Critique de concert Usthiax + Charlélie Couture (Festival Avec Le Temps)


Deuxième soirée du festival Avec le temps à laquelle j’assiste et une nouvelle fois, elle m’amène à l’Espace Julien. Beaucoup moins de monde à mon arrivée que la semaine passée, sans doute suis je également présent un poil plus tôt sur place. Nous prenons donc place avec mon compère de chronique au premier rang.

Un jeune homme de 24 ans (c’est lui qui le dit) fait son entrée sur scène à l’heure prévue. Il entame sa prestation par une reprise de Steven Stills, après une longue introduction, constituée notamment de la traduction des paroles qu’il va chanter. A l’exception de ce premier titre, son set se composera de morceaux chantés en français. Ils sont précédés de belles explications à destination du public.

C’est très aéré et très rythmé en même temps. Avec son simple pied, Usthiax battra la mesure sans faillir d’un bout à l’autre de ses chansons. Elles parlent essentiellement d’amour et sont accompagnées de parties de dobro particulièrement réussies.

Le tout est en open tuning, avec pas mal de slide. C’est calme, beau, et ces petites tranches de vie sont très agréables, tout comme leur auteur du reste. L’album électronique (rien à voir du coup avec ce qui a été joué ce soir) en préparation méritera une attention particulière, au vu du plaisir ressenti à écouter cette demie heure de folk/blues aérien.

A 21h30, Monsieur Charlélie et ses 4 musiciens prennent possession de la scène. C’est très (trop) fort et le mix est mauvais, la voix étant noyée dans l’ensemble. Je ne sais pas si c’est le fait de vivre à New York, mais notre Charlélie national a sortie l’artillerie lourde. Ses musiciens sont tous excellents, mais versent bien trop souvent dans la caricature niveau jeu de scène. Le bassiste, prend son instrument pour un fusil et le frappe souvent au lieu de le jouer.

Ca n’influe pas sur le son qui en ressort, mais ça a le don de m’énerver. Pour un concert de Kool & the Gang c’est sans doute parfait, cela dit. Le guitariste nous propose des postures à la Slash armé de sa Les Paul. Le clavier quant à lui, sorte de Richard Anconina sous amphets, mâche rageusement son chewing gum tout le long du concert. Le batteur, enfin très doué, souffre d’après mes oreilles, d’un kit de batterie plutôt jazz qui l’oblige à frapper très fort pour soutenir le volume de ses compères, donnant à ses fûts un son de casserole.

Oui, je suis dur, mais j’ai oublié de préciser que Charlélie Couture a bercé mon enfance, mon père écoutant ses albums en boucle. Il m’a d’ailleurs donné goût au bonhomme, à tel point que j’ai acheté et aime beaucoup son dernier album dont il assure justement la promo ce soir.

Je châtie donc parce que j’ai un immense respect pour l’artiste. J’avoue que suis déçu du trop de tout qui nous a parfois été servi. C’est fort, plein de plans, soli et fins à l’américaine. Un titre reprendra d’ailleurs de longue le fameux riff des Blues Brothers. Le début du spectacle est donc de qualité, mais juste pas ce que je suis venu voir.

La fin de la performance se révèlera plus mémorable. L’énervement voire l’ennui passent progressivement. Le tout est plus supportable niveau volume (les protections auditives ayant sans doute aidé). J’avoue aussi que lorsqu’il se met au piano, les morceaux de Charlélie sont souvent plus nuancés (ses musiciens sont bien obligés de jouer moins fort si l’on veut l’entendre…). Le blues, le boogie et les paroles tantôt chantées, tantôt parlées sont très agréables.

Le phénix morceau épique de Fort Rêveur de 10 minutes se révèle en effet encore plus réussi dans cette version live, malgré la difficulté de garder l’attention si longtemps. Il sera suivi de La balade du mois d’août 75 qui ravit l’auditoire. Je m’habitue au très gros son sur les deux titres suivants, avant un 58th street bluesy à souhait qui m’emplira de plaisir. Les choses les plus simples sont parfois les meilleures.

3 rappels successifs clôtureront les 2 bonnes heures de concert de fort belle manière. Le très joli Jacobi marchait précède LE tube introduit par "Il y en a une, je n’y couperai pas et sans elle, je ne serai probablement pas là ce soir". Comme un avion sans ailes reste en effet le morceau le plus connu et une putain de belle chanson. Le loup dans la bergerie sera marqué par un final démentiel très jazz/rock, où la batterie sera particulièrement adaptée. Enfin, l’excellent La vie facile montera progressivement en puissance, d’abord avec 2 guitares acoustiques, puis avec le bassiste à la batterie, le batteur au trombone et le clavier à l’accordéon.

Le public applaudit à tour de bras et Charlélie remet ses lunettes d’aviateur et son chapeau melon, en route sans doute pour de nouvelles aventures. Je repars content de l’avoir enfin vu en concert, mais déçu d’artifices et de ficelles parfois trop lourdes nuisant à l’excellent fond qui caractérise cette musique.
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Signature : cabaskle 20/03/2011
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>> Réponse (le 23/03/2011 par the Vaccuopilot) La répétition. Est-ce dans la répétition que transite le sens ? Je veux dire, cela a-t-il finalement un sens de réitérer à l’infini quelque chose de beau, et inversement, cela rend-il finalement beau de répéter quelque chose que l’on pourrait qualifier de fondamentalement inintéressant jusqu’à ce que sa répétition finisse elle-même par lui conférer un sens ? A partir de quelle quantité la répétition finit-elle par tuer, ou au contraire magnifier ? Libérer ou assigner l’objet à sa durée transforme-t-il son essence vitale ? Quand CharlElie Couture ne peut faire autrement, en 2011, que de clôturer un concert avec son "Comme un avion sans ailes" datant de 1981, quelle réelle différence entre ses 30 ans de vie d’artiste et le sort de la caissière de supermarché condamnée à scanner un nombre .../...
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