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Samedi 18 mai 2013 : 10447 concerts, 21926 critiques de concert, 4852 critiques de CD.

Critique de concert Timber Timbre + Saul Williams + Hanni El Khatib (Festival des Inrocks 2011)


Timber Timbre + Saul Williams + Hanni El Khatib (Festival des Inrocks 2011) en concert


4 étoiles, bon concert

Jaime




Après une soirée inaugurale plutôt réussie la veille au Casino de Paris avec Florent Marchet, Agnes Obel, Others Lives et Balthazar, la deuxième soirée du festival des Inrocks à Paris, dans la moiteur torride de la Cigale, s'annonce sous les meilleurs auspices le 3 novembre... A l'affiche, le rock 'n roll garage californien d'Hanni El Khatib, le slam pop rock 'n hip hop de l'Américain Saul Williams et le folk rock psyché gothique des Canadiens de Timber Timbre...





Hanni El Khatib

Malgré un gros buzz sur son nom, le set d'Hanni El Khatib, qui se présente en formation guitare/voix et batteur devant le chaudron en ébullition de la Cigale, peine à démarrer... Pourtant, le beau jeune homme, très latin lover macho, sait jouer de la guitare électrique et chanter, hurler ou aboyer d'une voix racée et son acolyte qui officie derrière les fûts n'est pas manchot non plus. Le problème, c'est que tout cela sent un peut trop la pose – genre je me prends pour les White Stripes et les Black Keys sans avoir leurs talents de composition –, l'artiste lancé dans le grand bain un peu tôt et la crispation de début de carrière...



Il faut avouer aussi qu'Hanni El Khatib a des excuses : il souffre d'un son un peu riquiqui (les ingés son sont fascinants, ils sonorisent de la folk psyché comme du rock garage – Other Lives hier – et oublient d'envoyer la sauce quand ils ont du rock 'n roll à faire gueuler... ) et d'un public assez apathique. Cela n'est pas idéal pour se chauffer et ainsi se mettre en condition idéale pour jouer du blues rock garage rockab comme il faut, c'est à dire avec une énergie malsaine, une puissance brute et une envie de tout péter. La majorité du concert se déroule donc sans qu'on soit bouleversé par la pertinence des morceaux, qui du coup sentent trop le recyclage scolaire. Et puis une petit reprise d'Heatbreak Hotel fait son petit effet, les gens commencent à se manifester et le dernier titre joué l'est enfin avec une esprit tranchant et un son saignant. A revoir dans quelques mois quand la phase de rodage sera terminée...




Saul Williams

Un qui n'a pas besoin de rodage, c'est l'expérimenté et toujours brillant sur scène Saul Williams... Il a beau se pointer sur scène devant une foule parisienne un peu blasée et attirée par la présence à l'affiche de Timber Timbre, il arrive telle une furie sur scène, et en bon disciple de Gil Scott-Heron il se lance dans un slam sur la mort qui fait partie de la vie (on le savait, merci !), avant d'enchainer avec un titre introduit par de la cithare se transformant en rock 'n world truffé de percussions... On pense immédiatement à TV On The Radio grâce à cette voix noire très évocatrice et à cette guitare qui hurle derrière. Puis, comme il sait si bien le faire, le sculptural jeune homme se lance dans un set rempli de grands écarts stylistiques : une relecture du riff d'I Wanna Be Your Dog des Stooges en version robotisée et sur des paroles différentes, du hip hop ultra marquant, du ragga rock, du rock 'n roll fusionné au rap et avec une guitare à la Rage Agaisnt The Machine, de l'électro pop...



Monsieur Williams ne ménage pas sa peine au micro et aux percussions ; et il a la chance d'être accompagné, en fait carrément poussé au cul par un groupe (batterie, synthés, guitare, basse, sax etc) qui sait aussi bien envoyer la purée – même si un peu de finesse ne nuirait pas, parfois... - que partir dans des expérimentations jazz world ou donner des fourmis dans les jambes... Véritable pile électrique foudroyée par des éclairs de génie sur scène, Saul Williams fait oublier son dernier album un peu trop FM à notre goût, sauf sur le dernier titre joué, trop formaté et lisse. A l'opposé de la bête de scène qu'on vient de voir officier en live donc.





Timber Timbre

Juste à côté de nous pendant Saul Williams, un jeune homme habillé comme un hobo bobo du nom de... Charlie Winston (rires) décide de partir avant d'avoir vu Timber Timbre. Quel dommage, il aurait pu en prendre de la graine en matière de sobriété, d'inspiration, de discrétion et de... classe, quoi ! Car le court set proposé par le trio canadien en guise de final pour cette soirée mérite toutes les louanges : d'épatantes chansons de folk rock psyché gothique – tour à tour minimalistes, en forme de cathédrales sonores inquiétantes ou d'incantations funèbres déclamées à la tombée de la nuit – sont jouées par un très taciturne combo emmené par une voix unique (Tom Waits, Elvis, Roy Orbison, Alan Vega, Screaming Jay Hawkins ???) et se faisant fort de délivrer arrangements d'une finesse, d'une précision et d'une versatilité à peine croyables.

Au diapason des cordes vocales de Taylor Kirk, une bluffante violoniste et pianiste et un guitariste roi de l'effet qui tue atteignent des sommets afin de propulser les morceaux dans la stratosphère... S'il n'y avait pas un public un peu énervant (je crie ma joie d'écouter mes héros en live et après je parle pendant les morceaux, je flashe, je filme... ), on pourrait se croire dans une étrange cérémonie organisée nuitamment dans une clairière afin de convoquer quelques fantômes... Dévoilées en ouverture, Bad ritual et Keep On Creepin On provoquent des bouffées de joie triste et mélancolique, impression encore renforcée par les très belles projections en fond de scène : des photos noir et blanc vintage de personnes désespérées, malades et/ ou déboussolées. Pas très doué pour la communication (photos interdites, très peu de mots échangés avec le public... à part un " Bad Luck " adressé à une personne pas drôle ouvrant un parapluie dans les premiers rangs) et franchement ami de l'ombre (éclairages très discrets), Timber Timbre se lance souvent dans des titres expérimentaux et anti consensuels, mais en restant toujours marquants.

Ce qui donne au final un set qui laisse le sentiment d'avoir de vrais artistes en face de soi, et pas des juke boxes sur pattes. Le dernier morceau joué, le rideau de la Cigale est refermé prestement par les roadies... Sans rappel ? Non ! Le groupe revient de manière inattendue, déclare être très content d'être ici - en français, par l'intermédiaire du guitariste - avant de se lancer dans une chanson finale aussi belle que le reste de la set list. Très beau moment !




Photos du concert par Robert Gil. Retrouvez plus de photos sur son site www.photosconcerts.com/saul-williams-paris-cigale et www.photosconcerts.com/hanni-el-khatib-paris-cigale



Liens : www.timbertimbre.com, www.hannielkhatib.com, www.saulwilliams.com, http://blogs.lesinrocks.com/festival-les-inrocks...


 


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