Critique de concert Jazz des Cinq Continents (FJ5C 2012) 6/7 : Paolo Fresu, Omar Sosa, Bobby McFerrin and the Yellowjackets


Pénultième soirée du FJ5C, et non la moindre : l'affiche ne regroupe pas mois que Paolo Fresu, Omar Sosa, Bobby McFerrin and the Yellowjackets. La foule est nombreuse, les rangs serrés.

Dans la réserve de petites anecdotes de derrière les fagots dont il nous régale, Jean Pelle ne fera pas bonne pioche ce soir, c'est un autre qui introduit les artistes. Avec l'accent sarde, Bernard Souroque prononce " Paolo Fraise ".
Omar Sosa : piano / Paolo Fresu : trompette et bugle

Les deux virtuoses attaquent avec une musique d'immersion, où de lévitation selon vers quoi l'on tend. Ils entraînent le public, en douceur, en prenant leur temps vers des profondeurs, ou des altitudes lointaines. Le public est en arrêt, en extase dès le premier morceau. Il ne remettra pas pied sur terre avant l'issue du concert.

Paolo Fresu manipule une table de mixage, choisit ses sons, les modifie, affectionne des échos et résonances de toute sorte qui amplifient cet effet global qu'on pourrait qualifier de sidéral, de cosmique. Tantôt debout, cambré ou penché vers l'avant, le plus souvent tourné vers Omar Sosa à qui il adresse ses propositions languissantes, tantôt accroupi sur son tabouret, il fait figure d'apprenti sorcier, qui n'aurait plus rien d'un apprenti.

Et comme il s'agit d'un véritable duo, le second musicien (le premier?) est tout autant inspiré au point que l'on ne saurait dire lequel accompagne l'autre. Je ne saurait dire si c'est uniquement avec la pédale de droite du Steinway, ou si les sons bénéficient d'un mixage (je ne crois pas en vérité) mais sa musique se répercute et se prolonge tout autant que celle de la trompette.
Elle prend elle aussi énormément de distance, elle va tout aussi loin. Omar Sosa varie son jeu grâce à une palette très riche. Il va jusqu'à se dresser et pincer les cordes dans la caisse, de ses mains, ou bien les frapper avec des fouets de batterie.

Les deux musiciens font partie de ces bienheureux " habités " par on ne sait quoi. Ils ont visiblement compris ou atteint quelque chose que beaucoup d'autres envient : une plénitude, une félicité, un nirvana ? Et ils nous l'ont fait partager pendant une trop courte heure et quelques.

La pause est traditionnellement synonyme de pina colada. Je m'acquitte de ce double devoir avec zèle et détermination. On tchatche un peu en terrasse de la conjecture avec les laborieux photographes. Ce petit rendez-vous est sacré, il fait partie intégrante maintenant de " mon " festival. Et c'est reparti avec...
Bobby McFerrin and the Yellowjackets:
Bobby McFerrin : voix / Russell Ferrante : claviers / Felix Pastorius : basse / Bob Mintzer : saxophone / William Kennedy : batterie.

Voilà un autre genre de cosmique, auquel on pourrait ôter le " s " sans le dénaturer, ni ironiser sur son art. Bobby McFerrin lui aussi a du rencontrer quelqu'un, ou bien c'est lui même qui vient d'ailleurs. Dans la droite lignée d'Al Jarreau entendu samedi, il perpétue la tradition des vocalistes de folie, et la renouvèle avec génie.

Au point qu'on se demande s'il ne vient pas lui même d'une autre planète. " Amis Terriens, nous ne vous voulons aucun mal. Nos intentions sont pacifiques " semble t'il dire en souriant au public à travers son encodeur pectoral et le filtre de ses cordes vocales (qui doivent être aussi longues que ses intestins).
Le voilà qui nous interpelle et se lance dans le fameux jeu réservé au live et dans lequel il excelle, de " répète ce que je dis ". Vu ses capacités et ses performances précédentes, je crains le pire. Mais il ne sera pas trop moqueur et les marseillais s'en tirent bien.
Pour ceux qui se sont arrêtés sur le nom des musiciens ci-dessus, oui, c'est bien le fils de Jaco, et pour ceux qui en doutent, il le prouve par un solo d'une virtuosité et d'une vélocité qu'on serait déjà fier de réaliser sur une guitare.

C'est souvent le saxophoniste Bob Mintzer qu'on entend et qui donne une réplique jazzy et bopante à Bobby McFerrin. Lui aussi, et les Yellowjackets sont tous très bons. Une soirée de plus qui a remporté de nombreux suffrages, et une adhésion remarquable du public.

Seul carton rouge que je ne sors qu'en fin d'article pour ne pas entâcher cette belle soirée: je livre à la honte et à l’opprobre les crétins qui ont gueulé bien fort " Assis ! " en chœur, pendant de longues minutes et ont contaminé tout le début des deux premiers morceaux. Bobby McFerrin, pas rancunier ne leur a pas projeté le rayon vert de la mort, ou tout au moins de la gale et des bras courts, de la pécole et de la calvitie immédiate. Il aurait dû. Moi, à sa place...
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Signature : mardalle 25/07/2012
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