Critique de concert Sardar Orkestra

Le Festival Jazz des Cinq Continents aurait-il déjà débuté ?
On peut le dire ainsi puisqu’il programme depuis le 14 juin des soirées jazz pour le moins originales.
Préparez secrètement une soirée à deux avec votre belle et sa surprise sera de taille, même si le conseil que vous lui prodiguerez en ces temps de grosses chaleurs ("prévois un lainage") lui mettra quelque peu la puce à l’oreille.
Contournez tant bien que mal les travaux du Vieux Port pour accéder à l’embarcadère du Levantin qui se situe devant la mairie. Sortez de votre poche les sésames imprimés préalablement en cachette. Déchaussez-vous et déposez vos chaussures dans le bac prévu à cet effet.
Les musiciens ne sont même pas cachés (pffff, gâcheurs de surprise !) mais votre dulcinée peut croire un instant qu’il s’agit juste d’un repas musical à quai.
Et là commence à opérer la magie. Le catamaran démarre (au moteur, hein, faut pas pousser), et la musique avec.
Les deux jeudis précédents, Jean-Michel Souris avait fait voguer sa flûte puis Marion Gautier tanguer sa voix sur ce même pont.
Ce soir, c’est le Sardar Orkestra qui hisse ses pavillons, cinq en l’occurrence, plus les baguettes de Jean-Michel Troccaz qui vont déferler.
La musique nous vient des Balkans et nous semblons en prendre la destination. A la sortie du Port, le Commandant fait mine d’aborder le Napoléon Bonaparte à tribord. Mais la lutte est inégale, frêle esquif que nous sommes. Même le timbre de notre corne de brume fait pâle figure face à celui de l’imposant ferry.
Nous affrontons donc les premières vague(lette)s, puis nous vengeons au dépens d’un skieur nautique fort habile à bâbord.
Au niveau du Château d’If, le catamaran semble avoir accéléré de quelques nœuds. Ce n’est qu’une impression, donnée par la rapidité du festif Nikolkocanik, pièce enjouée où Fred Pichot, souvent sur un pied lors de ses soli prouve qu’il l’a marin.
L’ancre est jetée au large de l’Île Ratonneau et ça devient idyllique : tous nos sens sont flattés :
- le toucher par les embruns qui caressent nos bras ;
- le goût par le frais et bienvenu Rosé des Embiez proposé par le bar ;

- l’odorat par les senteurs des brochettes qui nous seront proposées en plat de résistance et qui viennent de surpasser les vapeurs iodées ;
- la vue par les paysages magnifiques qui s’offrent à nous (la Grande Bleue à perte de vue à l’Ouest, coucher de soleil carte postale en sus, la côte rocheuse du Frioul à l’Est)
- et bien sûr l’ouïe par la dynamique harmonie de cette fanfare, son répertoire propice au voyage, les exquises escapades des saxophones de Fred Pichot et Fabien Genais, du bugle de Seb Ruiz-Lévy, la complicité du sousaphone de Francis Rafananenena et du saxophone baryton d’Alexandre Barette parachevées par les percussions de Jean-Michel Troccaz.
Dans la soirée idéale, au taboulé / brochettes imposé aurait été préféré un plateau de fruits de mer, le maillot de bain n’aurait pas été oublié (nous avons dû refuser une baignade dans une limpide Méditerranée !) et la pause des musiciens pas remplacée par une bande-son, trop éclectique à mon goût.
Mais on en profite pour se raconter ses potins respectifs ou pour jouer à DiCaprio / Winslet à la proue du bateau, espérant tout de même pour nous une happier end.
De là où nous sommes, nous n’apercevons que les lointaines lumières de l’Estaque. Alors, lorsque redémarre le vaisseau, s’offrent soudain à nos yeux les lumières de la ville tout entière, des Goudes aux Riaux, apparaissent successivement les façades illuminées du Château d’If, de Notre Dame de la Garde, du Palais du Pharo, des Forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, de l’Abbaye Saint-Victor et enfin de la Mairie.
Et la musique, la vraie, celle prodiguée par nos six compagnons de traversée, a repris. Ils promènent aux quatre coins du catamaran leur chorégraphie musicale, plus JohnZornesque encore, toujours mélodieuse et entraînante, toujours enluminée par la brillante inspiration des solistes.
Ces escapades maritimes se poursuivent, avec une formation différente chaque jeudi jusqu’au 27 septembre. Choisissez celle qui correspond le mieux à vos goûts musicaux, n’oubliez pas votre maillot de bain, demandez votre brochette bien cuite, retrouvez vos chaussures à la sortie, et vous aurez passé la plus belle des soirées.
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Signature : mcyavellle 11/07/2012
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Photographe : mcyavell
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le 18 septembre 2010 - Espace Julien - Marseille (par Mcyavell)


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