Critique de concert Arcade Fire + The Hives + The Shins + Dinosaur Jr + Hey Hey My My + Rodeo Massacre + Dizzee Rascal + M. I. A. + Rock & Roll (Rock en Seine 2007)


Première journée très réussie pour la cinquième édition du festival Rock en Seine, dans le toujours magnifique Parc National de Saint-Cloud… De 15h à 23h15 (transports en commun et voisinage obligent), il y avait sur les trois immenses scènes de quoi satisfaire le fan de musique avide de têtes d’affiche et de découvertes. En plus, comme à Woodstock ; des bains de boues étaient possibles pour les plus téméraires, la pluie du matin ayant imbibé le sol. Retour sur une soirée inaugurale de fort belle tenue.
Rock & Roll : cruel manque d’âme et de sincérité.

© Nicolas Joubard www.joubard.com
Tout commence par le pire concert de la journée, celui des jeunes prétentieux de Rock & Roll, qui ne méritent définitivement pas leur nom prometteur… Encore une brillante découverte des Inrockuptibles, à peu près du niveau (pitoyable) de celle de Rock ‘n Folk, les Naast. Ici, tout est dans l’attitude, bravache, et dans le look, calqué sur celui de Pete Doherty et Carl Barât… Ne cherchez pas trace de morceaux corrects, de textes bien écrits ou de refrains bien chantés ; tout est joué scolairement, il manque l’essentiel, de l’âme et de la sincérité. Il ne suffit pas de pomper éhontément les Libertines en rajoutant quelques solos à la Keith Richards (même grabataire au dernier degré en 2007, il est encore meilleur) pour faire une musique pertinente. Rock & Roll le prouve de manière éclatante à chaque prestation…
Dizzee Rascal : à voir si l’on est fan de hip hop…

© Miller
Juste après, sur la grande scène cette fois, Dizzee Rascal fait une belle démonstration avec son hip hop percutant, son flow imparable et ses lyrics moins cliché que ceux traditionnellement constatés dans ce style musical. Rien de révolutionnaire non plus, hein, mais un dJ et deux rappeurs qui croient en ce qu’ils font et qui arrivent de ce fait à faire bouger les kids. Dommage que les Arctic Monkeys ne soient pas présents en backing band sur quelques morceaux, les collaborations entre Dizzee Rascal et le chanteur des singes de l’arctique étant plutôt marquantes, et rock. Le rappeur anglais fait partie des artistes à voir si l’on est fan de hip hop…
Rodeo Massacre : un mélange épicé entre pop sixties, rock garage et soul.

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Comme Rock & Roll, Rodeo Massacre pourrait énerver : se looker de manière aussi voyante, en prenant la pose de surcroît, sans oublier d’aller chercher une chanteuse suédoise ultra sexy, est un peu osé pour un jeune groupe français. Sauf que là, les morceaux tiennent la route et font la part belle à un mélange épicé entre pop sixties, rock garage et soul. Chaque titre semble être une reprise de Screamin’ Jay Hawkins, ce qui est signe de qualité, non ? Très rapidement, on constate avec joie que le top model qui officie au micro a un joli brin de voix dominatrice, à la Chrissie Hynde des Pretenders, voire à la Karen O des Yeah Yeah Yeahs. Tant est si bien qu’aucune envie de massacre ne nous traverse l’esprit… En revanche, ce serait mentir de dire que la perspective d’un petit rodéo en chambre avec la blonde vocaliste ne nous a pas effleuré, mais c’est une autre histoire…
Dinosaur JR : de nature à électriser n’importe quel amateur de grunge rock.

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Première tête d’affiche de la soirée, et pas n’importe laquelle s’il vous plaît, puisqu’il s’agit carrément des mythiques Dinosaur Jr, croisement dévastateur entre les Stooges et Sonic Youth. Bien sûr, l’âge a fait son oeuvre : le batteur Murph est chauve et corpulent, Jay Mascis ressemble à une vieille sorcière indigne à cheveux longs (ça fait beaucoup, je sais… ) et Lou Barlow est roudouillard, mais qu’importe : les titres joués pendant 40 minutes (c’est bien peu) sont de nature à électriser n’importe quel amateur de grunge rock. Et ce malgré un son proprement infect (trop de basse, trop de batterie) au début du set. On reconnaît à peine un des deux titres signés Lou Barlow sur le nouvel album du groupe : c’est une véritable bouillie sonore que déversent les dinosaures sur le public. En se concentrant un peu, on trouve néanmoins le moyen de prendre son pied en (re) découvrant Freak Scene, Just like heaven (des inestimables Cure) et de nombreux vieux titres réjouissants (Out there, Feel the pain…) . La pédale fuzz mélangée à la wah wah et les hurlements étranglés de Jay Mascis sont un véritable régal quand ils rencontrent Murph défonçant ses fûts et Lou moulinant sur sa basse… Ce dernier pousse d’ailleurs lui aussi la chansonnette de temps en temps avec force hurlements, ce qui ajoute au bonheur d’être là devant ce groupe important. Espérons les revoir rapidement dans une salle, avec un meilleur son…
Hey Hey My My : intense et très beau.

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Changement radical quelques instants plus tard, avec le set court, intense et très beau des français de Hey Hey My My… Au menu : son bien réglé et adapté à la country pop folk cultivée et accrocheuse du groupe. Prenant une tonalité plus rock sur scène, les très bons morceaux composés par Hey Hey My My permettent de passer un très agréable moment en face de la scène de la cascade. Voix superbes, harmonies vocales au cordeau, guitares électriques et acoustiques complémentaires et rythmique bien en place, pas une faute de goût ne sera constatée : à la fin du set, on a très envie de dire que c’est la grande classe !
M.I.A. : pas très catholique...

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La craquante M. I. A., son dj et sa choriste danseuse sculpturale ont permis de fantasmer en rêvant de savoir bouger son corps, le temps de quelques de morceaux qui tabassaient sévère… Chorégraphies de strip teaseuses en chaleur, feulements orgasmiques, grosses basses booty et électro hip hop musclé et clinquant, tout cela nous a donné des idées lubriques et des projets de danse pas très catholiques sur un dance floor... ou plus sérieusement dans un lit. Ah , c’est malin !
The Shins : de mini symphonies pop potentiellement universelles.

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Certes, il aurait mieux valu les voir dans une salle intimiste avec un son moins énorme, mais les Shins ont, à l’occasion de leur premier festival en France, démontré que leurs mini symphonies pop étaient potentiellement universelles. Sur l’immense grande scène, devant une foule considérable, les très peu extravagants américains (vestimentairement et dans leur attitude, normale) ont fait très forte impression avec une set list composée uniquement de tubes aux mélodies irréprochables. Portées par une voix de Brian Wilson éternellement juvénile et des harmonies vocales/chœurs façon Beach Boys, les compositions des Shins sont hors du temps et bien au-dessus de la mêlée pop actuelle. Malgré une attitude réservée et un peu timide, c’est un véritable bonheur de voir ce combo sur scène délivrer autant de mélodies graciles, aventureuses et insidieuses… Souhaitons leur un parcours triomphal à la Arcade Fire, un groupe auquel ils peuvent être apparentés compte tenu des vertus euphorisantes de leur musique, quasi magique.
The Hives : c’est "le magic de les Hives !!!!!" qui opère.

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Toujours aussi énervés, explosifs, crâneurs et doués, les Hives ont offert un concert simplement parfait aux aficionados de punk rock mâtiné de pop. Comme le dit si bien le chanteur hystérique de ce groupe suédois ne tenant pas en place : c’est "le magic de les Hives !!!!!" qui opère. Un son titanesque (beaucoup mieux réglé qu’aux Eurockéennes), des tubes en-veux-tu-en-voilà, quelques inédits à paraître sur le Black and white album à venir sous peu - dont l’irrésistible et évocateur Tick tick boom - et le tour est joué : on hurle, on se tortille comme un (aka) idiot et l’on ne peut décrocher ses yeux de la scène, à la recherche des moindres facéties de Nicolaus Larson, le guitariste fou, ou de Pelle Almqvist, le chanteur branché sur le 220 volts, toujours à la limite du faux (mais c’est ça qui est bon !). Avec la forme – on a très envie de dire olympique - qu’il tient, on devrait encore entendre parler de ce combo démoniaque pour très longtemps… Ce groupe là, les Hives, c’est vraiment de la dynamite sur scène. Aucune raison donc de ne pas être d’accord à 100% avec le chanteur des Hives (qui se déclare d’ailleurs lui aussi d’accord avec lui-même !) quand il s’esbaudit devant les multiples qualités de son combo.
Arcade Fire : ascenseur pour le paradis.

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La soirée était donc déjà réussie avant l’arrivée de la tête d’affiche, Arcade Fire, de retour après un concert mémorable ici même il y a deux ans. Mais, comme à chacune de leurs apparitions scéniques, les dix Montréalais ont tout emporté sur leur passage avec leur invraisemblable répertoire en forme d’ascenseur pour le paradis. Des morceaux saisissants de beauté et racés, un son carrément divin, des arrangements de cordes et de cuivre stratosphériques, des voix et des chœurs à pleurer de bonheur, des guitares vrillantes, des instruments et des micros passant de mains en mains : tout cela donne le tournis, et l’on se sent presque voler grâce aux tourbillons d’émotions provoqués par Arcade Fire. Les compositions extraites de Neon Bible et Funeral emmènent le public dans un monde à part… Un monde étrange, mystérieux, à la fois clair et sombre, gai et triste, désespérant et plein d’avenir. L’assistance, conquise, applaudit à tout rompre, chante avec le groupe et même entre les morceaux : Arcade Fire triomphe encore une fois et obtient un rappel amplement mérité. Du grand art, malgré un set très proche de ceux donnés à Belfort et Lyon cet été.
Souhaitons que les deux autres soirées de Rock en Seine 2007 soient aussi belles que celle que nous venons de vivre ! Le programme du samedi et du dimanche (à consulter sur le site du festival) est en tout cas plutôt alléchant...
Sites internet : www.rockenseine.com, www.myspace.com/rockenseine.
Signature : pierre andrieule 25/08/2007
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