Critique de concert Sonny Simmons Trio

Le Roll’Studio ouvre exceptionnellement ses portes jeudi soir pour accueillir un géant : l’altoïste Sonny Simmons.
Rescapé d’une époque où les compagnons de scène s’appelaient Charlie Mingus, Eric Dolphy, Sonny Rollins, McCoy Tyner ou Elvin Jones, l’artiste traîne sa vieille carcasse toute cabossée sous la voûte en pierre du Roll Studio et nous fait oublier ses 78 ans dès les premières notes.
C’est en formation de trio qu’il nous fait revivre la grande époque :
Sonny Simmons : saxophone alto, cor anglais
Akim Bournane : contrebasse
TonTon Salut : batterie
Délicieuse immersion dans les années soixante, les images d’un film en noir et blanc défilent, un décor urbain, la vitesse, un rythme trépident appuyé par les roulements de TonTon Salut à la batterie et le swing quasi métronomique de Akim Bournane à la contrebasse, et par dessus, les descentes et remontées du saxophone de Sonny Simmons. Un phrasé fluide aux virages inattendus, ponctués par des notes buttoirs ou de longues stations dans les aigus criards qui rappelle beaucoup Eric Dolphy.
Difficile de donner une set list précise ; j’ai reconnu au passage Now’s The Time. Juste avant, c’était The Gipsy. Sonny Simmons intercale des commentaires oniriques fort appropriés entre deux morceaux, du type : "We will continue on our flight to an unknow destination". Au saxophone, il pratique avec bonheur ce qu’il est convenu d’appeler le in and out : il se décale légèrement du cadre rythmique, tantôt par le ralentissement, tantôt par l’accélération, et y revient de manière rassurante, à son gré, et au nôtre.
TonTon Salut précise qu’il vient de retrouver Sonny Simmons après un intermède de sept ans. Les trois compadres repartent pour un tour vers Nîmes puis Toulouse.
Après l’entracte, le deuxième set commence au Proche-Orient, au sommet d’un minaret, une aube ou un crépuscule chanté par Sonny Simmons devenu muezzin. Pour ce morceau, il a choisi le cor anglais, instrument rare dans le jazz, et il donne aussi de la voix. La moindre tentative de traduction de sourate serait vaine.
On continue au Mexique, avec Music Matador, un morceau aux consonances cucaracha et la soirée se termine avec Réincarnation. Akim Bournane dialogue avec sa contrebasse : "mmmh… mmmhhh" "That’s right" lui répond Sonny Simmons.
Une pensée se profile et prend forme au fil des plages musicales : il est visible que l’artiste semble fatigué, la brièveté de certaines phrases, le besoin de reprendre son souffle souvent en témoignent. Nous assistons toutefois à un spectacle touchant ainsi qu’une belle leçon de musique que le jazz autorise, et même magnifie : la possibilité d’adapter des capacités déclinantes au rendu d’une musicalité nouvelle, d’une émotion inconnue, et de fait, se rapprocher d’un essentiel, d’une quintessence musicale en restituant dans l’urgence un élément fondamental, inaliénable (que je ne me risquerai pas à tenter de circonscrire par des mots). Sonny Simmons a sans doute aujourd’hui un "plus" qu’il n’avait pas dans les années soixante, et auquel nul jazzman jeune ne peut prétendre : un supplément d’âme.
Rescapé d’une époque où les compagnons de scène s’appelaient Charlie Mingus, Eric Dolphy, Sonny Rollins, McCoy Tyner ou Elvin Jones, l’artiste traîne sa vieille carcasse toute cabossée sous la voûte en pierre du Roll Studio et nous fait oublier ses 78 ans dès les premières notes.
C’est en formation de trio qu’il nous fait revivre la grande époque :
Sonny Simmons : saxophone alto, cor anglais
Akim Bournane : contrebasse
TonTon Salut : batterie
Délicieuse immersion dans les années soixante, les images d’un film en noir et blanc défilent, un décor urbain, la vitesse, un rythme trépident appuyé par les roulements de TonTon Salut à la batterie et le swing quasi métronomique de Akim Bournane à la contrebasse, et par dessus, les descentes et remontées du saxophone de Sonny Simmons. Un phrasé fluide aux virages inattendus, ponctués par des notes buttoirs ou de longues stations dans les aigus criards qui rappelle beaucoup Eric Dolphy.
Difficile de donner une set list précise ; j’ai reconnu au passage Now’s The Time. Juste avant, c’était The Gipsy. Sonny Simmons intercale des commentaires oniriques fort appropriés entre deux morceaux, du type : "We will continue on our flight to an unknow destination". Au saxophone, il pratique avec bonheur ce qu’il est convenu d’appeler le in and out : il se décale légèrement du cadre rythmique, tantôt par le ralentissement, tantôt par l’accélération, et y revient de manière rassurante, à son gré, et au nôtre.
TonTon Salut précise qu’il vient de retrouver Sonny Simmons après un intermède de sept ans. Les trois compadres repartent pour un tour vers Nîmes puis Toulouse.
Après l’entracte, le deuxième set commence au Proche-Orient, au sommet d’un minaret, une aube ou un crépuscule chanté par Sonny Simmons devenu muezzin. Pour ce morceau, il a choisi le cor anglais, instrument rare dans le jazz, et il donne aussi de la voix. La moindre tentative de traduction de sourate serait vaine.
On continue au Mexique, avec Music Matador, un morceau aux consonances cucaracha et la soirée se termine avec Réincarnation. Akim Bournane dialogue avec sa contrebasse : "mmmh… mmmhhh" "That’s right" lui répond Sonny Simmons.
Une pensée se profile et prend forme au fil des plages musicales : il est visible que l’artiste semble fatigué, la brièveté de certaines phrases, le besoin de reprendre son souffle souvent en témoignent. Nous assistons toutefois à un spectacle touchant ainsi qu’une belle leçon de musique que le jazz autorise, et même magnifie : la possibilité d’adapter des capacités déclinantes au rendu d’une musicalité nouvelle, d’une émotion inconnue, et de fait, se rapprocher d’un essentiel, d’une quintessence musicale en restituant dans l’urgence un élément fondamental, inaliénable (que je ne me risquerai pas à tenter de circonscrire par des mots). Sonny Simmons a sans doute aujourd’hui un "plus" qu’il n’avait pas dans les années soixante, et auquel nul jazzman jeune ne peut prétendre : un supplément d’âme.
Signature : mardalle 21/05/2011
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le 21 juillet 2009 - Jardins de Cimiez - Nice (par Mcyavell)
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