Critique de concert Turzi + Los Chicros + Zombie Zombie

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On s'est arraché de la table d'un bon repas et bougé du vélo pour arriver presque à l'heure au concert fort attendu de ce soir, et on se trouve face à une double surprise : Romain Turzi a été basculé en premier, et il est seul sur scène - initalement devant pas grand-monde d'ailleurs. Ce qui est pour le moins surprenant puisqu'il a entre 2 et 4 acolytes sur toutes les photos qu'on a pu voir du groupe. Mais surprenant aussi vis à vis de la richesse du son développé sur ses disques A et B (ce dernier étant l'un de nos plus beaux vinyles, avec sa couleur caramel marbré), habiles mélanges entre rock planant, kraut/psyché, dark pop et même par moments, une agréable filiation avec Jean-Michel Jarre : du miel pour les oreilles, de quoi voyager sans quitter son canapé !
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Autant dire que c'était le groupe qu'on voulait voir ce soir. Première déception donc, d'avoir raté en arrivant à 21 h 40 une bonne partie du set (et ce au Cabaret Aléatoire qui est pourtant célèbre pour ses heures de retard au démarrage). Chiotte ! Cela étant la déception sera relativisée au fur et à mesure de l'écoute : M. Turzi nous tourne royalement le dos une bonne partie du concert, en manipulant ses grosses consoles, ou se cache sous sa mèche pour jouer quelques notes de guitare. Peu concerné ou alors, peu expansif. A moins qu'on ne lui ait monté sa scène à l'envers ?
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Par ailleurs il a divers problèmes de réglage de son. Globalement pas assez de basses, puis trop de grain sur la voix, on reconnait un titre de B, la très JMJ Buenos Aires, mais qui semble comme inhabitée, plus loin de l'électro dark pas mal mais où il ne fait pas grand chose, puis une fin en larsen de guitare sans inspiration... C'est une vraie énigme, comment un truc aussi trippant sur disque peut-il être aussi scolaire, désinvolte et finalement ... chiant sur scène, pour nous et apparemment aussi pour lui ? Grosse déception, et puis la prestation frise le franc foutage de gueule. Carton rouge !
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Los Chicros était par contre l'inconnue de l'équation de la soirée. C'est un groupe pop-rock plus standard, 4 garçons, un chanteur barbu et bien en chair qui a une voix assez efféminée et inattendue, un autre plus classique dans sa voix, également barbu (mais moins). Le groupe nous fait d'abord bonne impression avec ses titres punchy et putassiers juste comme il faut, jusqu'à ce qu'on trouve ça quand même un peu trop Placebo/Muse-like, avec des dissonances soigneusement étudiées. De toutes façons on reste convaincu que jouer sur 2 guitares ou sur 2 korgs en même temps, c'est manquer de confiance, comme si on portait bretelles et ceintures...
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Le groupe enchaîne en fait des titres peu marquants, même ses balades, voire un peu grotesques par moments - un grand moment de tambourin du nounours en chef par exemple, ou quand mon ami accompagnateur croit identifier une parenté avec les Valses de Vienne (?!), ce qui déclenche une hilarité mettant un terme à une possible chronique sérieuse... Bref, on s'emmerde, et même pas très poliment. Quand ils en viennent à un titre sur le suicide, on finit par l'envisager et l'on choisit de retourner plutôt au bar, puis de s'affaler sur une banquette d'où l'on croira entendre Staying Alive des Bee Gees, joué au ralenti. On s'échappera carrément dehors pendant le rappel - décidément, non, c'est pas notre truc. Dans un style pas très éloigné, on avait pourtant découvert ici les Exson Valdes qui avaient su nous intéresser à leurs chansons, parfaitement inconnues aussi.
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Bon, notre photographe du jour, le motivé Pixxxo, avait amené son jeune assistant et fiston qui a bien aimé ce groupe, ne l'enfonçons donc pas davantage, certes c'était pas pire que se faire arracher une dent et une petite dizaine de membres du public était à fond... En comparaison les Sessions Fantômes (dj-vidéastes amateurs qui interviennent entre les groupes) sont quand même un vrai baume pour les oreilles, passant des valeurs sûres et néanmoins un poil recherchées (à l'oreille, on a reconnu le shoegazing 80's contondant de The Jesus & Mary Chain, et du stoner graisseux qui devait être du Hermano ou du Kyuss...). Le tout mixé avec des images diverses et souvent cultes, dont certaines qui me vaudront d'être traité de snob (c'est quand même pas ma faute si même bourré, je reconnais la scène finale de Zabriskie Point d'Antonioni, pas vrai ?).
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Bref à ce stade, à minuit bien sonné et après deux concerts pas aimés (et autant de litres de bière), on est tenté de partir, mais bon, on ne va certes pas faire ça à Zombie Zombie dont on écouté un million de fois le fascinant disque A Land For Renegades, et qui nous avait fait fort bonne impression lors de leur dernier passage il y a 2 ans à l'Embobineuse. D'ailleurs on a causé quelques instants au toujours lunaire Etienne Jaumet qui nous a annoncé que le groupe travaillait à des relectures des mélodies répétitives et obsédantes de John Carpenter : en effet le concert commence sur une chouette reprise du thème de Assault on Precinct 13.
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A 0 h 35, la soirée prend donc soudain un tout autre tour : voici enfin sur scène des gens qui s'amusent et mouillent le maillot, Zombie et Zombie entament en plus leur set devant une salle qui a fini par se remplir. Le batteur ponctue les chansons de jappements de chien fou et cogne sans répit à une vitesse impressionnante sa batterie - il tricotera tout le concert avec une régularité à faire rougir une boîte à rythme ; l'autre s'éclate la langue pendante à faire monter et descendre les sons, avec un plaisir communicatif. Et s'autorisera même un passage sympa au saxophone, histoire de montrer qu'il n'est pas qu'un tourneur de potards.
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C'est hyper-prenant, la salle est d'ailleurs absorbée sans effort dans le voyage, qui passe par des phases quasi-jungle, avec un titre d'environ 10 minutes à la fin diabolique, des citations de Kraftwerk et/ou de Jean-Michel Jarre comme par exemple, l'hypnotique Psychic Harmonia (rappelons aux ricaneurs éventuels que ce sont les deux sources majeures de la musique électronique des 40 dernières années), et une majorité de titres nouveaux (en tout cas, pas plus de 3 ou 4 de "Renegades"). Le duo est encore meilleur que dans notre souvenir, l'ambiance retombe un peu mais pas l'intérêt sur un titre plus calme, atmosphérique.
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C'est pour mieux remonter, sur du plus speed, où d'autres musiciens dont Turzi (qui a l'air presque plus concerné qu'avant !) les rejoignent sur scène, pour une terrible montée d'adrénaline. Suit un titre à nouveau à deux, très dansant, a priori nouveau, où le batteur vient s'amuser avec un mini-Theremin, comme dans notre souvenir. Et comme on l'espérait, le groupe finit sur la fabuleuse basse robotique et les hurlements ultra-trafiqués de Driving this road until Death Set You Free, (très Carpenter elle aussi, au fond...) : final idéal, déchaîné et lancinant à la fois, en apothéose d'un set de grande classe qui, pris séparément, aurait largement mérité ses 4 étoiles...
Vivement le prochain disque des Zombie Zombie - il est par contre probable que celui de Turzi soit interdit de platine pour quelque temps... Quant à Jean-Michel Jarre, where it all began, on saura ça dans une semaine...
Signature : Philippele 15/03/2010
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Photographe : pixxxo
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>> Réponse (le 16/03/2010 par Pixxxo) Si notre chroniqueur à la dent dure avec Chicros -il faut une certaine dose d' énergie pour évoquer la tempête Katrina, le suicide et la fin de Ferrat sans plomber l' ambiance- je partage l' impression pour la suite où les deux compères d'outre-tombe nous ont crescendo perché jusqu' au final. > Réagir à cette critique
>> Réponse (le 22/03/2010 par Jean Calin)


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