Critique de concert Ratatat


Le Grand Mix de Tourcoing affichait complet depuis déjà quelques semaines pour ce concert du duo new-yorkais Ratatat. Recommandés par Daft Punk, Mike Stroud et Evan Mast se sont forgés une solide réputation en six albums, dont certains sont de vrais chefs d’œuvres (notamment Classics, sorti en 2006). Pourtant, le groupe peut encore être qualifié d’ "underground", avec une production exclusivement instrumentale et assez exigeante.

On passera rapidement sur l’indigeste première partie, assurée par le bruxellois DJ Elephant Power, qui s’écoute sans doute mieux en rave party sous acides qu’à 18h un dimanche à Tourcoing.

Les deux New-Yorkais entrent en scène à 20h tapantes. Derrière eux, un écran géant surplombe la salle. En dessous, on a disposé un treillis de lampes et des stroboscopes. Sur les côtés de la scène, on remarque la présence de deux vitres en plexiglas, sur lesquelles des images sont également projetées. L’ambiance est sombre et mystérieuse, à l’image de la musique du groupe. Seulement équipé d’une guitare et d’une basse, mais entouré de divers synthétiseurs, d’un pad électronique et de deux tambours, le duo Américain parvient sans mal à occuper toute la petite scène tourquennoise. Les effets de lumière en mettent plein les yeux, même si l’on reste assez dubitatif devant les images qui défilent sur l’écran en arrière-plan, faites d’oiseaux, de statues antiques et de gens ordinaires. Le jeu de scène se veut minimaliste, la place est laissée à l’expérience musicale.

Justement, la musique de Ratatat est toute en vrombissements d’outre-espace, elle est hypnotique, envoûtante, tutoyant parfois la trance. Sur des rythmiques tantôt hip-hop, tantôt tribales, le duo envoie se perdre les plaintes lancinantes de leurs cordes vers l’infini. C’est une averse de pianos désaccordés, de violons futuristes, d’orgues du XXIIIe siècle. On a la cage thoracique martelée, on se fait bringuebaler, puis on s’envole, et on retombe brutalement sur le sol. Un concert de Ratatat, c’est un peu un grand huit sonore. Mais c’est diablement efficace : le groupe enchaîne ses titres, dont beaucoup sont familiers au public (notamment tous ceux issus de Classics, mais aussi du plus récent LP4), qui en connaît même certains par cœur, presque comme des rengaines pop.

Il faut dire que le groupe n’a pas son pareil pour les mélodies entêtantes, souvent légères, portées par un train enflammé dont le souffle renverse les spectateurs. C’est à la fois dansant et enivrant, tellurique et atmosphérique, c’est un jaillissement d’étoiles, comme des éclaboussures lumineuses balancées çà et là sur un ciel d’encre. Tout est dans les détails, chez Ratatat, dans les petits effets, dans les breaks, dans l’assemblage des sons. On reste béat devant la superposition de rythmiques percutantes et de cordes langoureuses, dont les vibrations brûlantes lacèrent l’air glacé pour venir vous claquer en plein visage.

Ratatat en concert, c’est comme en album, mais en mieux. C’est une véritable expérience. D’ailleurs, à la différence de certaines de leurs productions studio, leur prestation scénique n’est jamais ennuyeuse, jamais répétitive, jamais lassante. Et pour un groupe dont la production est exclusivement instrumentale, c’est une prouesse. Mais c’est tellement riche, tellement complexe qu’au bout d’une heure et demie, quand le concert se termine, on est rassasié.

Pourtant, à l’issue du bis, le public semble en vouloir encore et ne cesse de rappeler énergiquement le groupe sur scène. Même quand les lumières se rallument, les spectateurs continuent d’applaudir pendant encore de longues secondes. Et puis, à contrecœur, ils finissent par se disperser et par repartir dans le froid tourquennois, un kaléidoscope vrombissant dans la tête.

Signature : fredcle 25/11/2010
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Photographe : fredc
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