Critique de concert Les Sons du Lub' : Kabbalah + Mekanik Kantatik + Deluxe + Broken Rotuls + Martin Mey + Fritz Kartofel + OK Bonnie + Nell Sin + Pense-Bête + Les Dud


La bourse aux instruments de Beaumont de Pertuis a fait son chemin. Rebaptisée depuis 2010 "Les Sons du Lub’", elle est devenue bien plus qu’une balade dominicale dans les ruelles d’un village pittoresque du sud Luberon à rechercher un instrument d’occasion ou à fouiner dans les partoches.

Cette année, 16 concerts sur trois scènes différentes ont eu lieu, sans compter la "sieste électro", les ateliers musicaux de tout poil et les animations diverses.
Les lève-tôt auront pu profiter de The Kananaskis (folk rock) dès 10h30, suivi de Percu Ballet Bitume (spectacle de rue) et Stefano Ferrari (opéra).

Nous arrivons à la fin d’un titre festif saupoudré de laï laï immédiatement suivi d’une "séance de fitness" dans la mouvance de Louise Attaque. Le trio contrebasse / accordéon / guitare est efficace, la voix et les enchaînements à vocation humoristique beaucoup moins. La Polka finale elle aussi agrémentée de laï laï dynamise la Place Neuve mais me laisse de marbre. Flag’ qui a plutôt bon goût m’a maintes fois parlé de ce groupe en bien. Alors disons qu’en arrivant en retard, j’ai dû louper le meilleur.

Rock approximatif dit le programme. Pas mieux. L’humour à vocation enchaînante est approximatif également. Ils viennent de sortir un CD, Bling, Bling, Bang. Du gros son est envoyé comme sur Apocalypsss ou Flyfuckeur. Une reprise de Personal Jesus est osée. Mais ça me laisse de marbre. Disons qu’en partant en avance, j’ai dû louper le meilleur.

Le premier moment de bien-être de la journée est gastronomique : un délicieux sandwich à l’andouillette et à l’oignon.

Sur la scène Mairie, Nell Sin est seule avec son clavier. On pense immédiatement à Kate Bush pour la voix et à Tori Amos pour la couleur de cheveux. Ou l’inverse. Toujours est-il que l’atmosphère créée est la première de l’après-midi qui me fait m’approcher et écouter de manière plus approfondie. Alors oui, on peut regretter que son clavier serve également d’usine à sons. Mais la force et la passion qu’exprime sa voix excusent tout. On l’imagine en trio avec une basse et une batterie, pas plus. Bien plus feutrées que celles qui sortent des enceintes pour accroître encore l’émotion que dégage le sublime Ruby June. On voudrait entendre un vrai piano et non un clavier nasillard histoire de voir si la filiation avec Kate Bush – qu’elle assume en s’appropriant Breathing – est plus évidente encore.

Flâner dans les rues est ici un réel plaisir. La bourse aux instruments y est omniprésente, les luthiers viennent y exposer les violons et guitares les plus originaux. De cocasses instruments fleurissent à tous les coins de rues et les enfants s’amusent à presser des bottes pour créer une mélodie, à tourner des roues pour en extraire les sons les plus divers, à tirer sur une corde pour agiter des boîtes de conserve suspendues entre les deux murs d’une étroite ruelle.

Quatre jeunes de Lourmarin composent ce groupe. Au-delà du char(is)me indéniable de la chanteuse Justine, le rythme, les sonorités, le choix des instruments génèrent des flashs : Nirvana, Joy Division, Daft Punk, Zazie, Phil Manzanera, The Cure, Gainsbourg... Tout cela est fort différent mais leurs images apparaissent au détour d’un riff, d’une rythmique, d’une intonation.
Qualifier la musique d’OK Bonnie d’électro pop comme le fait le programme serait réducteur. Elle sait être très rock comme dans le prenant crescendo de la partie instrumentale de Tout Tourne.

En redescendant à la Scène Place Neuve, un manège attire notre attention. La rotation des véhicules est générée par le pédalage d’une accordéoniste chanteuse qui une fois son chant terminé doit s’employer à éviter la bousculade entre les nombreux bambins qui veulent monter et surtout évincer gentiment ceux qui ne veulent pas quitter leur siège.

C’est étrange comme la mémoire peut être sélective. Une semaine après avoir assisté à cette journée, mes souvenirs de Fritz Kartofel sont plus visuels que sonores : les images du guitariste avec son look à la Ron Mael, de la jupette noire et des chaussettes hautes de la bassiste, des bottes "bannière étoilée" du chanteur, de la pêche du batteur sont toujours présentes… Le contenu musical beaucoup moins. Il est vrai que je n’ai assisté qu’à une infime partie de leur set coincé entre OK Bonnie pour lesquels je suis resté jusqu’au bout et Martin Mey dont je ne voulais pas louper une miette. Je me souviens juste m’être dit que c’est un groupe qui a la patate (je sors).

Le maître de la loop enregistre juste quelques chœurs pour son premier titre interdit aux dépressifs en cette fin d’après-midi maussade. Clavier et voix. C’est beau comme un dimanche à la campagne, c’est triste comme un dimanche pluvieux. La météo tourne à la neige avec le titre suivant, le multi-couches Snowing On School Days déjà apprécié chez Massilia Records trois jours auparavant. Il égaye ensuite l’atmosphère avec trois titres dont Running Child qui provoque des battements de mains instantanés et spontanés puis une chanson d’amitié, toutes les deux à la guitare, la suivante au clavier, toutes les trois maintes fois enrobées vocalement.
Difficile de ne pas répéter mes louanges d’il y a trois jours. La berceuse Grey Robe est plus poignante encore sous la fine pluie avant que Song 2 ne vienne clôturer le set.
On a pris du retard sur la scène Gilbert Plat, en haut du village. Lorsque je redescends sur la Place Neuve, Momo Solo, conte musical, joué simultanément est terminé et le groupe suivant est sur scène.

C’est l’inconvénient de ce genre de "festival" : on arrive au milieu des balances et on peut croire quelques instants que le plateau a commencé. Les survêtements qu’arborent les membres des Deluxe ne sont pas des plus seyants mais ils reviendront quelques minutes plus tard, beaucoup plus crédibles après s’être changés. Le saxo, le clavier, la basse et les percussions sont délicieusement funky. Ce quintet aixois va réussir le tour de force d’éviter un exode massif dû à la pluie qui redouble. Les parapluies dansants fleurissent tout d’abord devant la scène avant de disparaître au profit d’une tente mobile. Les places y sont chères et on se prend régulièrement une gouttière. Peu importe. La musique nous réchauffe, à commencer par la voix très "Lady Marmelade" de la chanteuse, la seule du groupe à ne pas porter moustache. La plus belle appartient au musicien le plus polyvalent du groupe et le plus en vue (saxophone / clarinette / claviers). A revoir au sec.

Un ovni. "En provenance du Tadaourkeïstan", les Dupont / Dupond de l’électro pop passent tour à tour derrière la batterie (trop forte), à la guitare et tous deux chantent.
Ce fut le set le plus perturbé par la pluie. Un œil rivé sur le clavier menacé d’inondation, les oreilles tendues vers les enceintes de retour qui ne leur renvoyaient pas grand-chose, ils ont fait pour le mieux afin de nous donner un aperçu de leur répertoire pour le moins éclectique, de l’electro planant à l’electro punk.

Nicolas Cante aussi doit faire avec la pluie. Conscient que ses balances se font devant un public déjà présent, il en joue et commence le show. Son ingé-son l’affuble d’une voix robotique et le voilà qui teste les différentes fonctionnalités de son installation en se déplaçant à la manière de C3-PO.
Et puis ça démarre pour de bon. Là encore, les boucles sont de rigueur. Le résultat est jubilatoire. Il s’amuse visiblement au moins autant que nous, maîtrise la pittoresque installation qu’il a échafaudée autour de son piano, en exploite les multiples possibilités, improvise sans cesse. Il élabore la trame qu’il va, des minutes durant, agrémenter d’ajouts divers. Son micro serre-tête miniature lui donne toute liberté pour chanter tout en trifouillant à droite, à gauche, en haut ou en bas ou, de temps en temps, entamer un droïdesque tour de scène.
C’est dansant et un groupe de Luberonnais n’hésite pas à risquer un rhume de pieds en délaissant ses sandales pour fouler en rythme le pavé humide.
Le côté répétitif est ici une qualité puisque les nouveautés s’ajoutent encore et toujours et densifient la trame de départ. Et puis les gadgets sont jouissifs comme ce tournesol dont la rotation modifie le rythme. Etonnant de voir une telle diversité, une telle énergie, une telle créativité produites par un seul homme et sa drôle de machine.

La journée est déjà aussi belle que le temps est maussade et Kabbalah va la clore en beauté. Le quintet va encore une fois se produire devant un public pas forcément acquis à sa cause au départ. Encore une fois, il va le conquérir en quelques minutes. Ce public-là est très différent de celui rencontré quelques jours auparavant aux Rendez-vous du Kiosque. Le stock de bière du festival a été épuisé et le premier rang est agité.

Deux titres de l’excellent album Boxes, Bagels & Elephants vont transformer cette agitation en gaieté dansante. Elephant Mentsch tout d’abord qui recèle toute la diversité du groupe : la voix grave et le mandoluth de Stéphane Galeski, la dose hip hop ajoutée par Uli Wolters, la légèreté du violon d’Anna Startseva et la rythmique impeccable de Patrick Ferne et Gérard Gatto. Love Shnorer ensuite, véritable plongeon dans la culture yiddish. Et puis ça se muscle avec le déjanté Sugar Pie, sa guitare électrique, sa batterie percutante, ses délicieuses ruptures, avec le sautillant Devil, représentatif de l’osmose des trois de devant, Anna, Stéphane et Uli.
Les moments de poésie pure (Papir Iz Dokh Vays) sont plus difficiles à faire apprécier à cette audience qui crée une ambiance bruyante et festive. Le set n’est pas terminé mais les Sons du Lub’ s'achèvent ici pour nous. La journée fut harassante et une heure de route nous attend pour regagner nuitamment Marseille. Les phrases de violon de 7 Worlds nous accompagnent jusqu’à la sortie du village.

Plus de photos : Les Sons du Lub’, Pense-Bête, Les Dud, Nell Sin, OK Bonnie, Fritz Kartofel, Martin Mey, Deluxe, Broken Rotuls, Mekanik Kantatik, Kabbalah.
Signature : mcyavellle 06/06/2011
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>> Réponse (le 08/06/2011 par céline)



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