Critique de concert Marsatac 2012 : Spoek Mathambo + Aucan + Nasser-Mix Up Maroc + Grems + C2C + Murkage

Nous y voilà, face à l’écran blanc, qui n’a fait que remplacer la cellulose par des pixels sans rien changer à l’angoisse de celui qui ne trouve pas ses mots. Marsatac, pour moi, c’était un peu l’épreuve du feu. Plutôt habitué aux concerts expérimentaux, jazz ou noise, et ne portant qu’un intérêt plus que limité au rap et à la majeure partie de la production dite "électronique" je n’étais, jusqu’alors, jamais allé à ce festival. Mais cette année, il y avait un argument de poids, Aucan, dont j’apprécie la musique depuis leur premier album. Ainsi me suis-je retrouvé au dock des suds pour l’édition de Marsatac.

Il est difficile de rédiger une critique dans ces conditions. Comment critiquer un artiste qui évolue dans une sphère, dans un univers, qui vous est étranger ? Quelle légitimité ais-je pour donner mon avis sur ce type de musique ? Après tout, certains pourraient me reprocher d’être, tout simplement, fermé aux sons électroniques, de vouloir défendre à tout prix l’idée que seuls les groupes de "chair et d’os" valent la peine d’exister ou que sais-je encore. Aussi, je commencerai ma chronique par un petit état des lieux de ma "pratique" de ces styles musicaux, afin que le lecteur puisse, éventuellement, me vilipender en connaissance de cause.

Comme je l’ai dit en introduction, je ne suis pas forcément fan de rap et de musique électronique, mais, pour autant, je n’y suis pas totalement hermétique. Ainsi, j’avoue avoir un certain penchant pour une certaine musique électronique, notamment l’IDM (l’incontournable Aphex Twin, et une bonne part de l’écurie Warp, dont Autechre, Squarepusher ou LFO), les débuts d’une certaine électro-pop avec Kraftwerk (qui fait tout de même partie de mes groupes favoris) le "Replicas" de Gary Numan et certaines expérimentations de Brian Eno (ceci dit on peut le classer dans la catégorie "écurie Warp" maintenant), et enfin l’électronique dans son versant avant-gardiste dans les mains de certains pionniers (Pierre Henri, Stockhausen ou Edgar Varèse par exemple).

J’ajoute, pour en finir sur mon rapport à la musique électronique, que mon intérêt pour ces sonorités m’a amené à apprendre à programmer différents types de synthétiseurs. Du côté du rap, en revanche, je dois bien admettre un certain hermétisme qui ne me permet d’apprécier que les seuls Svinkels (mais est-ce vraiment du rap ?).

Ce vendredi 28 septembre pas moins de 15 groupes partagent l’affiche, dispersés dans trois salles différentes ! Afin de ne pas me perdre (et de ne pas perdre patience en ne tombant que sur des groupes qui, de toute façon, n’ont aucune chance de me plaire), j’ai effectué un tri (à partir de recherches et d’écoutes sur le net) et préparé un parcours (tant pis si ça fait vieux con psychorigide, au moins je sais où je vais). Voilà donc mon programme perso :
21h15-22h00 : Spoek Mathambo. Un rappeur conseillé par le Pinguin punk mystique. La première vidéo que j’en trouve sur le net le montre reprenant "she’s lost control" de Joy Division, un bon point pour lui donc.
22h00-23h00 : Aucan. Je suis venu pour eux, alors oui, je resterai tout le long de leur set !
23h00-23h30 : Nasser, Mix Up Maroc. Là encore, une suggestion du Pinguin. Sur le papier ça semble intéressant (quoiqu’un peu populiste, mais on y reviendra).
23h30-00h00 : Grems. Les vidéos qu’il a réalisées ayant parlé au fan de Svinkels qui sommeille en moi (il a réveillé le ponk quoi), je me devais d’y aller.
00h00-00h30 : C2C. C’est léger, acidulé, le clip de F.U.Y.A. n’est pas désagréable et, de toute façon, il n’y a rien de bien intéressant pour moi sur ce créneau horaire.
00h30-00h50 : Madeon. Là c’est plutôt de la curiosité, liée, je l’avoue, au jeune âge du bonhomme.
00h50-01h30 : Murkage. Ça semble violent, vindicatif, a priori assez underground. A voir…
02h10-03h10 : Dope DOD. Juste parce qu’ils ont des têtes de meurtriers récidivistes légèrement consanguins. Ceci dit, dès le départ j’avais un gros doute concernant ma motivation à rester jusqu’à cette heure-ci juste pour voir leur trogne. Le doute s’avèrera justifié, puisque je partirai avant la fin de Murkage.

Spoek Mathambo ouvre donc la soirée, accompagné d’un guitariste, d’un batteur, et de son ordinateur avec lequel il lance ses samples. Musicalement on est loin de la noirceur que j’avais pu voir dans ses vidéos, le set se révélant plutôt dansant et joyeux, à l’image du personnage, sympathique et arborant une chemise à fleur (avec casquette assortie, c’est une certaine conception de l’élégance). Du hip-hop léger et dansant en somme. Malheureusement, le son ne permettra pas vraiment de profiter du spectacle, les basses et infra-basses écrasant tout le reste.

Le guitariste est à peine audible, la batterie accessoire tant le kick électronique le submerge, et le tout est noyé dans une basse synthétique tellement grave que ses notes en sont tout juste discernables. Les infra-basses sont tellement puissantes qu’elles en deviennent douloureuses sur certaines fréquences. Et lorsque je les dis douloureuses, ce n’est pas pour les oreilles mais bien pour le corps tout entier. L’heure d’Aucan approchant me donne donc un bon prétexte pour quitter la salle avant un décollement de la plèvre.

Aucan étant le groupe qui m’a fait me déplacer, j’arrive cinq minutes avant l’heure annoncée afin d’être bien placé. A priori je ne suis pas le seul à avoir fait le déplacement pour eux, car la moyenne d’âge et la pilosité moyenne des gens attendant leur set est sensiblement plus élevée (tout du moins jusqu’au début du set qui verra déferler une horde de pré pubères fluorescents). Aucan débarque donc. Encapuchonnés, comme à leur habitude, un se place derrière la batterie, et les deux autres se placent derrière leurs machines, qu’ils délaissent parfois pour la guitare ou le chant. Le set démarre, et nous sommes alors partis pour une heure de déception. Le son, pour commencer, est exécrable. Une bouillie d’infrabasses, un kick électronique qui écrase tout et, loin, très loin derrière, toutes les mélodies et les sons qu’affectionne, d’habitude, le groupe. Pour l’anecdote, le batteur a dû s’arrêter un instant pour replacer un élément de son kit, et son interruption n’était pas du tout audible ! Qu’il tape ou non ses futs ne changeait rien. De la même manière la guitare, doublée par un synthé basse titanesque n’était qu’un alibi à un jeu de scène (assez pauvre d’ailleurs). Par ailleurs, il faut se faire une raison, Aucan n’est plus que l’ombre de lui-même. Leur album éponyme, pas très vieux pourtant (2008), parait bien loin. Les influences math-rock, les polyrythmies et la finesse dont faisait preuve le groupe sont aujourd’hui évaporées au profit d’une sorte de dubstep lourdingue et pataud. Je reste néanmoins jusqu’au bout du set, gardant l’espoir que la brume va se lever et révéler le Aucan de la grande (et courte) époque, mais las, ça ne décollera pas. Ceci dit, le concert aura au moins permis aux gamins de s’essayer au pogo ! C’est triste de s’apercevoir qu’ils ne savent pas pogoter d’ailleurs (mode vieux con, c’était mieux avant, ce qu’il leur faudrait c’est un bon concert punk à ces petits merd***)…..

Déçu mais vaillant, je change de salle pour aller voir Nasser – Mix Up Maroc. Le principe, sur le papier, est simple : faire cohabiter (pour reprendre le cri d’amour du crapaud) sur une même scène le groupe d’électro-pop Nasser, avec des musiciens traditionnels marocains (dont un joueur de Gimbri de ce que j’en ai vu depuis le fond de la salle) et l’incontournable rappeur de service. Dans les faits je ne pense pas que le mélange prenne véritablement. Nasser joue son électro-pop carrée (avec un son qui a tendance à écraser les musiciens traditionnels dont les instruments manquent de volume et de définition pour se mesurer à des machines), tandis que les "traditionnels" suivent le mouvement, privés des possibilités rythmiques offertes par leur musique. Là où la musique traditionnelle, orientale qui plus est, riche de rythmiques complexes, aurait pu enrichir le discours des machines c’est le contraire qui se produit, les machines encadrant, encerclant, étouffant le discours oriental pour nous livrer une électro-pop bien cadrée, bien proprette, avec un soupçon d’exotisme aseptisé en 4/4. Et le rappeur ? Il apporte la touche "in", la voix nécessaire pour qu’il y ait quelque chose à quoi se raccrocher, et un petit côté "canaille" (c’est du rap ! c’est un truc de rebelle), légèrement alterno (les rappeurs sont contre le système qui est méchant), mais pas dangereux (le "flow" étant loin d’être agressif). Ce qui a tendance à me déranger finalement, c’est la désagréable sensation que les musiciens traditionnels marocains ne sont là que pour servir "d’alibi à Bobo" (comme ce fut souvent le cas dans la "world music"). Il n’y a pas, ici, d’influence orientale sur l’électro-pop occidentale, pas de réel échange. Par contre, sur le papier, ça fait "cool". Je trouve curieux que ce type d’échange ne se fasse jamais avec des groupes de chanteurs traditionnels bavarois ou même avec nos fifres et tambours locaux (c’est sûr que ça fait moins "culture du monde").

Petit coup de fatigue, petite bière ! Et cette fois ci je vais voir Grems ! Le rappeur est accompagné de deux acolytes au micro, et d’un troisième aux platines. Malheureusement, du fait du son (une thématique de la soirée je pense), les voix sont inaudibles. Entre la vitesse du flow et les basses assourdissantes, impossible de saisir le moindre mot, ce qui limite, tout de même, l’intérêt de la chose. Pour autant on sent qu’ils s’amusent sur scène et qu’il y a une réelle connivence entre les chanteurs. On aura même droit à un petit interlude "human beatbox", bien exécuté et sans prise de tête. Je ne dirais pas que j’ai vraiment aimé (en même temps, le rap n’étant pas ma tasse de thé je ne saurais leur en vouloir), mais c’était bien fait, plutôt plaisant et sans doute à revoir à l’occasion dans de meilleures conditions !

Direction le chapiteau maintenant pour C2C (après un passage au stand bière, qui doit voir passer plus de monde que les scènes elles-mêmes). Pour ceux qui ne connaitraient pas (c’est possible si vous avez plus de 15 ans), C2C c’est le groupe qui fait la musique de la pub avec les deux gars qui font le tour du monde en voiture électrique. Ca y est ? Vous les remettez ? Globalement c’est donc de l’électro-guimauve, gentillette et mélodique, mais, il faut l’admettre, plutôt bien faite (les gouts et les couleurs…).

Sur scène, l’intérêt me parait, en revanche, assez limité. Les quatre disc-jockey (ça sonne moins classe d’un coup) se tiennent statique derrière un podium lumineux qui diffuse des petites animations vidéos. Et musicalement on a la sensation d’écouter le disque (en même temps c’est normal). Le son, en revanche, est meilleur, mais je ne saurais dire si cela vient du groupe, de la salle, ou du fait qu’il y ait, cette fois, suffisamment de monde et d’espace pour absorber les infrabasses. Un constat amusant, au passage, après que le groupe ait joué son "tube" Down The Road (mais oui, la pub !) une bonne partie du public est partie boire des bières… Et si, finalement, Marsatac était surtout "the place to be", où l’on jette un œil rapide au groupe en vogue avant de retourner faire la fête avec ses amis, près du bar, avec un fond musical diffus ? A méditer…

D’ailleurs, à force de boire des bières, on en oublie Madeon… Tant pis, on se rattrape avec Murkage.
Murkage, j’aurais du mal à en parler. D’un point de vue objectif, c’est quatre lascars qui sautent partout en rappant, le tout en anglais (déjà que je ne comprends pas toujours les rappeurs français, vous pensez bien qu’en anglais le message ne m’a pas touché). D’un point de vue subjectif c’est, typiquement, le genre de truc auquel je suis hermétique… J’ai bien essayé pendant deux morceaux, mais vraiment, ça ne passe pas pour moi….
Il est alors 01h00 environ. Dope DOD est prévu dans un peu plus d’une heure. Je n’aurai pas le courage d’attendre plus longtemps et retourne donc dans le tramway.

In fine ? L’impression étrange que, ce soir, la musique était un peu secondaire. Cette même impression que l’on a à la fête de la musique. Les gens sont là parce qu’il faut y être, volètent de scène en scène sans jamais prendre vraiment le temps d’écouter ce qui s’y joue, et passe la majeure partie du temps à boire des bières ou des cocktails qui fument…. Ca me dépasse un peu tout ça….

Il est difficile de rédiger une critique dans ces conditions. Comment critiquer un artiste qui évolue dans une sphère, dans un univers, qui vous est étranger ? Quelle légitimité ais-je pour donner mon avis sur ce type de musique ? Après tout, certains pourraient me reprocher d’être, tout simplement, fermé aux sons électroniques, de vouloir défendre à tout prix l’idée que seuls les groupes de "chair et d’os" valent la peine d’exister ou que sais-je encore. Aussi, je commencerai ma chronique par un petit état des lieux de ma "pratique" de ces styles musicaux, afin que le lecteur puisse, éventuellement, me vilipender en connaissance de cause.

Comme je l’ai dit en introduction, je ne suis pas forcément fan de rap et de musique électronique, mais, pour autant, je n’y suis pas totalement hermétique. Ainsi, j’avoue avoir un certain penchant pour une certaine musique électronique, notamment l’IDM (l’incontournable Aphex Twin, et une bonne part de l’écurie Warp, dont Autechre, Squarepusher ou LFO), les débuts d’une certaine électro-pop avec Kraftwerk (qui fait tout de même partie de mes groupes favoris) le "Replicas" de Gary Numan et certaines expérimentations de Brian Eno (ceci dit on peut le classer dans la catégorie "écurie Warp" maintenant), et enfin l’électronique dans son versant avant-gardiste dans les mains de certains pionniers (Pierre Henri, Stockhausen ou Edgar Varèse par exemple).

J’ajoute, pour en finir sur mon rapport à la musique électronique, que mon intérêt pour ces sonorités m’a amené à apprendre à programmer différents types de synthétiseurs. Du côté du rap, en revanche, je dois bien admettre un certain hermétisme qui ne me permet d’apprécier que les seuls Svinkels (mais est-ce vraiment du rap ?).

Ce vendredi 28 septembre pas moins de 15 groupes partagent l’affiche, dispersés dans trois salles différentes ! Afin de ne pas me perdre (et de ne pas perdre patience en ne tombant que sur des groupes qui, de toute façon, n’ont aucune chance de me plaire), j’ai effectué un tri (à partir de recherches et d’écoutes sur le net) et préparé un parcours (tant pis si ça fait vieux con psychorigide, au moins je sais où je vais). Voilà donc mon programme perso :
21h15-22h00 : Spoek Mathambo. Un rappeur conseillé par le Pinguin punk mystique. La première vidéo que j’en trouve sur le net le montre reprenant "she’s lost control" de Joy Division, un bon point pour lui donc.
22h00-23h00 : Aucan. Je suis venu pour eux, alors oui, je resterai tout le long de leur set !
23h00-23h30 : Nasser, Mix Up Maroc. Là encore, une suggestion du Pinguin. Sur le papier ça semble intéressant (quoiqu’un peu populiste, mais on y reviendra).
23h30-00h00 : Grems. Les vidéos qu’il a réalisées ayant parlé au fan de Svinkels qui sommeille en moi (il a réveillé le ponk quoi), je me devais d’y aller.
00h00-00h30 : C2C. C’est léger, acidulé, le clip de F.U.Y.A. n’est pas désagréable et, de toute façon, il n’y a rien de bien intéressant pour moi sur ce créneau horaire.
00h30-00h50 : Madeon. Là c’est plutôt de la curiosité, liée, je l’avoue, au jeune âge du bonhomme.
00h50-01h30 : Murkage. Ça semble violent, vindicatif, a priori assez underground. A voir…
02h10-03h10 : Dope DOD. Juste parce qu’ils ont des têtes de meurtriers récidivistes légèrement consanguins. Ceci dit, dès le départ j’avais un gros doute concernant ma motivation à rester jusqu’à cette heure-ci juste pour voir leur trogne. Le doute s’avèrera justifié, puisque je partirai avant la fin de Murkage.

Spoek Mathambo ouvre donc la soirée, accompagné d’un guitariste, d’un batteur, et de son ordinateur avec lequel il lance ses samples. Musicalement on est loin de la noirceur que j’avais pu voir dans ses vidéos, le set se révélant plutôt dansant et joyeux, à l’image du personnage, sympathique et arborant une chemise à fleur (avec casquette assortie, c’est une certaine conception de l’élégance). Du hip-hop léger et dansant en somme. Malheureusement, le son ne permettra pas vraiment de profiter du spectacle, les basses et infra-basses écrasant tout le reste.

Le guitariste est à peine audible, la batterie accessoire tant le kick électronique le submerge, et le tout est noyé dans une basse synthétique tellement grave que ses notes en sont tout juste discernables. Les infra-basses sont tellement puissantes qu’elles en deviennent douloureuses sur certaines fréquences. Et lorsque je les dis douloureuses, ce n’est pas pour les oreilles mais bien pour le corps tout entier. L’heure d’Aucan approchant me donne donc un bon prétexte pour quitter la salle avant un décollement de la plèvre.

Aucan étant le groupe qui m’a fait me déplacer, j’arrive cinq minutes avant l’heure annoncée afin d’être bien placé. A priori je ne suis pas le seul à avoir fait le déplacement pour eux, car la moyenne d’âge et la pilosité moyenne des gens attendant leur set est sensiblement plus élevée (tout du moins jusqu’au début du set qui verra déferler une horde de pré pubères fluorescents). Aucan débarque donc. Encapuchonnés, comme à leur habitude, un se place derrière la batterie, et les deux autres se placent derrière leurs machines, qu’ils délaissent parfois pour la guitare ou le chant. Le set démarre, et nous sommes alors partis pour une heure de déception. Le son, pour commencer, est exécrable. Une bouillie d’infrabasses, un kick électronique qui écrase tout et, loin, très loin derrière, toutes les mélodies et les sons qu’affectionne, d’habitude, le groupe. Pour l’anecdote, le batteur a dû s’arrêter un instant pour replacer un élément de son kit, et son interruption n’était pas du tout audible ! Qu’il tape ou non ses futs ne changeait rien. De la même manière la guitare, doublée par un synthé basse titanesque n’était qu’un alibi à un jeu de scène (assez pauvre d’ailleurs). Par ailleurs, il faut se faire une raison, Aucan n’est plus que l’ombre de lui-même. Leur album éponyme, pas très vieux pourtant (2008), parait bien loin. Les influences math-rock, les polyrythmies et la finesse dont faisait preuve le groupe sont aujourd’hui évaporées au profit d’une sorte de dubstep lourdingue et pataud. Je reste néanmoins jusqu’au bout du set, gardant l’espoir que la brume va se lever et révéler le Aucan de la grande (et courte) époque, mais las, ça ne décollera pas. Ceci dit, le concert aura au moins permis aux gamins de s’essayer au pogo ! C’est triste de s’apercevoir qu’ils ne savent pas pogoter d’ailleurs (mode vieux con, c’était mieux avant, ce qu’il leur faudrait c’est un bon concert punk à ces petits merd***)…..

Déçu mais vaillant, je change de salle pour aller voir Nasser – Mix Up Maroc. Le principe, sur le papier, est simple : faire cohabiter (pour reprendre le cri d’amour du crapaud) sur une même scène le groupe d’électro-pop Nasser, avec des musiciens traditionnels marocains (dont un joueur de Gimbri de ce que j’en ai vu depuis le fond de la salle) et l’incontournable rappeur de service. Dans les faits je ne pense pas que le mélange prenne véritablement. Nasser joue son électro-pop carrée (avec un son qui a tendance à écraser les musiciens traditionnels dont les instruments manquent de volume et de définition pour se mesurer à des machines), tandis que les "traditionnels" suivent le mouvement, privés des possibilités rythmiques offertes par leur musique. Là où la musique traditionnelle, orientale qui plus est, riche de rythmiques complexes, aurait pu enrichir le discours des machines c’est le contraire qui se produit, les machines encadrant, encerclant, étouffant le discours oriental pour nous livrer une électro-pop bien cadrée, bien proprette, avec un soupçon d’exotisme aseptisé en 4/4. Et le rappeur ? Il apporte la touche "in", la voix nécessaire pour qu’il y ait quelque chose à quoi se raccrocher, et un petit côté "canaille" (c’est du rap ! c’est un truc de rebelle), légèrement alterno (les rappeurs sont contre le système qui est méchant), mais pas dangereux (le "flow" étant loin d’être agressif). Ce qui a tendance à me déranger finalement, c’est la désagréable sensation que les musiciens traditionnels marocains ne sont là que pour servir "d’alibi à Bobo" (comme ce fut souvent le cas dans la "world music"). Il n’y a pas, ici, d’influence orientale sur l’électro-pop occidentale, pas de réel échange. Par contre, sur le papier, ça fait "cool". Je trouve curieux que ce type d’échange ne se fasse jamais avec des groupes de chanteurs traditionnels bavarois ou même avec nos fifres et tambours locaux (c’est sûr que ça fait moins "culture du monde").

Petit coup de fatigue, petite bière ! Et cette fois ci je vais voir Grems ! Le rappeur est accompagné de deux acolytes au micro, et d’un troisième aux platines. Malheureusement, du fait du son (une thématique de la soirée je pense), les voix sont inaudibles. Entre la vitesse du flow et les basses assourdissantes, impossible de saisir le moindre mot, ce qui limite, tout de même, l’intérêt de la chose. Pour autant on sent qu’ils s’amusent sur scène et qu’il y a une réelle connivence entre les chanteurs. On aura même droit à un petit interlude "human beatbox", bien exécuté et sans prise de tête. Je ne dirais pas que j’ai vraiment aimé (en même temps, le rap n’étant pas ma tasse de thé je ne saurais leur en vouloir), mais c’était bien fait, plutôt plaisant et sans doute à revoir à l’occasion dans de meilleures conditions !

Direction le chapiteau maintenant pour C2C (après un passage au stand bière, qui doit voir passer plus de monde que les scènes elles-mêmes). Pour ceux qui ne connaitraient pas (c’est possible si vous avez plus de 15 ans), C2C c’est le groupe qui fait la musique de la pub avec les deux gars qui font le tour du monde en voiture électrique. Ca y est ? Vous les remettez ? Globalement c’est donc de l’électro-guimauve, gentillette et mélodique, mais, il faut l’admettre, plutôt bien faite (les gouts et les couleurs…).

Sur scène, l’intérêt me parait, en revanche, assez limité. Les quatre disc-jockey (ça sonne moins classe d’un coup) se tiennent statique derrière un podium lumineux qui diffuse des petites animations vidéos. Et musicalement on a la sensation d’écouter le disque (en même temps c’est normal). Le son, en revanche, est meilleur, mais je ne saurais dire si cela vient du groupe, de la salle, ou du fait qu’il y ait, cette fois, suffisamment de monde et d’espace pour absorber les infrabasses. Un constat amusant, au passage, après que le groupe ait joué son "tube" Down The Road (mais oui, la pub !) une bonne partie du public est partie boire des bières… Et si, finalement, Marsatac était surtout "the place to be", où l’on jette un œil rapide au groupe en vogue avant de retourner faire la fête avec ses amis, près du bar, avec un fond musical diffus ? A méditer…

D’ailleurs, à force de boire des bières, on en oublie Madeon… Tant pis, on se rattrape avec Murkage.
Murkage, j’aurais du mal à en parler. D’un point de vue objectif, c’est quatre lascars qui sautent partout en rappant, le tout en anglais (déjà que je ne comprends pas toujours les rappeurs français, vous pensez bien qu’en anglais le message ne m’a pas touché). D’un point de vue subjectif c’est, typiquement, le genre de truc auquel je suis hermétique… J’ai bien essayé pendant deux morceaux, mais vraiment, ça ne passe pas pour moi….
Il est alors 01h00 environ. Dope DOD est prévu dans un peu plus d’une heure. Je n’aurai pas le courage d’attendre plus longtemps et retourne donc dans le tramway.

In fine ? L’impression étrange que, ce soir, la musique était un peu secondaire. Cette même impression que l’on a à la fête de la musique. Les gens sont là parce qu’il faut y être, volètent de scène en scène sans jamais prendre vraiment le temps d’écouter ce qui s’y joue, et passe la majeure partie du temps à boire des bières ou des cocktails qui fument…. Ca me dépasse un peu tout ça….
Signature : the duke of prunes
le 05/10/2012
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le 05/10/2012
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Voir toutes les critiques de concert rédigées par the duke of prunesPhotographe : clementine crochet
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>> Réponse (le 05/10/2012 par Philippe) Eh oui cher Duke, bienvenue à Marsatac, festival très "hype" où en effet, une partie du public vient plutôt pour se montrer que pour écouter de la musique... et où les guitares et batteries servent parfois de simple cache-sexe à des projets fondamentalement plutôt électro (cf Nasser), comme vous l'avez fort bien retranscrit. Cela dit vous êtes manifestement mal tombé : il y a presque toujours un très bon concert de rock-même-pas-pop dans la soirée, caché quelque part dans la programmation entre les branleurs de mulot (ex : BRNS le lendemain... Gablé ou Death in Vegas l'an passé). Ne vous découragez pas, donc ! > Réagir à cette critique


le 29 septembre 2012 - Dock des Suds, Marseille (par Philippe)


le 29 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)

le 27 Septembre 2012 - Dock des suds, Marseille (par Sami)


le 01 octobre 2011 - Friche Belle de Mai, Marseille (par Pirlouiiiit)

le 3 décembre 2011 - Salle de la Cité et Parc Expo, Rennes (par Pierre Andrieu)

le 3 Août 2012 - Montfort (04) (par Trecnoc)

le 19 Juillet 2012 - Théatre Antique - Arles (par Ratwoman13)


le 22 octobre 2011 - Dock des Suds - Marseille (par Pirlouiiiit)

le 22 avril 2011 - Le Phénix et le 22 d'Auron, Bourges (par Pierre Andrieu)

le 24 Août 2012 - Domaine National de Saint-Cloud, Saint-Cloud (par Fredc)

le 1er Août 2012 - Montfort (04) (par Gabriel Brouchon )

le 29 Juin 2012 - Presqu'île du Malsaucy, Belfort (par Fredc)
Dock des Suds - Marseille

le 23 Mars 2013 - Dock des Suds - Marseille (par serovi)

le 23 mars 2013 - Docks des Sud - Marseille (par Celine)

































