Critique de concert Roy Hargrove


Roy Hargrove et son quintet étaient de passage à Paris au New Morning vendredi 15 et samedi 16 juillet pour 2 rendez-vous 100% jazz. Il fallait être au rendez-vous car ce surdoué de la trompette est réputé pour être insaisissable : Free, Be-bop, R'n B, Hip hop, aux collaborations multiples et à la créativité débordante. Sur scène, nous avons assisté à une cascade de notes pratiquement ininterrompue à un rythme d'enfer. Les 5 musiciens s'amusaient visiblement beaucoup et ont fait partagé à une salle conviviale leur passion de la musique. Pour quelques heures, le 10ème arrondissement s'est retrouvé au cœur de New York et la rue des Petites écuries rebaptisée Swing street.
Autour de minuit au New Morning, au sens propre comme au sens figuré ; Roy Hargrove a joué de 21h30 à 0h30 avec un entracte bien calibré pour parler à chaud de la performance de l'artiste, mais aussi pour mêler les notes aux bulles de champagne. Il arrive sur scène à la manière d'un dandy cabotin : lunettes noires, visage fermé, costume crème cintré, nœud papillon et... Converse. Boosté par la musique et peut-être par un verre de whisky, il est à la fois soliste et chef d'orchestre. Très rapidement, son jeu ébloui par son phrasé, par la sonorité de sa trompette : on perçoit son souffle dans les moments les plus calmes ; lorsqu'il s'emporte, le flot de notes reste limpide et chaque sonorité est parfaitement audible. Il enchaine trompette, trompette bouchée et Bugle et un clin d'œil au piano. Lorsqu'il se met en retrait, il couve ses musiciens d'un regard bienveillant, il les dirige d'un clin d'œil. D'ailleurs, entre chaque interlude, c'est lui qui conserve le rythme et qui le transmet de morceau en morceau. Une directive, un embryon de mesure, a one, a two... et c'est parti.

Roy n'est pas seul sur scène, et son quintet a du répondant, à commencer par le sax Justin Robinson qui fait bien plus que mettre en valeur la trompette. Durant tout le concert, les deux instruments s'épauleront, se répondront, l'un descendant une gamme, l'autre en sens inverse et rivaliseront de brio dans les solos et les monologues. On remarquera que le feeling des musiciens est renforcé par leur complicité. Chacun s'épie, on surveille le maitre avant tout - Justin Robinson est littéralement les yeux rivés sur les doigts de Roy Hargrove - on se sourit ou on se chambre lorsque l'un des musicien réussi une passe difficile ou lorsqu'il recueille une salve d'applaudissements ; on se lance un petit signe pour indiquer aux autres qu'il reste une mesure avant le rendez-vous au point d'orgue. Le groupe rappelle ces danseurs hip-hop qui enchainent les passes chacun dans son style dans une émulation collective. Roy Hargrove ne rechigne pas d'ailleurs à tutoyer cette culture sur d'autres projets.
Le groupe a alterné un jazz très mélodique (triomphe de Strasbourg / Saint Denis), avec des morceaux hard bop revisités survitaminés au groove. La performance musicale et technique était de très bon niveau, la musique a toujours été complexe, mais accessible. Le groupe entame un air de quelques mesures de façon très harmonieuse, on le joue ensemble, puis commence sont démantèlement, au piano, à la basse, au saxo, à la trompette. Chaque instrument a quelque chose à dire. Note par note, il est disséqué, puis recomposé sur différents rythmes. Comme au cœur d'un réacteur nucléaire, on atteint le point de fission musical.

Créer, réinventer, ouvrir les carcans dans lesquels on enferme la musique, ce sont les principaux attributs que l'on prête à Roy Hargrove. C'est également le résumé des prestations qu'il a donné au New Morning durant ces deux soirées de juillet.
Line up :
Roy Hargrove : trompette
Sullivan Fortner : piano
Justin Robinson : saxophone
Montez Coleman : batterie
Ameen Saleem : basse
Signature : cyko niko
le 26/07/2011
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le 26/07/2011
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>> Réponse (le 08/08/2011 par Fatikhaldi) Pour info Roy ne boit pas. Du thé, du café et du Ice tea simplement! > Réagir à cette critique


le 24 juillet 2009 - Palais Longchamp - Marseille (par Pirlouiiiit)
New Morning, Paris

le 9 novembre 2010 - Paris le New Morning (par Lebonair)
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