Critique de concert Phyltre + Raoul Petite (7 éme Festival de la Chanson Française)


Avant toute chose il semble important de remercier google map sans qui nous n’aurions jamais trouvé le petit complexe sportif de Simiane où se déroulait la seconde soirée du 7éme Festival de la Chanson Française. En tout cas ce fut une agréable surprise que de voir Raoul Petite programmé dans un festival de chansons françaises, sur le coup ça peut paraitre quelque peu logique mais quand on connait l’individu et le type de public qui fréquente l’événement, difficile de ne pas imaginer une salle immobile, insensible au talent raoulien.

En attendant le verdict, c’est à Phyltre, jeune formation avignonnaise vainqueur du tremplin Milonga, d’entamer la soirée. Vraisemblablement les balances –si balances il y a eu- ont dû être faites à la va vite. Voix quasi inaudible, basse trop forte, il faut avouer que ce ne sont pas vraiment de très bonnes conditions pour débuter un concert. La seule fois où il est possible d’entendre la voix du chanteur c’est lorsqu’il discute avec le public. Finalement au milieu du deuxième morceau tout s’arrange. Malgré un rock énergique, un bon dialogue avec le public, peu ou pas de retour de la part des spectateurs, ceux qui osent se trémousser se comptent sur les doigts d’une main, apriori la notion "label chanson française" a semble t elle attiré tout le gratin bobo-aixois. Enfin il ne faut pas se fier aux apparences, peut être que l’habillement bon chic bon genre n’est qu’une façade en attendant l’arrivée de Raoul. Avant de vérifier cette hypothèse plus ou moins douteuse Phyltre peine –encore- à remplir son rôle de 1er partie, ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Pour en revenir à la musique, sans pour autant que ça soit transcendent l’ensemble n’en est pas pour autant désagréable. On appréciera particulièrement l’intro au piano, petit clin d’œil au rock alternatif.
Avant de faire leur dernier morceau, le chanteur commence à parler au public lorsque, tout à coup surgissant de nulle part un spectateur déboule sur scène, décoche une droite au chanteur, s’empare du micro avant d’être finalement intercepté par la sécurité prise au dépourvu. Sur scène les musiciens s’arrêtent net, dans le public l’étonnement, la surprise et l’indignation deviennent les maitres mots. L’individu est hué, le chanteur se relève : "En fait c’était nos potes de Soma qui vont sortir leur nouveau premier cd, achetez le, Soma le meilleur groupe du monde après nous !". Le public ne comprend pas de suite qu’il ne s’agissait là que d’une mascarade –vraiment réaliste- . Ce qui est malheureux c’est que durant le concert c’est peut être à ce moment là que l’activité était à son comble au sein du public…

Après une brève présentation de Raoul Petite and Co, la salle est plongée dans la pénombre. Ambiance psychédélique, sur un fond sonore des paroles sont prononcés, dans l’ombre se dessine la silhouette des musiciens, c’est d’ailleurs à ce moment que je me rends compte que le bassiste a semble t il était remplacé par une jolie demoiselle. En même temps que le premier riff de guitare résonne, la lumière éblouit la salle, sur scène Raoul manque à l’appel. Petit à petit les têtes se détournent de la scène, enfin il est là, tel un roi, Raoul sur son trône se fait porter jusque sur le plateau. Liasses de billets en main, en même temps qu’il scande "Bienvenu dans le système !" une pluie de billets s’abat sur le public. Un concert de Raoul Petite est toujours synonyme de voyages, de voyages à travers les espaces mais aussi à travers le temps, habillé en monarque post renaissance ce dernier offre à tous ses spectateurs, clients, amis, un Apéritif ! Tuc’s et champagne sont au rendez vous. Après la pluie de billets ce sont des flots de boisson gazeuse qui se déversent sur les premiers rangs. Qu’il s’agisse des performances musicales ou de la représentation scénique, le spectacle est de qualité mais, malheureusement, ne reçoit pas les échos qu’il mériterait de la part du public. Alors qu’il y a plus de 300 personnes dans la salle, c’est sur scène où l’ambiance bat son plein.

Même le groupe semble frustré de l’immobilisme régnant. Cependant, professionnalisme oblige, le show ne s’en arrête pas pour autant et ne perd pas en qualité. Lorsque l’univers fictif de Raoul Petite se mêle à la dure réalité, il en résulte des titres engagés à l’image de la reprise de François Beranger "Mamadou m’a dit", stigmate du colonialisme. Il va sans dire que la mise en scène accompagne ses prises de position, notamment lorsque le trompettiste aux allures féminines imite une poule se goinfrant d’OGM. Petite exclu de la soirée, la présentation de quelques nouveaux morceaux, comme le morceau initialisé par les deux assistantes de Raoul sur la "Foune Power" ainsi que "Y’en a marre". Afin de lutter contre le manque d’ambiance le Raoul Crew tente toute sorte d’initiative, jusqu’à lancer des tartes à la crème, mais, pour éviter de froisser les bobos du fond de la salle se sont finalement les premiers rangs qui dégustent. En même temps que le temps passe, les costumes aussi, une fois en marcel, puis en génie, en passant par le chien de ces dames lorsqu’est interprété, après un jeu d’ombres chinoises, "Molosse".

Lorsque "Faut y aller" est joué, le public commence à comprendre qu’il s’agit bientôt du début de la fin, prise de conscience tardive ou fin de l’effet des somnifères ? Qu’elle qu’en soit la raison, en quelques instants, la fosse passe de la maison de retraite à la cours de récrée. Au diable les déambulateurs, ça saute dans tous les sens. C’est avec le sourire jusqu’aux oreilles, béat mais satisfait, que le groupe se retire de scène. Après toute cette agitation, Raoul débarque en Rastaman plongeant ainsi le petit complexe sportif dans une ambiance posée contrastant avec le précédent morceau. Mais la trêve n’est que de courte durée, après le punk, le reagge, c’est maintenant au tour de la techno, habillé en cuistot le batteur tape une impro sur des casseroles. Puis le public est invité sur scène, il faut avouer qu’il n’y a pas foule qui se prête au jeu et monte. Pour finir, Raoul vient habiller en mammouth, ses acolytes sont en tigresses, la scène ressemble à la jungle de néandertalienne.

Le concert est fini et je ne peux m’empêcher de m’approcher du bar. Bar dans lequel j’intercepte une conversation entre deux personnes un peu chics. Frustration est le mot qui qualifierait cet échange, malgré un spectacle extraordinairement bien rodé il semblerait que certains n’aient finalement retenu que les moments où Raoul était dénué ou dans des positions osées, dommage. Néanmoins l’initiative du festival est à saluer, en effet rares sont les festivals qui sous étiquette "chanson française" ont le courage d’oser la différence.

Signature : bobyle 09/10/2009
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Photographe : -clo-
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