Critique de concert SOLIDAYS - JOUR 3 : Garbage, Joeystarr, 1995, Bernhoft


Joeystarr
DIMANCHE 24 JUIN 2012
Temps : Only Happy When It Rains
On a vu : Maïtena Biraben sous deux parapluies et les pieds dans la gadoue.
BERNHOFT – Scène Dôme – 19h00 : 6/10
Le prodige soul venu de Norvège, un peu survendu ces dernières semaines, a une belle voix et ne manque indéniablement pas de talent. Il remplit même des salles de plus en plus conséquentes. Et pourtant… qu’est-ce qu’on s’ennuie ! Au bénéfice du doute, on dira que c’est parce que sa musique doit probablement mieux s’apprécier dans l’intimité d’une salle que dans le trop grand espace d’un festival comme Solidays. Hélas, seulement armé d’une guitare acoustique et d’un clavier auquel il touche fort peu, le chanteur ne parvient pas à enthousiasmer au-delà du dixième rang. D’ailleurs, la foule ne s’y trompe pas et se disperse rapidement. A revoir dans un autre contexte.

Bernhoft
1995 – Scène Domino – 20h00 : 6,5/10
Les prodiges hip hop venus de Paris, un peu survendus ces dernières semaines, ont un énorme capital sympathie et ne manquent indéniablement pas d’enthousiasme. Ils sont même la carte joker trouvée par nombre de festivals cet été pour appâter le curieux à moindres frais. Pourtant, si on leur reconnaîtra un show mieux tenu qu’au festival Chorus, où on les avait aperçus en première partie d’Orelsan, on a du mal à ne pas s’agacer des nombreuses longueurs et de la confusion qui persiste sur scène. Les rouages ne sont toujours pas aussi fluides qu’ils devraient l’être entre les rappeurs et ça se sent. Même s’ils ont plus d’idées, qu’ils gèrent bien mieux le public qu’il y a quelques semaines et que leur marge de progression est assez considérable, on a le plus grand mal à vraiment se laisser embarquer par leur prestation. 1995 est toujours un groupe prometteur et sympathique, mais il y a encore du boulot pour confirmer.
JOEYSTARR – Scène Bagatelle – 21h00 : 8/10
Après avoir fait partie du mythique groupe de rap NTM, avoir l’avoir quitté, après y être revenu, après avoir massacré une voiture à coups de hache, après avoir fait de la prison et après avoir sorti un album survitaminé, qui a beaucoup fait parler à sa sortie il y a quelques mois, Joeystarr (désormais en un seul mot) débarque sur la scène Bagatelle de Solidays avec la ferme intention de tout casser (mais au sens figuré, cette fois) et commence d’ailleurs très fort avec l’explosif J’arrive. Pas avare en énergie, le "Jaguarr" harangue la foule sans relâche et, en vraie bête de scène infatigable, il offre un show des plus dynamiques. Pourtant, petit à petit, la folie qu’on retrouve notamment sur son dernier album se dissipe un peu et il faut attendre la deuxième moitié du concert pour en reprendre pour son grade. Joeystarr a gagné en expérience et en maturité et compense le poids des ans par une maestria qui force le respect. Joueur, il se permet même quelques petites vannes sur Sexion d’Assaut, ce qui fait toujours plaisir ! Après s’être offert la participation d’Oxmo Puccino sur le titre Mon Rôle, plus rien n’arrête l’incroyable crescendo d’un concert qui fait bouger le public comme jamais et embrase l’hippodrome de Longchamp jusqu’à la scène Paris, où de rares fans de Garbage déjà en poste observent le spectacle de loin. Malgré un set assez inégal, la prestation du rappeur restera comme une des plus efficaces de ce festival.

Joeystarr
GARBAGE – Scène Paris – 22h00 : 7/10
Seule tête d’affiche internationale du festival cette année, le groupe, dont la reformation a fait l’évènement il y a quelques semaines, devait s’attendre à jouer devant autrement plus de monde que la petite foule éparse qui l’attendait finalement. Sans doute rebutés par le froid et les immenses flaques qui s’étendaient devant la scène, les festivaliers les moins téméraires auront préféré rentrer chez eux. D’autant que Garbage clôturait à la fois le festival et une journée usante passée à patauger dans la boue sous une pluie continue. Très pro, le groupe assure malgré tout le show et après trois titres de chauffe, il dégaine son premier tube : Why Do You Love Me? La toujours aussi magnétique Shirley Manson, qui porte le fameux ruban rouge à la boutonnière et s’essaye volontiers au français, se met rapidement le public dans la poche. Globalement très bons sur leurs tubes, comme cet énorme Stupid Girl, les Garbage sont malheureusement beaucoup moins convaincants sur le reste du concert. Toutefois, la setlist est bien dosée et le gros show à l’américaine que livre la bande, en évitant toujours le piège de l’esbroufe, montre toute l’expérience qui est à mettre à son crédit. Alors que la pluie se remet à tomber après une courte pause, le groupe entame le fameux Only Happy When It Rains, rapidement enchaîné au toujours très réjouissant Cherry Lips, qui conclut le concert et pour lequel les musiciens sont rejoints sur scène par les volontaires de Solidarité Sida. Au final, ce concert nous aura surtout rappelé à quel point Garbage a été une machine à tubes hors pair. Une machine qui tient son rang, mais avec une maîtrise hélas trop prudente, incapable de lâcher les chevaux et de prendre le moindre risque. La prestation est donc irréprochable autant qu’insipide. Dommage…

Garbage
BILAN DU JOUR 3 :
Bilan très moyen pour ce dernier jour, qui aura cumulé trois déceptions : Bernhoft et 1995, dont l’indéniable talent a été tellement vanté depuis le début de l’année qu’ils ne pouvaient tout simplement pas être à la hauteur des attentes, et puis Garbage, fiable, mais sans génie. Joeystarr, pour sa part, aura réussi la belle performance de la journée, malgré un début quelque peu poussif.
BILAN DU FESTIVAL :
Si l’affiche était un peu décevante, il n’est pas très étonnant que le bilan le soit aussi. On aura vu de belles performances (Joeystarr, Shantel, Orelsan…), quelques bonnes surprises (New Politics, Twin Twin…), mais aussi pas mal de déceptions (Birdy Nam Nam, Bernhoft, Kavinsky, voire Garbage) et malheureusement aucun concert transcendant à se mettre sous la dent. Ni spécialement gâtée, ni spécialement épargnée par la météo, cette édition de Solidays ne fera donc pas date pour sa programmation musicale, mais il ne faut pas oublier que si le festival réunit chaque année autant de monde (encore plus de 160.000 personnes cette année), c’est aussi parce qu’on y vient pour l’ambiance, pour cet esprit de solidarité unique, ces bénévoles qui sont acclamés sur scène, avant de faire à leur tour une haie d’honneur aux festivaliers à leur sortie du site. Solidays, ce sont de nombreux stands informatifs et ludiques, différentes activités en plus d’un programme musical éclectique et gargantuesque à défaut d’être brillant et surtout cet état d’esprit qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Alors nous ne tiendrons pas plus rigueur que cela au festival pour ce line up en demi-teinte, qui ne fait que subir un phénomène global qui aura touché presque tous les festivals du monde cette année, et nous reviendrons avec plaisir l’an prochain pour une nouvelle édition qu’on espère riche en émotions !
A LIRE EGALEMENT :
La chronique du Jour 1 : Birdy Nam Nam, Orelsan, Don Rimini, Huoratron, Baadman, We Are The 90's
La chronique du Jour 2 : Shaka Ponk, Kavinsky, Shantel, New Politics, Twin Twin, Christine
Signature : fredcle 12/07/2012
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Photographe : julienk
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