Accueil Chronique de concert Suicide (Eurockéennes de Belfort 2003)
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Chronique de Concert

Suicide (Eurockéennes de Belfort 2003)

Suicide (Eurockéennes de Belfort 2003) en concert

Belfort (90), La Loggia 5 juillet 2003

Critique écrite le 08 juillet 2003 par Pierre Andrieu



On savait que Suicide avait débuté sa carrière en 1970 et sorti son premier album de rock électronique en 1977... Mais on ne s'attendait pas à avoir la terrible impression de voir deux grands-pères arthritiques arriver sur la scène de La Loggia aux Eurockéennes de Belfort ! Alan Vega et Martin Rev ont, il est vrai, un petit peu abusé des substances illicites, on leur pardonnera donc d'être moins sexy et dangereux qu'en 1977. Habitués à des confrontations ultra violentes avec le public (crachats, bagarres, jets de bouteilles, on signale même une hache balancée sur Alan !), les deux frères ennemis commencent à toucher les dividendes de leur inestimable apport à la musique actuelle. De nombreux groupes (The Young Gods, Ministry...) se sont en effet inspirés du mélange musique électronique bruitiste/chant de crooner déjanté et le grand public assiste désormais aux performances du duo sans essayer de saboter à tout prix le spectacle.


Martin Rev et Alan Vega.

Il faut se faire une raison, nous sommes le 5 juillet 2003 et Suicide est sur scène devant nous... Alan Vega, s'il a gardé intacte sa voix d'Elvis flingué, a pris de l'embonpoint et éprouve quelques difficultés à se mouvoir sur scène, il est particulièrement raide dans son ensemble de cuir noir... Ce fan Hardcore de Frank Sinatra chante d'une manière divinement malsaine et imite très bien les aboiements du chien en rut quand il n'a plus de texte à vociférer. Et oui, voilà ce qui arrive quand on écoute en boucle pendant 30 ans I wanna be your dog des Stooges... Très marqué par l'iguane, il chante même "No fun to be alive in 2003" au milieu d'un morceau. Pour rester dans l'ambiance, l'hymne des zombies, Ghost rider, ravit le public peu après...



Martin Rev, lui, est resté svelte, sans doute grâce à un régime draconien à base de fruits et légumes frais... Ce presque sosie de Lou Reed arbore un sourire figé assez inquiétant. Il reste face au public tout en donnant des coups de poings sur les claviers et autres boîtes à rythmes placés derrière lui. Le son est à la fois crade, cheap, violent et puissant, on ressent bien la force suicidaire dans ce brouhaha sonique.



S'il est moins déjanté qu'avant, le duo garde une attitude bien à lui. Monsieur Vega regarde le public de haut en faisant des gestes ridicules, on regrette presque qu'il ne descende plus de scène pour distribuer de grands coups de chaînes de vélo, quoique ! Toujours aussi soucieux de sa santé, il allume une clope par chanson et se lance parfois dans un jeu délicieusement puéril. Il jette son micro par terre à plusieurs reprises, mais quand il faut qu'il le ramasse, il semble souffrir le martyr pour se baisser : il a bel et bien l'air d'avoir mal au dos, un mythe s'écroule... Pour faire bonne figure, il colle alors son micro sur les retours et déclenche d'énormes larsens en parfaite adéquation avec les bruits concassés sortis du cerveau cramé du véhément Martin Rev.



Une chose rassure pour la crédibilité de Suicide : le mini chapiteau se vide lentement. Cela doit ravir Alan et Martin qui adorent être détestés. Les gens qui ont décidé de rester réservent toutefois un accueil chaleureux à Suicide et demandent au duo de revenir sur les planches. En rappel, le groupe choisit de nous interpréter un slow... Martin Rev lance nonchalamment une boucle en relevant ses lunettes de soleil pour y voir plus clair, ça sonne ultra kitsch, presque baloche... On rigole, ravi par cette bonne blague des deux compères mais ils enchaînent, ce n'était pas pour rire ! Finalement on se laisse emporter par ce morceau habité par les feulements d'un Alan Vega qui semble croire à ce qu'il chante.



Suicide conclut son concert avec ces deux messages hurlés dans le micro : "Keep the fire burn !" et "Stay alive !". On ne peut décidément plus se fier à personne de nos jours... On hésite un peu entre les adjectifs "pathétique" et "génial" pour décrire cette performance provocatrice (toujours à la limite du foutage de gueule) et furieusement rock ‘n' roll malgré l'absence de guitare/basse/batterie. Assister à un show de ce duo, qui semble en roue libre une fois que les bandes sont lancées, est vraiment une expérience particulière ! Il faut se rendre à la raison : le show 2003 de Suicide est génialement pathétique et mérite le déplacement...



(Photo promo : Pat Pope ; photos live : Jean-Pascal Blache.)

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