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Lundi 28 mai 2012 : 9066 concerts, 20891 critiques de concert, 4722 critiques de CD.

Critique de concert Summer Camp + Marnie Stern


Summer Camp + Marnie Stern en concert


5 étoiles, concert à ne pas manquer

Jaime

Après le déferlement de beauté du premier soir emmené par Still Corners ou les Young Marble Giants, et l’excellente surprise que fut Darkstar (quoi qu’il ait pu être dit sur ce site), la tâche s’annonce davantage ardue avec une programmation plus tranchée et incisive pour ces concerts clôturant, au théâtre des Variétés, le premier MIDI festival hivernal.

Et afin d’ouvrir les festivités, arrive Summer Camp ou l’histoire des imposteurs les plus mignons du moment, un duo d’amis anglais qui voulut se faire passer pour sept joyeux suédois s’étant rencontrés en colonie de vacances, le goût de la blague passé, le groupe démontra avec brio des qualités véritables dans la composition de morceaux pop plus qu’efficaces. Le concert s’annonce plus que prometteur, et dès les premières notes, semble s’ouvrir l’album photo d’une jeunesse quelque peu occultée et lointaine. Le départ est étonnement puissant, les vocaux résonnent comme autant de souvenirs ne demandant qu’à remonter à la surface, bien que l’on s’y refuse dans un premier temps, on verse rapidement dans l’effusion de sentiment, le film de nos années collégiennes se joue de nouveau. Les mélodies s’affirment peu à peu comme la bande son idéale de nos premières et déchirantes amours, le temps des boums au goût de bières non alcoolisées, mais tel un rappel à la raison, la guitare affutée à souhait redouble d’activité, nous rappelant les périls d’une mélancolie exacerbée, les voix se dédoublent, créant en nous de véritables labyrinthes d’émotions par le passé puérilement refoulées. Accompagnés par une boîte à rythme des plus à propos, le déchirement intérieur se poursuit avec délicatesse et précision, le temps de quelques hymnes au charme intemporel. Empli de la lassitude de l’adolescent ne trouvant d'échappatoire aux repas dominicaux sans fin, les deux acolytes enchainent avec l’irrésistible Ghost Train, ritournelle emplie de tous ces défauts des années 1980, dont la nostalgie nous insuffle une joie évidente. Des synthétiseurs pleins de réverbération en guise de madeleine de Proust, Summer Camp avance sans cesse à la limite du mauvais goût en véritables équilibristes, se jouant avec une facilité déconcertante des périls de l’exercice. On ne peut s’empêcher de repenser à ces karaokés aussi éthyliques que poignants de par leur sincérité immaculée. D’une évidence au premier abord trompeuse, le son se fait de plus en plus dansant, tandis que les photos en arrière-plan défilent, peuplées d’êtres étranges aux teints rougeâtres, persuadés en leur temps du bien fondé du mulet et de la moustache saillante. S’en suivent les portraits de filles aux jambes affriolantes et autres enfants avides de sucreries le temps d’un soir d’Halloween, le groupe entonne alors une "christmas song", une synth-pop brillante dont les ravages se seraient probablement faits sentir lors d’épiques quart-d’heures américains. Et ce set de s’achever avec leur superbe Round the Moon, mélodie tant déchirante que jubilatoire, refermant en toute beauté l’album de nos années protestataires et incomprises.

Puis les ronds de jambe s’achèvent pour laisser place à un grand coup de pied dans la fourmilière, donné par Marnie Stern, c’est une enfant particulièrement sensible qui arrive là, non pas fleur bleue non, sensible du genre qu’il ne faut pas chatouiller sous risque de se recevoir une bonne vieille trempe derrière la tête, qui sans le moindre round d’observation débarque armée de guitares aussi remuantes qu’énervées, sans pour autant sombrer dans l’idiotie métalleuse. Avec un jeu quasi-unique, tout en tapping, aussi nerveux qu’incisif, la rage de la new-yorkaise détonne avec son aspect des plus bichons au premier abord, la combinaison batterie/guitare des plus décousues se révèle profondément entraînante, alors que les chants quasi tribaux de la sauvageonne raisonnent avec beauté. Ses ballades chaotiques et effrénées contrastent avec de doux paysages avant de reprendre entre prodige et terreur, dans une frénésie superbe mais dévastatrice. Notre brute adorée se fait soudain plaintive, esquissant avec une tension palpable des horizons apocalyptiques aux allures d’exutoires. Nous déchargeant avec une puissance catharsique insoupçonnée de nos instincts les plus primaires, nos joyeux drilles s’en donnent à cœur joie, et cette heureuse fureur de ne jamais retomber, le temps d’ôdes à l'agressivité distinguée. Cette sincérité semble encore repousser des limites d’intensité qu’on eut cru depuis longtemps déjà atteintes, avec il faut bien se l’avouer, une technique de guitare aussi déroutante qu’exceptionnelle. Ce n’est point une claque musicale que l’on reçoit là, mais bien une volée de gifles en pleine poire, un véritable molestage en règle, une raclée des familles de celles qui remettent les esprits trop vite émancipés dans le droit chemin, et dans un masochisme des plus logiques, on en redemande docilement, tel l’enfant dans une éternelle quête de limites. Marnie conclut le set avec brio, puis se retire, sous les acclamations d’une foule impressionnée, qui s’empresse alors de débattre sur la jeune fille, comment classifier avec exactitude sa musique, le bien-fondé des guitar-heroes, et autres débats vitaux…


 


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