Critique de concert Tribute to Claude McKay : Arlee Leonard & Moussu T e Lei Jovents

D'un pas mal assuré, tel un matelot chaloupant sur le pont d'un navire qui roule, Lincoln Agripa Daily - Banjo pour les intimes - arpentait sur toute sa longueur la magnifique jetée du port de Marseille, un banjo à la main."
Ainsi commence Banjo, roman de l'immense Claude McKay. l'histoire d'un noir américain qui veut monter un groupe de jazz dans le Marseille des années 20. Un roman remplit de clochards célestes qui se déroule dans la Fosse, le quartier "réservé" des marins, vagabonds, bouges et bordels, un quartier cosmopolite, populaire et bruyant. Il sera d'ailleurs détruit par les allemands, avec le soutien de la bourgeoisie marseillaise, en 1943.
C'est à cette œuvre que Moussu T e lei Jovents et la chanteuse jazz Arlee Leonard rendent hommage. Tou(te)s sont inconditionnels du livre, Tatou et Arlee lisant d'ailleurs des extraits dans des éditions (une française et une américaine) qui donnerait le tournis à tout collectionneur. Dans un balèti « américano-marseillais », ils servent les oeuvres de Vincent Scotto, Reneì Sarvil, Henri Alibert, Andreì Grassi... comme celles de Papa Charlie Jackson, Jelly Roll Morton, Harry Reser, Ether Waters...
Lei Jovents débarquent sur scène, habillés en marlous de l'époque : casquette, bleus, foulard noué autour du cou. En plus de Blu au banjo (et choeurs) et Zerbino à la batterie, le groupe s'agrandit avec un percussionniste (le seul non originaire de la Ciotat, mais de Martigues) et un guitariste. Ils attaquent un riddim jazzy et Tatou les rejoint, bouteille de pastaga à la main (rôle de composition parfaitement joué ce soir, l'amateur de pastis...). Après l'introduction de lue, ils sont rejoint par la divine Arlee, diva jazz new-yorkaise, dont les yeux et les formes feront chavirer nos marseillais. D'ailleurs le concert sera rythmés par des galéjades autour des plans drague de Tatou.
Mais, putain, ce qui scotche d'entrée c'est la voix d'Arlee. Chaude, sensuelle, une absolument fascinante. D'ailleurs, durant tout le spectacle on naviguera sans cesse entre les chansons d'opérette marseillaise, aux rythmes et paroles gentilles (en gros "ma chérie tu as des beaux yeux, allons à la mer ensemble) et l'ambiance plus chaude, dans la musique et les paroles, du jazz. Pourtant, il s'agit là de chansons issues de la même époque.
Même si je suis un vieux punk, nourri d'alternatif et de hip-hop, c'est quand même délirant de reconnaitre des chansons marseillaises de l'époque Alcazar. Comme quoi, il me reste des fragments de mémoire de mon grand-père qui me racontait cette époque. Entre l'archi-connu Venise provençale et la Rose et le Jasmin, je marquerais deux points. Comme dit plus haut, la plupart sont des bluettes naïves, à part un Fais pas le couillon, gentiment subversif qui brocarde un Président de la République de l'époque et qui lui promet que ça va se gâter. Tatou rappelle d'ailleurs que c'est assez visionnaire comme paroles... Et je fredonnerais son refrain toute la journée du lendemain "Fais pas l'couillon, c'est parti du Vieux Port, fais pas l'couillon se dit jusqu'au Pole Nord...
Arlee a été impériale comme dit plus haut. La grande classe de chez grande classe. Mais il ne faudrait pas oublier non plus le boulot des Jovents qui ont bossé sur ces deux répertoire quand même bien différents. Les rythmes légers de l'opérette et ceux de la musique noire seront joués sans faute, les transitions impeccables. On passe entre ces deux univers de façon naturelle, comme le faisaient surement les habitués des bistrots de Marseille à l'époque.
Le voyage dans le temps se termine avec le tube de l'époque, un Shake that thing, un mot d'ordre que Tatou fait résonner avec son fameux "boulègue. Ambiance survoltée, même si presque tout le monde reste assis, Arlee s'incruste dans le public pour le faire chanter. Et, fait hallucinant, Tatou chante en anglais ! Bon, je vous rassure, un anglais de la Ciotat. Mais, quand même, fou ça. Un autre miracle à mettre au crédit de Mc Kay !
Alors au final, quand même un beau moment. Musical d'abord. mais aussi et surtout d'histoire et de mémoire populaire. Comme la lecture de Banjo nous rappelle que Marseille était aussi à cette époque, bruyante et cosmopolite. Un spectacle que l'on espère voire vivre et circuler dans le coin, les dimanche après-midi dans les salles du département. Un truc que j'aimerais bien aller voir avec mon grand-père de 87 balais, celui qui me parle du temps béni de l'Alcazar et qui s'en rappelle seulement devant la chance aux chansons...
"..infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel."
Banjo, Claude Mc Kay
Retrouvez deux reportages sur cette création sur www.2marstv.com et un interview d' Armando Coxe qui a porté le projet avec Moussu T sur histoires-marseillaises.blogsthema.marseille-provence2013.fr
Ainsi commence Banjo, roman de l'immense Claude McKay. l'histoire d'un noir américain qui veut monter un groupe de jazz dans le Marseille des années 20. Un roman remplit de clochards célestes qui se déroule dans la Fosse, le quartier "réservé" des marins, vagabonds, bouges et bordels, un quartier cosmopolite, populaire et bruyant. Il sera d'ailleurs détruit par les allemands, avec le soutien de la bourgeoisie marseillaise, en 1943.
C'est à cette œuvre que Moussu T e lei Jovents et la chanteuse jazz Arlee Leonard rendent hommage. Tou(te)s sont inconditionnels du livre, Tatou et Arlee lisant d'ailleurs des extraits dans des éditions (une française et une américaine) qui donnerait le tournis à tout collectionneur. Dans un balèti « américano-marseillais », ils servent les oeuvres de Vincent Scotto, Reneì Sarvil, Henri Alibert, Andreì Grassi... comme celles de Papa Charlie Jackson, Jelly Roll Morton, Harry Reser, Ether Waters...
Lei Jovents débarquent sur scène, habillés en marlous de l'époque : casquette, bleus, foulard noué autour du cou. En plus de Blu au banjo (et choeurs) et Zerbino à la batterie, le groupe s'agrandit avec un percussionniste (le seul non originaire de la Ciotat, mais de Martigues) et un guitariste. Ils attaquent un riddim jazzy et Tatou les rejoint, bouteille de pastaga à la main (rôle de composition parfaitement joué ce soir, l'amateur de pastis...). Après l'introduction de lue, ils sont rejoint par la divine Arlee, diva jazz new-yorkaise, dont les yeux et les formes feront chavirer nos marseillais. D'ailleurs le concert sera rythmés par des galéjades autour des plans drague de Tatou.
Mais, putain, ce qui scotche d'entrée c'est la voix d'Arlee. Chaude, sensuelle, une absolument fascinante. D'ailleurs, durant tout le spectacle on naviguera sans cesse entre les chansons d'opérette marseillaise, aux rythmes et paroles gentilles (en gros "ma chérie tu as des beaux yeux, allons à la mer ensemble) et l'ambiance plus chaude, dans la musique et les paroles, du jazz. Pourtant, il s'agit là de chansons issues de la même époque.
Même si je suis un vieux punk, nourri d'alternatif et de hip-hop, c'est quand même délirant de reconnaitre des chansons marseillaises de l'époque Alcazar. Comme quoi, il me reste des fragments de mémoire de mon grand-père qui me racontait cette époque. Entre l'archi-connu Venise provençale et la Rose et le Jasmin, je marquerais deux points. Comme dit plus haut, la plupart sont des bluettes naïves, à part un Fais pas le couillon, gentiment subversif qui brocarde un Président de la République de l'époque et qui lui promet que ça va se gâter. Tatou rappelle d'ailleurs que c'est assez visionnaire comme paroles... Et je fredonnerais son refrain toute la journée du lendemain "Fais pas l'couillon, c'est parti du Vieux Port, fais pas l'couillon se dit jusqu'au Pole Nord...
Arlee a été impériale comme dit plus haut. La grande classe de chez grande classe. Mais il ne faudrait pas oublier non plus le boulot des Jovents qui ont bossé sur ces deux répertoire quand même bien différents. Les rythmes légers de l'opérette et ceux de la musique noire seront joués sans faute, les transitions impeccables. On passe entre ces deux univers de façon naturelle, comme le faisaient surement les habitués des bistrots de Marseille à l'époque.
Le voyage dans le temps se termine avec le tube de l'époque, un Shake that thing, un mot d'ordre que Tatou fait résonner avec son fameux "boulègue. Ambiance survoltée, même si presque tout le monde reste assis, Arlee s'incruste dans le public pour le faire chanter. Et, fait hallucinant, Tatou chante en anglais ! Bon, je vous rassure, un anglais de la Ciotat. Mais, quand même, fou ça. Un autre miracle à mettre au crédit de Mc Kay !
Alors au final, quand même un beau moment. Musical d'abord. mais aussi et surtout d'histoire et de mémoire populaire. Comme la lecture de Banjo nous rappelle que Marseille était aussi à cette époque, bruyante et cosmopolite. Un spectacle que l'on espère voire vivre et circuler dans le coin, les dimanche après-midi dans les salles du département. Un truc que j'aimerais bien aller voir avec mon grand-père de 87 balais, celui qui me parle du temps béni de l'Alcazar et qui s'en rappelle seulement devant la chance aux chansons...
"..infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel."
Banjo, Claude Mc Kay
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Signature : mystic punk pinguinle 29/03/2009
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Cité de la Musique - Marseille


le 20 janvier 2012 - Auditorium de la Cité de la Musique - Marseille (par Pirlouiiiit)

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