Critique de concert Ratatat, The Bewitched Hands, Does It Offend You, Yeah ? (Rock 'n Beat Party, Printemps de Bourges 2011)


Grosse journée au Printemps de Bourges 2011, ce samedi 23 avril, puisqu'après les très beaux concerts de Timber Timbre et Agnes Obel à l'Auditorium dans l'après midi, se profile à l'horizon une Rock 'n Beat Party (13 groupes électro et pop rock programmés au Phénix, 6000 places, et au Palais d'Auron, 2500 places, de 20h à 5h, avec possibilité de circulation entre les 2 lieux), prétexte à une soirée ultra festive, voire orgiaque, où l'alcool coule à flot et les substances pour se maintenir en état éveillé semblent être utilisées par tout le monde... Dans les rues de Bourges, c'est un mélange gratiné entre une fête de la musique puissance 2 et une victoire de la France en coupe du monde de foot, et dans les salles de concerts, c'est l'hystérie collective dès le début : le très jeune public est venu là comme en boite de nuit, il hurle, danse et saute à qui mieux mieux... C'est super pour les groupes de jouer devant un telle audience, mais pour les gens qui s'intéressent à la musique et veulent profiter des 2 salles, c'est mission impossible, voire dangereuse : bouchons interminables, tensions avec la sécurité etc etc. Chronique :

The Bewitched Hands
Après un parcours du combattant pour pénétrer dans le Palais d'Auron, bien rempli mais moins que le Phénix, rendu fou d'entrée de jeu par The Toxic Avenger, place au roboratif concert des Rémois volants de The Bewitched Hands (vus récemment pour un show mémorable, chronique ici)... Il fait une chaleur à crever dans ce lieu mal ventilé, les spectateurs sont très, très en forme, voire chauds comme la braise, et soutiennent le groupe qui propose un set incandescent, pour ajouter encore quelques degrés à l'ambiance, s'il était besoin. Galvanisé par l'accueil enthousiaste et par le fait de revenir dans une grande salle quelques années après leur passage aux découvertes du Printemps de Bourges, les Bewitched Hands proposent un set jubilatoire et saisissant : les folk pop rock songs de la très énervée (positivement !) troupe sont jouées avec un enthousiasme, un sens du spectacle et une passion pour le rock indé - mâtiné de folk virulent et de pop fraiche - qui envoie tout le monde tutoyer les étoiles filantes. Les tubes se succèdent, les micros passent de main en mains, les guitares sonnent comme du Pavement grande époque et c'est le PIED ! Sur scène, tout le monde est à fond et affiche un large sourire et dans la salle, c'est PAREIL ! Grand groupe de scène et chansons à emporter partout avec soi pour être heureux !

Does It Offend You, Yeah ?
Direction le Phénix pour le show de Does It Offend You, Yeah ?, des Anglais complétement dingues, qui avaient fait faux bon la dernière fois où on devait les voir pour cause de tympans percés pour un des membres du groupe. On voit donc où se situe le truc : ce combo électro rock n'est pas là pour faire dans la légèreté ! Et du coup, alors qu'on s'attendait à un truc violent mais varié et classe (comme sur l'album You Have No Idea What You're Getting Yourself Into), on a droit à une sorte d'électro punk métallisé et dégueulasse, le genre de chose qui ferait passer Prodigy, allégrement pompé ici, pour des poètes ! Mince alors ! Pourquoooooooooiiiiiiiiiii ? Parce que ! Certes les (fluo ?) kids sont à fond, il faut d'ailleurs faire gaffe à ses fesses et numéroter ses abattis si on ne veut pas se faire marcher dessus par des grappes de gamins qui courent se jeter contre la scène, mais comme dans tout mauvais concert de métal, on se prend en pleine poire clichés musicaux à tout va, voix forcée qui déraille à en devenir pathétique, gimmicks de guitare et de rythmes éculés à pleurer, et, crotte sur l'infect gâteau, slow sirupeux à vomir de facilité. Comme diraient les Stupeflip, qui feraient mieux de balayer devant leur porte vu le niveau de leurs disques, c'est " caca " ! Et personne en s'en aperçoit car les gens sont tellement bourrés que ce qui se passe sur scène ou sort des enceintes importe peu de toute façon. La foule veut du GROS son. Pour les chansons bien foutues, on repassera une autre fois, hein ! Halte au feu, et direction le Palais d'Auron, pour assister au concert de Metronomy... Sauf qu'une horde d'importuns, qui ne sait pas que cet artiste fait désormais de la pop ciselée et pas de l'électro qui tabasse sa mère, provoque un embouteillage monstre et potentiellement source d'accident : la tension monte, les vigiles sont dépassés, les bagarres débiles et les gens piétinés par la connerie humaine sont proches. On se casse ! Dommage !

Ratatat
Retour au Phénix plus tard pour le show démentiel de Ratatat, un duo électro rock qui joue ce soir dans le noir quasi complet (ce qui doit être difficile pour le guitariste chevelu, qui apparait parfois en ombres chinoises sur l'écran géant, traversé qu'il est par des convulsions rock 'n roll), avec le renfort de projections joyeusement absurdes : des perroquets démultipliés à l'infini ou ce qui ressemble à des Dark Vador jouant du violon... Le son est cataclysmique, les musiciens sont partants à 100% pour communier leur énergie au public, désormais définitivement incontrôlable, les titres joués défoncent littéralement tout, les conditions sont réunies pour atteindre une sorte d'acmé synthético organique avec Ratatat.

On pense à une version 2011 de Daft Punk, avec un guitariste soliste fan de math rock et de heavy métal jazz décalé... Présenté comme ça, cela pourrait éventuellement faire peur, mais sur scène, c'est hyper marquant, très surprenant et idéalement versatile, permettant de créer des images mentales dans sa pauvre petite tête déboussolée. Apparaît alors une sorte d'apocalypse électronique où les êtres humains sont transformés en poulets en batterie dansant comme des décérébrés sur de l'électro rock avant de partir, très en joie, à la boucherie au son de guitares stridentes. Oui, il faut l'avouer humblement, nos oreilles et notre cerveau ont pris cher avec Ratatat, mais on en redemande encore ! C'est grave docteur ? Oui, monsieur, il faut aller dormir maintenant...

A lire sur les éditions 2011 et 2010 du Printemps de Bourges, des chroniques des concerts de Miles Kane, Gruff Rhys, Anna Calvi, Gablé, Le Prince Miiaou, Best Coast, Cascadeur, Florent Marchet, Mélanie Laurent, Jérôme Van Den Hole, Katerine, Raphael Saadiq, Nasser, Angus & Julia Stone, Aloe Blacc, Moriarty, Baptiste Trotignon feat. Christophe Miossec, Chocolate Genius Inc, Catherine Ringer, Corleone, Oh La La !, Royal Republic, Vismets, Asaf Avidan & The Mojos, Bosque Brown, Fanfarlo, Midlake, Tunng, Chain And The Gang, Mustang, Ben Sharpa, Gizelle Smith & The Mighty Mocambos, Lexicon, Solillaquists Of Sound, Sexy Sushi, The Bloody Beetroots Death Crew 77 et Crookers , Wave Machines, Royal Bangs, The Love Me Nots, Fool's Gold, Ladylike Dragons, Les Plastiscines, Daniel Johnston & The B.E.A.M. Orchestra, The Brian Jonestown Massacre, Health, LoneLady, Teenage Bad Girl, The Subs, Gazelle, Koudlam, Iggy & The Stooges, The Black Box Revelation...
Site du Printemps de Bourges (dont sont extraites les photos) : www.printemps-bourges.com...
Signature : pierre andrieule 25/04/2011
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