! " (pas sympa, mais vrai !), Mick Jones, le fameux guitariste des Clash.

Certes, avec sa calvitie et son costard BCBG, l'homme ressemble désormais à un croisement entre Giscard d'Estaing et Frédéric Mitterrand (beurk !) mais il a toujours une aura, une prestance et un coup de médiator qui font plaisir à voir, et à entendre. Et ce même s'il est sous utilisé sur les deux premiers morceaux interprétés. L'on se dit que c'était bien la peine de l'inviter pour faire ça... Et puis le joueur d'oud (très bon et sauveur de Taha avec ses chœurs) joue le riff de Should I Stay Or Should I Go ? sur son instrument de prédilection... Et Mick Jones enchaine à la Telecaster et au micro. Putain de bordel merde, se dit-on alors ! Même si nous sommes en 2010 et si de l'eau a coulé sous les ponts punk rock, ce titre servi sur un plateau par son auteur et chanteur original est une madeleine de Proust absolument orgasmique ! Là, Taha se fait discret, laissant la place qu'il mérite à son invité, avant que la troupe n'enchaine sur un très bandant Rock el Casbah, qui achève de faire s'envoler le dernières réticences. Le rappel bordélique qui s'ensuivra, où la vedette alcoolisée du show fait scander " Clermont-Ferrand " puis " Mick Jones " à la foule sera l'occasion de remercier Rachid Taha pour nous avoir permis de toucher du doigt le rêve du Clash, même fugacement.

Gaëtan Roussel
Un peu plus tard, la superstar du jour dans le cœur du public, Gaëtan Roussel, offre un gentil set entre chanson, pop et rock à ses très nombreux fans, visiblement ravis. Mais en ce qui nous concerne, malgré nos efforts pour essayer d'apprécier sa prestation, on n'y arrivera pas. Les raisons sont multiples : la voix du monsieur nous exaspère toujours sautant, son côté gendre idéal un peu démago est casse burnes, ses textes naïfs nous énervent au plus haut point et son écriture systématique utilisant toujours les mêmes ressorts nous fatigue sérieusement. En un mot comme en cent, on trouve tout cela extrêmement chiant ! Mêmes le single Help Myself (Nous en faisons que passer), qui est clairement au dessus du lot et dont la version studio est tubesque à souhait est massacré en live, car joué de façon balourde et agrémenté d'un solo de batterie dégoulinant en plein milieu. La carrière et la ligne de conduite discrète de Gaëtan Roussel sont hautement respectables, mais ses morceaux nous laissent complètement froid. Sans doute restera-il toujours pour nous celui qui a écrit et produit les dernières chansons du grand Alain Bashung et a permis à Gordon Gano et à ses Violent Femmes de gagner un peu de reconnaissance... et d'argent. Ce qui est déjà beaucoup !

Boogers
A la fin du concert de Gaëtan Roussel, les 1500 personnes quittent la grande salle à grandes enjambées et il faut tous les talents de saltimbanque punk de Boogers (qui joue une chanson façon Remi Bricka rock 'n roll sur le parvis avec sa guitare) pour attirer un public conséquent dans le club, juste après... Ceux qui ont fait " l'effort " de rester ne le regrettent, le divin farfelu mettant un point d'honneur à donner le meilleur de lui-même, galvanisé par la " déculottée " (dixit Boogers on stage) administrée par le mythique Mr Jones. Comme on l'avait remarqué lors de sa prestation aux Découvertes du Printemps de Bourges 2009 et sur son excellent premier disque paru cette année, on constate à nouveau que ce one man band, c'est de l'or en barres pour qui aime le punk 'pop rock bricolo, mélodique et décalé. Grand fan de Weezer, Beck et Grandaddy, le très en forme trublion enchaine ses titres en forme de mini tubes à gueuler dans sa chambre, avec nonchalance, attitude drolatique qui va bien et ferveur. Normal donc que le public soit enthousiaste devant le set très bien envoyé de cet hurluberlu, sacrément doué pour trousser des pop songs catchy et reprendre des tubes à sa sauce piquante (Stand Up For Your Rights de Bob Marley version punk). Tant et si bien que Boogers aura droit à un rappel mérité. Ce gars-là est tellement bon, qu'on lui pardonnera avec grand plaisir ses blagues volontairement foireuses sur l'Auvergne et son Saint-Nectaire !
On quitte le site d'Europavox avec en tête plein de bons souvenirs et en particulier celui d'avoir eu la joie de croiser un court instant la route de l'immense Mick Jones !
Liens : www.europavox.com, www.myspace.com/theblackboxrevelation, www.myspace.com/nivenielsen, www.myspace.com/taharachid, www.rachidtaha.fr, www.gaetanroussel.com/, www.myspace.com/musicboogers.
Photos Europavox 2010 : 5.6 de Thiers
Signature : pierre andrieule 22/05/2010
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