… Et brutalement, le temps s’est arrêté…
Mais d’abord, revenons quelques semaines plus tôt. Lors de l’une de mes habituelles lectures de presse musicale, je tombe sur une annonce plutôt surprenante : Une jeune suissesse aurait récupéré le mojo de Jeff Buckley. Naturellement, cette nouvelle éveille ma curiosité et je me jette sur l’album "Monday’s Ghost" de la dénommée Sophie Hunger, et, force est de constater qu’une fois de plus, à mon sens, la presse musicale s’est un peu enflammée. Toutefois, cette album ne me laisse pas de marbre et la jeune fille fait preuve d’un talent indéniable et d’une voix qui ne peut laisser indifférent.
Quelques temps plus tard, j’apprends par hasard le passage de la jeune artiste au Cargo de Nuit en Arles. C’est avec beaucoup de curiosité que j’achète ma place, pressentant que la soirée pouvait être belle.
Accompagné de deux amis nous nous rendons donc au Cargo (merci à cette salle de nous proposer une programmation si éclectique et pointue). 21h30, la salle est peu garnie, contrairement à la scène : guitares, basse, batterie, piano, glockenspiel, flûte traversière… le temps de se désaltérer quelque peu au bar arrive 22h.
… Et brutalement, le temps s’est arrêté…
La jeune fille monte seule sur scène, attrape une guitare acoustique et attaque ce concert, elle n’est là que pour moi, les gens autour de moi se sont figés, ils sont en noirs et blancs. Après ce premier morceau, quatre musiciens, dont un tromboniste viennent tisser un subtil écrin pour notre tête à tête. Les morceaux s’enchainent, la belle est timide, ne me parle pas. Après quelques perles distillées avec grâce, elle se décide enfin à communiquer pour m’annoncer qu’elle aime beaucoup Noir Désir et qu’elle va nous en interpréter un morceau. S’en suit une version toute en douceur de "Le vent nous portera", serait-ce une stratégie pour me charmer ? Jouer un morceau de l’un de mes groupes favoris ? A priori non, elle s’éloigne de moi pour s’installer au piano. Les ballades graciles et travaillées me sont offertes comme autant de diamants (en vrac Shape, A Protest Song, Waltzer für niemand, Round and Round et bien d’autres….). Soudainement, Sophie (nous sommes intimes maintenant…) et nos serviteurs me quittent pour un court moment, puis après mes demandes répétées me rejoignent pour un nouvel instant de bonheur, à nouveau agrémenté d’une reprise, de Dylan cette fois-ci (Like a Rolling Stone). Tout est trouble maintenant, la fin de notre tête à tête est proche, elle décide avec ses acolytes de s’approcher, de débrancher les instruments et de me susurrer une dernière mélodie d’au revoir.
Les lumières se rallument, les gens bougent à nouveau, je me sens comme au sortir d’un rêve agréable. Il est 23h30, je ne sais pas où sont passées les 90 dernières minutes. Merci Sophie pour ce moment, Peut-être la presse musicale n’avait pas tort pour cette fois ? Jeff Buckley t’a certainement laissé son mojo.
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