

Printemps de Bourges 2011, samedi 23 avril, le déluge de concerts va s'intensifier aujourd'hui avec la très courue et complète Rock 'n beat Party (13 groupes électro rock programmés dans les deux plus grandes salles du site de 20h à 5h, chronique bientôt !) et une déferlante de public – très jeune et chargé à bloc ! – venu péter les plombs dans la Cher à l'occasion du week-end de Pâques... Mais juste avant la tempête, dans l'après midi, à deux pas du Phénix et du Palais d'Auron, Timber Timbre et Agnes Obel proposent une bonne cure de calme " folk pop classieux " à l'Auditorium, pris d'assaut lui aussi.

Timber Timbre
Dès le début du concert du trio canadien Timber Timbre, la magie opère... Le groupe, plongé dans une pénombre relevée de rouge pendant tout son set, s'attache à proposer des versions fiévreuses et bouleversantes de ses country folk pop rock songs teintées d'humeurs gothiques très prenantes, traversées par de sérieux penchants pour la noirceur et agitée par de fantomatiques présences de zombies...

Le leader chanteur guitariste batteur (il joue au pied) de Timber Timbre, Taylor Kirk, se trouve au centre de la scène, mais au fond, bien caché sous une sorte de cape de Batman à capuche, afin de ne pas laisser au public et aux photographes la possibilité de voir son visage. Cette mise en scène et le peu de mots échangés avec le public entre les titres renforcent encore l'émotion qui étreint à chaque fois que l'homme chante de sa voix de bluesman noir fan de Johnny Cash, Elvis Presley et Screaming Jay Hawkins... Sans surprise, les morceaux extraits des deux albums de Timber Timbre interprétés ce soir sont magistraux, ce sont de minis symphonies folk pop rock subtilement arrangées en collaboration avec une excellente violoniste pianiste et un très précieux guitariste bidouilleur où la voix, les arpèges de guitare vintage du discret Timber Timbre en chef, émeuvent véritablement au plus haut point. Cette musique, à la fois sombre et illuminée par des rais de lumière, n'est pas facile d'accès, mais permet, une fois les présentations faites, de pénétrer dans un monde musical évoquant les films fantasmagoriques de Charles Laughton, Tim Burton ou David Lynch...

On pense furtivement à une rencontre entre la pop sixties produite par Phil Spector, le rhythm and blues rock 'n roll des fifties, la folk des années 70, le son touffu de Godspeed You Black Emperor (violon, et guitares post rock) et les synthés de Suicide, sur les derniers morceaux du concert. C'est le trip total ! L'hôtel des cœurs brisés créé par Timber Timbre - sans doute tenu par un inquiétant disciple de Mr Bates - donne envie de le fréquenter aussi souvent que possible...

Agnes Obel
Pour la suite du programme, on reste dans la sobriété et la folk music, mais en moins noir, avec la superbe et sobre prestation de la craquante danoise Agnes Obel, adepte d'une pop folk romantique et aérienne... La belle danoise blonde, qui est habillée avec une robe d'un blanc virginal, restera postée derrière son piano pendant tout le show, mais sa musique – délivrée en compagnie d'une multi instrumentiste choriste parfaite (violoncelle, guitare... ) avec laquelle elle est en osmose totale – fait voyager l'esprit jusqu'à la plage vue dans le génial film de Jane Campion, La leçon de piano. On se voit en effet très clairement voler en long travelling avant au dessus des vagues qui peu à peu recouvrent le piano laissé là par la faute d'Harvey Keitel quand Agnes Obel caresse suavement son piano et chante de sa voix diaphane...

La chair de poule se manifeste à chaque nouveau titre, présenté timidement, joué avec une passion quasi palpable et salué par un tonnerre applaudissements reconnaissants. Le public est au paradis quand résonnent comme dans une cathédrale les morceaux à la fois simples et aventureux d'Agnes Obel, sans doute marquée à vie par la musique Kate Bush, Patti Smith et Cat Power, les sensations troubles distillées par Les Hauts de Hurlevent d'Emilie Brontë et les mélodies nourries d'un imaginaire romantique du 19éme siècle... Inutile de préciser que quand elle se lance dans sa reprise magistrale de Close Watch de John Cale et dans l'un des tubes présents sur son impeccable album comme Riverside, Beast ou Brother Sparrow, on est transporté dans une sorte de très puissante joie mélancolique. A voir sans faute en live !
A lire sur les éditions 2011 et 2010 du Printemps de Bourges, des chroniques des concerts de Miles Kane, Gruff Rhys, Anna Calvi, Gablé, Le Prince Miiaou, Best Coast, Cascadeur, Florent Marchet, Mélanie Laurent, Jérôme Van Den Hole, Ratatat, The Bewitched Hands, Does It Offend You, Yeah ?, Rock 'n Beat Party, Katerine, Raphael Saadiq, Nasser, Angus & Julia Stone, Aloe Blacc, Moriarty, Baptiste Trotignon feat. Christophe Miossec, Chocolate Genius Inc, Catherine Ringer, Corleone, Oh La La !, Royal Republic, Vismets, Asaf Avidan & The Mojos, Bosque Brown, Fanfarlo, Midlake, Tunng, Chain And The Gang, Mustang, Ben Sharpa, Gizelle Smith & The Mighty Mocambos, Lexicon, Solillaquists Of Sound, Sexy Sushi, The Bloody Beetroots Death Crew 77 et Crookers , Wave Machines, Royal Bangs, The Love Me Nots, Fool's Gold, Ladylike Dragons, Les Plastiscines, Daniel Johnston & The B.E.A.M. Orchestra, The Brian Jonestown Massacre, Health, LoneLady, Teenage Bad Girl, The Subs, Gazelle, Koudlam, Iggy & The Stooges, The Black Box Revelation...
Site du Printemps de Bourges : www.printemps-bourges.com...
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