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Chronique de Concert

Supergrass

Supergrass en concert

La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand 17 novembre 2005

Critique écrite le par




En état de grâce...



Les Anglais de Supergrass ont donné un concert réjouissant à la Coopérative de Mai, devant un public enthousiaste... mais clairsemé. Le groupe de Gaz Coombes - qui publie des disques aussi excellents que différents depuis plus de dix ans - n'est en effet plus vraiment à la mode, si tant est qu'il l'ait été un jour. Dans ces conditions, quel intérêt le branché a-t-il à se déplacer ? Aucun, car ce combo-là ne s'inspire pas du post punk et ne possède pas dans ses rangs un chanteur qui singe Ian Curtis ou David Byrne, sans oublier de se taper des top models en se faisant des lignes de coke. Il faudra sans doute donc attendre dix ans un hors série sur papier glacé vendu à prix d'or par la presse rock pour s'entendre dire que, finalement, c'était un groupe important.


Quasiment un show case privé


Cette (relative) désaffection du public a quand même un avantage : elle permet d'assister au set acoustique de Supergrass comme si c'était un show case privé et intimiste. Gaz Coombes, arrivé seul avec sa guitare sèche et son chapeau, est à dix mètres de nous, c'est à dire beaucoup plus près que lors du très bon show donné par son power trio au festival de Bénicassim en 2002. Grâce à cette rare proximité et à un son cristallin, il est impossible de ne pas remarquer que le chanteur/songwriter/guitariste/bassiste est en état de grâce dès les premières notes jouées. Le titre d'ouverture, St Petersburg, est un tube folk absolument imparable chanté avec une voix claire et vivante de gamin anglais ayant beaucoup écouté John Lennon, Paul McCartney, Marc Bolan, David Bowie et Ray Davies. Les deux premiers morceaux sont si beaux que l'on se dit qu'on resterait bien deux heures en tête à tête avec le leader de Supergrass. Mais son acolyte bassiste Mick Quinn (qui se saisit d'une guitare pour ce morceau) arrive sous les acclamations quelques instants plus tard pour l'interprétation dépouillée du toujours bienvenu Caught by the fuzz, un tube circa 1995. Juste après, le groupe au grand complet prend place derrière un kit de batterie (ce n'est pas Danny Goffey, excusé pour cause de paternité), des percussions, des claviers et un orgue (mais ce n'est pas Rob Coombes, excusé lui aussi). Tout le monde est assis sur des tabourets, et c'est très bien comme ça : les morceaux sonnent divinement dans cet écrin épuré créé par cinq musiciens aussi sobres que pleins d'à propos. Rien d'étonnant donc à ce que le très bon Sad Girl nous fasse l'effet d'un titre original des Beatles ; on pense en effet très fort à un I Am The Walrus dépouillé...


Sur la route d'un avenir radieux


Durant les quarante premières minutes du spectacle, la guitare électrique est utilisée avec parcimonie par Gaz Coombes, mais après un mini (heureusement !) interlude/solo de batterie et de percussions, le groupe et son guitariste/leader reviennent avec l'envie d'en découdre avec leur répertoire punk pop glam. On assiste, avec un large sourire aux lèvres, à un déferlement de tubes extraits des albums précédents (Richard III, Mary, Moving, Funniest thing, Grace, Sun hits the sky, Late in the day, Rush hour soul, Pumping on your stereo, seul Alright sera volontairement oublié), entrecoupés avec les superbes titres du très recommandable dernier disque, comme Fin, Road to Rouen etc. Mr Coombes semble être né avec une guitare entre les mains et un micro devant lui, tant il chante divinement et joue de la six cordes avec dextérité, sens du riff et toucher. C'est un bonheur de le voir s'énerver sur son instrument (sous de superbes éclairages illuminant de manière psychédélique la pochette de l'album placée en fond de scène) après l'avoir gentiment caressé quelques instants auparavant. Cette technique schizophrène n'est pas sans rappeler les grands écarts effectués par le Canadien Neil Young, dont on retrouve l'influence chez Supergrass, au même titre que celle des artistes anglais cités plus haut. Le leader du discret (hors de scène) combo d'Oxford a en plus une silhouette qui rappelle celle du Loner. Il va de soit qu'on lui souhaite une carrière aussi riche en albums réussis et variés... Il n'y a pas trop de souci à se faire pour ça car Supergrass est aussi à l'aise avec les titres légers, pop et supersoniques qu'avec les ballades folk mélancoliques. C'est sans doute cette dualité et la richesse de leurs univers qui permettent à ces musiciens d'être toujours habités par une envie manifeste de jouer de la musique ensemble. Quand le groupe quitte définitivement la scène au bout d'une heure et demie, après un excellent et survolté rappel de deux titres, c'est la sensation d'avoir vu un groupe sur la route d'un avenir radieux qui prévaut.


A lire également, la critique de l'album Life on other planets.


Sites Internet : www.supergrass.com, www.lacoope.com.

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