Ouverture du Festival Tighten Up 4 ce soir au Cabaret Aléatoire avec les nantais de Tribeqa.
Projet original au carrefour de la world, du groove urbain, du Nu jazz et des ambiances tribales. Les compositions sont construites autour du Balafon du leader et compositeur du groupe, Josselin Quentin. Pour poser la rythmique, on retrouve un solide duo batterie-contrebasse, complété par une guitare et les platines de Dj Greem (Hocus Pocus, C2S).
Entre ballade Nu jazz et afro groove urbain, on entre très facilement dans leur univers. Un sentiment de familiarité, un genre de groove universel issu des blacks musiques de l’Afrique de l’ouest aux Caraïbes en passant par les déclinaisons urbaines afro américaines.
Découverte des plus agréables en attendant le funk asiatique et chirurgical d’Osaka Monaurail.
Le collectionneur fou de music soul, la bibliothèque vivante, Keb Darge assure la transition avec sa petite valise de 45 T d’époque. Mais pour ce soir, nous avons droit à une sélection qui remonte aux sources. Nous sommes plus proche des années 50-60 que des années 70. On frise le rockabilly et le twist entre 2 titres de vieux rythm’& blues aux cuivres affûtés.
Sur scène Osaka monaurail se prépare. L’un des musiciens suit pas à pas le technicien qui assure la mise en place et replace derrière lui méticuleusement les micros, enroule les fils, s’assure que rien ne traîne et que la mise en place est parfaite. Ce petit détail anecdotique révèle toute la rigueur musicale de ce groupe totalement décalé et plein d’humour. Tirés à 4 épingles dans ce qui ressemble plus à un uniforme désuet qu’à un véritable costume, Osaka monaurail apparait enfin.
La mine volontairement taciturne, les musiciens se mettent en place. La batterie est au centre et la basse et les 2 guitares sont très très prés de lui. La coupe de cheveux est impeccable, les souliers sont cirés et le sourire formellement interdit. À gauche de la scène, la section cuivre (1 saxo et 2 trompettes), costume identique, est coiffée d’un chapeau. Le saxophoniste assumera le rôle de chef d’orchestre intraitable n’hésitant pas à faire les gros yeux au reste du band en attendant le véritable maitre de cérémonie. On démarre bien sûr par quelques classiques de James Brown et des JB’S, et surtout le fabuleux hit (It's Not The Express) It's The JB's Monaurail .
L’ombre du Godfather James va décidément planer sur cette édition du Tighten Up 4 avec Macéo Parker en clôture à Istres. Le monaurail, très précis, imperturbable, sans un sourire ni un geste super flux exécute les reprises avec une précision chirurgicale. Il faudra attendre l’arrivée du chanteur et leader de la formation, le James Brown Japonais, pour voir la section cuivre se déchainer : chorégraphie, sourire à gogo et grand tourniquets de trompettes pour ponctuer les pas de danse.
À l’opposé, la rythmique ne s’autorisera pas un sourire de la soirée. Le groupe joue sur cette opposition entre l’euphorie des cuivres et la placidité totale du reste du groupe.
Notre James d’Osaka, Nakata Ryo, certainement meilleur ambianceur que chanteur apporte une touche déjantée au monaurail qui se la joue très sobre, style The Shadows (pas le Dj, mais le groupe de rock UK de papa-maman).
Très inspiré par James dans ses gimmicks et son phrasé, Nakata parle plus qu’il ne chante, harangue la foule, chauffe les musiciens, danse avec les cuivres, courre poser des chorus et des riffs sur son orgue Hammond et s’impose en chef d’orchestre pour une démonstration de précision dans les breaks les attaques des titres et les enchainements sans transition à la Jb’s. La grande tradition funk est respectée à la lettre, dans l’esprit, voir même dans le culte du godfather !!!
Le monaurail sortira de scène quelques minutes pour revenir avec la diva de la soirée Marva Whitney. Cette diva qui accompagna la revue de James de 1967 à 1969 et s’entoura par la suite des JB’s pour enregistrer ses projets solo, est considérée par beaucoup comme une des plus grandes chanteuses soul. C’est sûr en tout cas qu’elle ne met pas longtemps pour mettre tout le monde d’accords ce soir.
Sur le second titre, elle provoque ce frisson irrésistible que seul les phénomènes musicaux bien connus, mais encore inexpliqués peuvent provoquer. Le poil se redresse, la performance vocale nous met sur le cul. Son phrasé nous rappelle la grande Millie Jackson ou Ettah James. Derrière, le monaurail déroule un groove irrésistible pendant qu’elle interprète, souvent en parlant de longs moments d'histoires d’amours qui finissent souvent de manières tragiques. Et lorsqu’elle se remet à chanter le dernier couplet, sa voix nous emporte littéralement. Si elle n’a plus l’énergie ravageuse de ses débuts, elle a garder sa puissante voix, et son sourire malicieux. Et Quand Marva Whitney s’installe un court instant au piano, c’est pour entrainer le monaurail sur des thèmes de jazz nous rapprochant du swing des big band de Duke Ellington, pour le plus grand plaisir de la salle.
La diva s’éclipse, et le monaurail s’emballe dans un final tout en énergie à la godfather encore une fois.
Le gardien du temple de la soul, Keb Darge reprend les platines pour envoyer "Sex Machine". je rentre me coucher avec le sentiment d’avoir vécu ce soir un grand moment de soul.
|