Critique de concert (mon) Rock en Seine 2009, 3/3 : Macy Gray, Sliimy, Anything Maria, Eagles of Death Metal, Les Petits Pois (aka Them Crooked Vultures), MGMT, Klaxons, the Prodigy

La veille par ici !
Après un bout d'après-midi passé à observer des gens se jeter dans la Seine (ce qui est certes interdit au festival Rock en Seine, mais pas au Triathlon de Paris qui se déroule à peine un pont plus loin !), troisième et dernière journée à Rock en Seine, forcément un peu moins dense que celle, presque énorme, de la veille. Il fait toujours beau et la poussière augmente de jour en jour - entre ça et la boue grise collante, après tout, pas de regrets ! Le videur est très en forme aujourd'hui, qui ouvre gaillardement toutes les bouteilles pour les humer, et me tâte même avec suspicion dans la poche un Speculoos qui trainaît par la...
On attaque avec la chanteuse black Macy Gray, à peu près inconnue de nous. On s'y traîne parce qu'on nous a promis que ce serait largement aussi bien qu'Ebony Bones, et en effet c'est pas trop mal et moins agressif à l'oeil : elle a une belle voix de diva soul, à l'ancienne (elles ne sont plus si nombreuses à être ni mortes, ni en en rehab'...). Variant les styles du ska au reggae, elle est quand même principalement dans la reprise : d'abord de Rod Stewart, puis de Dee Lite (Groove is in the Heart évidemment)... Et sa choriste un peu enrobée a finalement une aussi belle voix qu'elle. On la laisse finir sans nous avec sa reprise de No Woman no Cry (everything's gonna be allright !) : tout ça fait quand même un peu désordre, c'est une interprète de talent mais elle gagnerait en personnalité à approfondir un style, plutôt que de vouloir manger à tous les rateliers...
Retour vers l'entrée pour revoir cette grande bringue de Sliimy, dont beaucoup de gens se moquent pour son style efféminé et extraverti, alors qu'on persiste à lui trouver d'abord un certain talent d'interprète et de compositeur ! A la réflexion on a peut-être été un peu indulgent avec le premier LP du stéphanois en forme de Prince écartelé, mais comme on a par contre été particulièrement peu attentif à Belfort-plage, donnons-lui une autre chance ! Il commence avec Magic Game et sa reprise certes un peu plan-plan de Womanizer de Britney "Speck" Spears. Elégant à sa manière dans sa veste flashy (décidément les vestes dorées sont à l'honneur, à croire qu'ils se passent tous la même, louée par le festival !) et un pantalon archi-slim(y) qui souligne le possible problème d'anorexie dont parle sa chanson... Il est toujours attachant et sa musique plutôt groovy, pour peu qu'on ne s'arrête pas à un look qui peut agacer, et il semble prendre confiance petit à petit sur scène.
Il ose d'ailleurs aussi un titre calme comme See U Again, qui passe bien avec sa jolie voix de femme légèrement voilée. Il a su s'entourer d'un bon groupe pour le porter - son Trust Me a toujours des faux airs de Cure passé au protoxyde d'azote, ça le fait pas mal. Bon évidemment tout n'est pas génial, il y a des passages de basse intensité (Everytime), il y a aussi son Jacksonfivien et (donc) un peu épuisant Wake Up, manifestement tube radiophonique d'après la réaction des gens (sans garantie, nous n'écoutons pas la radio, désolé...). On persiste toutefois à aimer Paint Your Face, chanson pop-rock ultra-classique mais de facture assez parfaite si l'on s'y attarde, et boostée juste ce qu'il faut sur scène. On repart donc avec la ferme intention de continuer à défendre ce grand garçon contre vents et marées, du moins s'il persiste dans la voix artistique qu'il a choisie et assumée pour le moment, et qu'il y creuse son propre sillon. Appelez-ça notre petite faiblesse, si vous voulez !
En plus ça tombe bien, le ladyboy a fini avec un poil d'avance, qui va nous permettre de rendre visite à notre produit d'exportation marseillais du jour, qui a gagné on ne sait comment (enfin si : des gens bien ont voté pour elle !) le tremplin SFR Jeunes Talents (et va donc devoir jouer sur leur scène assez affreuse) : Anything Maria ! Celle dont le premier EP, pour situer, n'existe qu'en vinyl noir avec des couteaux dessus ! Bien entendu, le fait que cette demoiselle soit parfaitement délicieuse à regarder n'a rien à voir avec notre assiduité, plutôt dûe à l'envie de voir enfin sur scène cette guitariste de choc, à la voix quelque part entre PJ Harvey jeune & Courtney Love à jeun : très jolie et suave donc, le tout en posant sa voix certes sur une guitare, mais aussi sur des beats secos et hargneux à la Kas Product.
Le temps d'aligner quelques titres bien sentis, notamment un 3'30 pop et gouailleur, ou une High Addiction très maîtrisée, et la miss devra s'arrêter pour cause d'interférences dûe au rock pétaradant des sudistes qui ont envahi la grande scène. Le public, en grande partie composé de passants et de poseurs à mêches et lunettes-miroir venus contempler leur prochain cancérophone jetable, comporte fort heureusement quelques potes de la demoiselle, et quelques authentiques curieux comme votre serviteur : il aurait été dommage de ne pas applaudir comme il se devait cette performance, passez moi l'expression, couillue en terre de conquête lointaine et sur une scène difficile ! Gérant elle même sa guitare et sa boite à rythme, sans se planter, et venant même un peu chercher son public sur la fin dans une danse robotique et déjantée, couteau à la main - elle a donc aussi le petit grain de folie nécessaire aux stars. Anything Maria ? I say it's allright ! Vous l'avez raté ? Croyez-moi, commencez par écouter et même acheter sa musique, et vous la reverrez bientôt !
(Myspace)
Eagles of Death Metal, mené par cette vielle baderne de sudiste über-sexuel et républicain Jesse Hughes, membre de la NRA s'il-vous-plaît, ne serait certes pas un groupe plus intéressant que, mettons Nashville Pussy (et encore, les gros lolos en moins) s'il ne comportait pas en son sein l'immense Josh Homme des Queens of the Stone Age, combo de tueurs issu des cendres toxiques de Kyuss, publiant des disques géniaux et brûlant les planches depuis une dizaine d'années. Mais le problème, c'est qu'il n'est pas là aujourd'hui, pas plus que quand on a aperçus les EODM aux Eurocks il y a quelques années ... croit-on en ne le voyant pas sur scène. On y note quand même avec plaisir la présence de Joey Castillo (lui aussi des QOTSA), cogneur tatoué et de renom, et d'un certain Brian "Big Hands" O'Connor, bel enfant à la basse, physiquement cousin de Lemmy - joli gang de gibiers de potence en somme !
Evidemment, le Jesse est un gros dragueur, blondin aux cheveux longs et à la moustache exubérante (qu'il s'applique à peigner d'un air salace entre deux morceaux, ce qui semble faire de l'effet aux filles, d'après une interviewée à notre portée). Il a un gros abattage, passe son temps à haranguer la foule et met une belle ambiance qui rattrape un peu la relative banalité de leurs chansons de heavy rock US classique. Et puis à la longue, on cherche et on trouve dans la musique des Eagles (hum ...) des accents stoner qui rappellent sans façon qui est aux manettes : sur disque on accroche pas trop, mais en live ça pète bien quand même ! D'ailleurs le grand rouquin débarque à l'improviste pour faire les choeurs (pile pendant que je filme, cf en bas), ce qui ne nous surprend pas vraiment au vu de la rumeur qui circule sur les mystérieux "Petits Pois" annoncés plus tard... En fin de compte leur musique est de belle facture, ça cogne suffisamment pour déclencher un mosh pit et une belle vague de poussières, à réécouter sans doute ?
L'heure est venue de découvrir en live Les Petits Pois, nouveau super-groupe mystérieux et au secret pas trop mal gardé (on s'est perdu tout l'été en conjectures : Dead Weather ? Last Shadow Puppets ? Chickenfoot ? Superbus featuring Grégoire ?). Bon évidemment des gens bien informés nous ont vendu la mêche la veille : il y aura ici pas moins que Josh Homme, John Paul Jones (de Led Zep !) et Dave Grohl (de Nirvana et Foo Fighters...) appuyé du requin de studio Alain Johannes (habitué des Desert Sessions, pote avec tous les stoners que je peux citer de tête et même pour l'anecdote, crédité sur le dernier Nosfell...). Belle équipe encore ! Déjà parce que Josh Homme est un type qui nous a littéralement toujours foutu la gaule, avec son jeu de guitare, sa voix superbe, son déhanchement et ses yeux de chat...
Ensuite parce que Dave Grohl a évidemment conservé une frappe de mule de ses jeunes années mythiques (et qu'on ne l'avait vu qu'en chanteur des Foo Fighters en live, ici-même d'ailleurs), et enfin que les 2 autres sont excellents aussi ! A priori le tuyau a quand même attiré pas mal de fans, si l'on en croit l'affluence record ! Au niveau musique, on est dans de la compo typique Kyuss/QOTSA, rock-punk-stoner, efficace et cogneur, pas beaucoup d'humour quand même. On passe un moment à se demander si c'est des vieilles chansons mais c'est impossible, on connaît trop bien le répertoire du style, on s'en serait aperçu. Le chanteur annonce de temps en temps un titre (Dead End Friends, Daffodils, ou Gunmen qui sonne curieusement un peu disco, toutes proportions gardées).
La performance est compacte et dense, sans pains ni temps morts, ils ont bossé ! Josh s'excuserait presque "'You ok ? It's a lot of new music, I know !". Hey c'est pas grave mec, on peut écouter ça des heures tu sais ! D'autant que JPJ tout comme AJ prennent par moments le clavier (y compris avec les pieds pour le premier) pour varier. Le tout est quand même peu groovy, mis à part le dernier titre (où l'on retrouve l'inflexion un peu toxique typique des Desert Sessions), mais on l'écoutera tout de même avec bonheur dès sa sortie ! Au fait, ils ne l'ont pas dit en live mais le groupe s'appellera Them Crooked Vultures - en gros, "Ces Salopards de Vautours", expression probablement usitée par les bons musicos pour désigner leur maison de disque.
Le concert de MGMT de l'an passé reste un assez grand souvenir de communion néo-hippie. Mais c'était l'an dernier, ils étaient jeunes et heureux. Depuis ils ont gagné de l'argent, été pompés par l'UMP et ont (donc ?) coupé leurs cheveux... Ils ont surtout tourné plus d'un an, et c'est devenu scolaire. Evidemment The Youth, Time To Pretend ou Weekend Wars restent des grandes chansons en soi, qui nous accompagnent depuis maintenant assez longtemps pour qu'on vibre de les réentendre en live, tout comme Weekend Wars interprétée par la voix nasillarde inimitable du chanteur.
Mais Pieces of What semble la plus à même d'exprimer leur propre nostalgie, celle d'avant le succès chez les cons-de-droite, quand ils parlaient au public, s'éclataient et faisaient les pitres sur scène... A priori, ils n'ont même pas de nouvel album à vendre. Electric Feel, un nouveau titre miraculeux et Kids réveillent la foule par intermittence, mais sur cette dernière tout est honteusement samplé ! Ras-le-bol de cette mascarade, on s'en va pile au moment où le concert se termine, bizarrement et abruptement, d'un couac. Etrange destin que celui des producteurs du meilleur album pop-rock de 2008...
En comparaison , les Klaxons sont une vraie madeleine de Proust. Ils avaient été la grande hype de 2007 et s'étaient en effet avéré très percutants sur scène. C'est avec la même pêche qu'à l'époque qu'ils jouent leurs titres prenants et putassiers à mort, propremement irrésistibles, comme Atlantis to Interzone ou Golden Skanks. Leurs nouveaux titres, toujours dans la veine électro-pop et habilement distillés parmi les tubes, poussent dans ses derniers retranchements une foule qu'on sent fatiguée par trois jours de festival.
Impossible pourtant de rester stoïque au son de Two Receivers, plus encore à celui du riff bâtard de Magick et son pont absolument démoniaque en live (trente secondes à s'égosiller puis une vraie hystérie collective). Gravity's Rainbow ou la toxique Isle of Her font le même effet régénérant et plaisant, même si les gens du groupe ne sont pas non plus des grands communiquants. Comme le dit l'un des derniers titres, tout à fait tubesque, It's not Over Yet : Ce n'est pas fini, ils mourront et pleureront pour nous s'il le faut... Voilà un groupe qui pourrait bien vieillir en fin de compte, et a sous la pédale de quoi nous faire du bien encore un moment, bravo les gars, on aurait pourtant pas parié sur votre durée de vie post NME / Inrocks !
Après tout ce qu'on a déjà vu ce jour-là et les précédents, c'est vraiment surhumain que de vouloir s'approcher à nouveau de The Prodigy, qui a déclenché un énorme moulon. d'autant qu'on l'a déjà longuement écouté en live au début de l'été et qu'on en avait déjà conclu qu'on ne supportait guère que leurs anciens titres, genre Breathe ou Their Law ! Et encore, uniquement parce qu'ils nous rappellent nos premières années étudiantes. Ca sonne quand même sérieusement daté, eux aussi portent le poids des années et du non-renouvellement qui plombait déjà The Offspring, et pour eux aussi on se dit qu'il va être dûr de tirer comme ça assez de trimestres pour prendre leur retraite, sautant déjà moins haut que par le passé, samplant de plus en plus de choses (la guitare sonne trop exactement "album" pour être jouée en live, on est pas dupes !), gueulant mécaniquement.... On les laisse égrener leurs épuisantes nouveautés (The World is on fire, Invaders must die...), et on abandonne après Firestarter pour aller partager, bien au calme (le site est désert évidemment), une dernière collation avec rafraîchissement entre amis. Rideau pour cette année 2009 !
En conclusion, on a encore passé ici un très agréable festival, force est de le constater ! Avec le gros bémol d'une jauge relevée manifestement trop haut d'au moins 5 000 personnes par jour : ce n'est qu'en fonctionnant à contre-temps des grands mouvements de foule qu'on a pu goûter les plutôt excellentes cuisines proposées ici et là, s'approcher des gros groupes, ou encore atteindre les toilettes sans y perdre de précieuses minutes (petite pensée pour les filles et leurs files dantesques...).
Il va aussi falloir prendre un peu plus de risques sur la prochaine programmation pour éviter les groupes "hype" qui ont déjà l'air vieux un an après (Vampire Weekend, MGMT...), tout comme les blockbusters ayant passés leur D.L.U.O. et qui peuvent atteindre à tout moment leur date de péremption (au sens propre ou au figuré) : The Offspring, Oasis, The Prodigy voire Madness... Quant à la vieillerie reformée pour l'occasion et qui déboîte encore, eh bien il n'y a qu'un Faith No More pas vrai ? Big up par contre à l'idée des Petits Pois, assez ludique, à refaire !
Pour conclure, on peut donc lui souhaiter pour finir, à ce déjà traditionnel Rock en Seine, un peu de renouvellement dans l'audace, un peu moins de scoumoune dans les annulations de ses prochaines têtes d'affiche, et une longue vie par ailleurs !
Vidéos-souvenir par ici !
Une autre version des faits, par Pierre : ici !
Flashback : Retour possible sur les éditions 2004, 2005, 2006, 2007 (mais pas 2008, joker !) du Festival Rock en Seine !
Signature : Philippele 02/09/2009
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>> Réponse (le 04/09/2009 par Yann M.)


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Saint-Cloud, Parc de Saint-Cloud

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