Accueil Chronique de concert the National (Live at the House)
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Chronique de Concert

the National (Live at the House)

the National (Live at the House) en concert

the Sydney Opera House Forecourt - Australie 8 février 2014

Critique écrite le 11 février 2014 par Pirlouiiiit


Deuxième concert auquel j'assiste en direct par ecran interposé (le premier c'était Radiohead au Poste à Galène en 2001), mais première fois que je me lance dans la chronique d'un concert suivi en quasi live. Pourquoi ? Ben parce que je l'ai regardé jusqu'au bout, parce que j'adore ce groupe et parce que je pense que je n'aurai plus jamais l'occasion de les voir autrement désormais vu la notoriété qu'ils ont acquis... A la limite peut être un jour aux Arènes de Nîmes. En tout cas, en ce dimanche je n'étais plus dans le 5ème arrondissement de Marseille mais bel et bien à Sydney perdu dans la foule (mais avec une bien meilleure visibilité que la plupart quand même). Avant de revenir à ce concert à proprement parlé je ne peux résister à vous expliquer pourquoi ce groupe et son succès me touchent tellement... (pour zapper cette partie, sauter les 4 prochains paragraphes)


Autant au lycée je ne suivais pas trop l'actualité musicale trop occupé à arpenter les Calanques avec des potes, autant dès que j'ai attaqué mes "études supérieures", après avoir (pendant les périodes de révisions) constituer mes fondations à coup de vinyles stockés à la cave, je me suis progressivement plonger dans cet univers fascinant. Le premier disque que mes parents m'ont offert fut Sgt Peppers, le premier que je m'achèterai un live de Joe Cocker (après mon premier concert au palais des sports à Marseille). Mais il faudra attendre mon éloignement du domicile familial et surtout que je croise la route de Sloy (en première partie de No One is Innocent au Bataclan je crois) pour que je découvre la musique live. Depuis je ne peux plus m'en passer et c'est en live que je découvre la musique (et non à la télé ou même radio). Ce qui donne un filtre géographique fort à ce que je découvre (mais après tout je préfère encore cela plutôt que les futurs coup de cœur arrivent via tel magazine ou telle émission, et donc dépendent encore plus du pognon qui a été investi dedans).


Cela fait maintenant plus de 15 ans que chaque année je vois entre 200 et 300 lives... La plupart au moins bons, certains exceptionnels... J'écris à droite à gauche pour pousser les gens à découvrir ces groupes. J'enrage de voir que certains ne percent pas alors que d'autres oui... Et de temps en temps il y a un groupe que j'adore pour lequel les astres s'alignent et qui perce ("me" donne raison, c'est à dire me montre que oui pour celui là comme pour les autres il y avait toutes les qualités artistiques pour que cela touchent beaucoup plus de monde que les 50 personnes présentes à ce concert)... Ce fut le cas à l'époque de Anaïs, et ce fut (et est encore) le cas avec the National (sinon pourquoi je vous aurais raconté tout cela).


En 2003 pour mes "études" (un post doc n'est il pas plus un CDD que des études) je suis parti à New York... N'y connaissant pas grand monde je me suis très vite intéressé là aussi à la scène locale (et les groupes qui y passaient). A l'époque le CBGB's n'avait pas cédé ses locaux à un magasin de chaussures et passait des groupes tous plus inconnus et dépareillés les uns que les autres, la Knitting Factory n'avait pas encore déménagé, Zorn passait régulièrement au Tonic, le guitariste des Ramones était encore vivant, Eugene Hutz enflammait régulièrement le dance floor de Mehanata, les Strokes avaient déjà explosé, les White Stripes affichaient complet en quelques secondes au Madison Square Garden (ainsi je verrai les premiers sur un gros festival, mais jamais les seconds). Le soir de mon arrivée à New York je décrochais mon premier passe photo. Mon quatrième concert fut (pour la 3ème fois) au Bowery Ballroom ...


... Coup de foudre instantané sur le deuxième groupe de la soirée, le groupe The National qui vole la vedette à Longwave (en tout cas à mes yeux). A cette époque, ils n'ont sorti que leur premier album (sans avoir donné de concert). Longue discussion avec (je crois) Aaron après leur set épique, qui me passe une version gravée de ce qui deviendra un de mes disques de chevet : Sad Songs for Dirty Lovers (qui est sur le point de sortir là bas). Depuis je n'ai pas raté une occasion de les voir : à New York 3 fois en 2003, 2 fois en 2004, 1 fois en 2005, ... je découvre Clogs, mais aussi Qatsi. A mon retour en France je les vois moins ... en 2005 à Marseille et (chose exceptionnelle) je vais jusqu'à Sannois pour les voir, en 2007 je me débrouille pour les voir à Moscou (déplacement boulot) et à New York (déplacement que l'on peut qualifier a posteriori de familial) et en 2010 je les vois probablement pour la dernière fois en concert au Radio Music City Hall ... C'est en tout en tout cas mon dernier contact perso avec eux. Désormais rien ne semble pouvoir les arrêter. Chaque album est un succès encore plus gros...


Et si je n'ai pas encore acheté leur 6ème album Trouble Will Find Me, c'est parce qu'il n'y a plus aucune urgence maintenant (et des fois qu'ils fassent le coup de la réédition avec des morceaux en plus je préfère attendre) ! Et puis j'écoute toujours de temps en temps High Violet qui m'avait plus touché que Alligator ou Boxer, alors que les paroles de certains morceaux de Sad Songs for Dirty Lovers ne m'ont jamais quittées. Ce "soir" je vais donc découvrir Trouble will find me sur scène. Je n'ai (malheureusement) jamais mis les pieds en Australie, mais je connais cette vue de carte postale. Le cadre est en effet impressionnant ; surtout pour pour le groupe, car ici comme au Pont du Gard, le public tourne le dos décor ... L'espace entre la scène et l'opéra est noir de monde, c'est l'été et il y a visiblement un peu de vent ...


Scène immense au fond le laquelle un écran géant nous montre les musiciens qui s'apprêtent à rentrer sur scène. Et c'est ainsi que que le groupe fait son apparition en douceur. Ce soir, comme sur toute la tournée, il manque Scott Devendorf (qui comme nous l'apprendra plus tard Matt, vient d'être papa). Il est remplacé par Logan Coale qui restera à la basse tout le concert plutôt que d'échanger avec Aaron, selon les morceaux. Si Padma Newsome longtemps considéré comme le 6ème National semble bel est bien parti vers d'autres rives, ce soir ils sont accompagnés aux claviers, cuivres, chœurs de Kyle Resnick notamment à la trompette et Benjamin Lanz notamment au trombone, tous deux membres de Beirut. Les 4 membres originaux du groupe sont habillés en noir (Matt costume trois pièces, Bryce chemise, Aaron t-shirt) avec quand même une casquette rose pour Brian. C'est parti !


Dès le premier morceau je retrouve tout ce qui fait que j'aime the National ... Au niveau des voix, celle Matt qui même si elle nous faisait penser éventuellement à celles de Stuart Staples / Nick Cave / Leonard Cohen est maintenant reconnaissable entre milles, de plus en plus accompagnée par celles des frères Dessner... Au niveau de la musique je ne sais pas trop comment le décrire mais c'est à la fois complexe et simple... chargé et léger... lourd et délicat. On a l'impression d'un rouleau compresseur qui va tout emporter. Une marée qui monte et dont sort de temps en temps un instrument... Les deux premiers morceaux ont beau être tirés de Trouble Will Find Me il me sont familiers (j'ai quand même du écouter le disque en streaming lorsqu'il l'était à sa sortie).


En place dès le premier morceau le groupe s'impose encore un peu plus au fil des morceaux. Soutenus par les projections plus ou moins abstraites qui habillent le fond de la scène, le groupe n'a pas besoin d'en faire des caisses pour toucher. On voit au fil des morceaux Matt qui rentre doucement dans cette espèce de transe qui le caractérise ... sa façon de tenir son avant bras, d'être cramponné à son micro, de de pincer la bouche après avoir hurler, sa façon d'arpenter la salle, de secouer son micro en se penchant en avant avant de se relever vers le ciel, ... à sa droite Bryce mèche au vent s'agite, secoue sa guitare, la lève parfois en triomphe ... Aaron plus calme et aussi plus présent au chant, notamment sur Demons.


Entre les morceaux, Matt s'adresse de temps en temps au public, pour parler de l'infâme mélange de tequila redbull qu'il est en train de boire (comme une margarita faite par une enfant de 3 ans ... voire 3 mois un peu plus loin), plaisanterie qui reviendra quelques fois pendant le concert, ou pour remercier tout le monde. Sur scène, tout le monde semble très détendu, quelques plaisanteries ou vannes entre eux comme lorsque Aaron sera obligé de rappeler à Matt le titre de la chanson (et un peu des paroles, ce qui me rappellera de la période où il marquait les premiers mots de chaque chanson sur la set list pour ne pas se tromper cf cette interview de 2005).


Sur Sea of love, Matt commencera à vraiment se lâcher ... se penchant vers le sol, puis en l'air, titubant légèrement. Morceau plus calme avec piano (Hard to find) pour mieux re-exploser sur l'hypnotique Afraid of everyone qui même par écran interposé me retourne ... (je n'ose pas imaginer ce que ça devait donner des premiers rang avec cet immense oeil jaune en fond de scène. Le pied de micro est de plus en plus martyrisé... Conversation 16'' tout aussi troublant ... Sur Squalor Victoria petite intro simple mais puissance de Brian à la batterie. Bryce est passé au piano ...Matt s'énerve (dans le bon sens du terme).


L'intro de I Need my Girl donnera l'occasion au groupe de passer un bonjour à Scott :"scott we miss you bitch". Deux morceaux plus loin je découvre Lean qui me fait instantanément penser à Cat Stevens et ce aussi bien pour la musique que pour les textes eux même (peut être un petit côté Lennon acoustique aussi). Je découvre qu'il s'agit d'un morceau composé pour Games of Throne (je vous le disais plus haut, rien ne les arrête désormais). Juste derrière Abel et ses "My mine is not right !" aboyés / vociférés en début de morceau ... Matt qui repose sa tête sur le retour.


Ce groupe maitrise parfaitement la scène (et ça n'a pas l'air tellement calculé). Il y a chez eux ce parfait équilibre entre calme tempête qui fait qu'ils ne sont jamais barbant. Et comme le disait justement l'un des types interviewés dans les 10 minutes d'intro à ce concert, the National même lorsqu'ils jouent devant des milliers de personnes arrivent à rendre le concert intime... Évidemment je n'étais pas sur place pour en juger mais c'est l'impression que j'ai eu derrière mon écran.


Après Apartement Story, ce sera la très douce Pink Rabbit avec son double chant, puis England où les cuivres pourront s'en donner à coeur joie sans devenir pompeux pour autant. Sur Graceless Matt commence à arpenter la scène et s'approcher du public, comme s'il cherchait ses marques en prévision de l'inévitable Mr November ... (souvenir ému de sa balade dans le public au Radio Music City Hall). Puis ce sera About today accompagné par des projections pollockiennes ... et Fake Empire pour finir en douceur cette première partie.


Pour le rappel ils attaqueront, chose rare, par une reprise (j'aimais beaucoup leur reprises des Clash que je n'ai jamais eu l'occasion de voir sur scène). Il s'agira ici de Learning de Mike Hadreas aka Perfume Genius qu'ils dédieront à leur équipe. Sur Humiliation que je découvre juste derrière je suis surpris par la fin carrément dissonante (Bryce qui secoue frénétiquement sa guitare avant de la lever une nouvelle fois au ciel). Puis vient la fameuse Mr November pendant laquelle Matt fendra la foule tout en chantant hyper bien, une main en l'air pour tirer le fil qui le relie à la scène qui s'éloigne. Il se fera porter un moment jusqu'à en perdre son micro. De retour sur scène pour Terrible Love il repartira à nouveau vers le public, se couchant sur les premier rangs avant de partir par le côté cette fois ...


Puis ce sera le temps moment du dernier morceau qui sera jouer en acoustique, tout les musiciens s'étant approcher du bord... Beau moment de communion avec le public qui connait bien évidemment les paroles par coeur. Le concert aura duré 2 heures ... et même si il n'y avait pas un seul morceau des deux premiers albums je me suis régalé. Pendant deux heures (même si par moment j'en ai profité pour faire autre chose) j'étais avec eux de l'autre côté du globe. Quelle classe, quelle prestance, quelle puissance, quel constance ! J'espère que j'aurai à nouveau l'occasion de les croiser un jour... en attendant j'attends la sortie du "documentaire" Mistaken for Strangers, et continue chaque semaine à aller découvrir des bons petits groupes locaux qui qui sait connaitront peut être un jour une trajectoire similaire à celle de Aaron, Brian, Bryce, Matt, et Scott ...



Set list

Don't Swallow The Cap (Trouble Will Find Me)
I Should Live In Salt (Trouble Will Find Me)
Mistaken For Strangers (Boxer)
Bloodbuzz Ohio (High Violet)
Demons (Trouble Will Find Me)
Sea Of Love (Trouble Will Find Me)
Hard To Find (Trouble Will Find Me)
Afraid Of Everyone (High Violet)
Conversation 16″ (High Violet)
Squalor Victoria (Boxer)
I Need My Girl (Trouble Will Find Me)
This Is The Last Time (Trouble Will Find Me)
Lean (Hunger Games)
Abel (Alligator)
Slow Show (Boxer)
Apartment Story (Bower)
Pink Rabbits (Trouble Will Find Me)
England (High Violet)
Graceless (Trouble Will Find Me)
About Today (Cherry Tree)
Fake Empire (Boxer)
Rappel :
Learning - (Perfume Genius cover)
Humiliation (Trouble Will Find Me)
Mr. November (Alligator)
Terrible Love (High Violet)
Vanderlyle Crybaby Geeks (acoustic) (High Violet)

Photos réalisées dans les conditions du live à coup de capture d'écran du concert visionnable ci dessous :

> Réponse le 11 février 2014, par Dazuntski

[Sydney Opera House - Forecourt - 8 Fevrier 2014] (crédit : Prudence Uptone) Pas grand chose à ajouter à cette superbe chronique, si ce n'est que j'étais a 20m de la scène ce jour la et que je peux donc confirmer les propos de Pirlouiiiit. C'est d'ailleurs grâce à ce dernier que j'ai découvert ce groupe. Il s'agissait la en l'occurrence de mon 5eme concert de The National et je m'y rendais avec une certaine appréhension et ce pour 3 raisons: 1) Contrairement a Pirlouiiiit (et bien que je partage son amour de Sad Songs for Dirty Lovers), j'ai adore Alligator, beaucoup aime Boxer, un peu moins aime High Violet et carrément moins Trouble Will Find Me, leur dernier opus que je trouve beaucoup moins raffiné que les albums précédents, beaucoup trop prévisible, avec des paroles assez "faciles" par moment, certains riffs bateau (I...  La suite | Réagir


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