Complet à Toulon, Nice et Marseille et je n’ai pas ma place ! Alors quand Isabelle m’a proposé la sienne (merci à ses potes qui lui ont préparé une surprise ce soir-là), j’ai sauté dessus. Lorsque j’arrive, la queue démarre au n°29 du Cours Julien (pour info, l’Espace Julien est au 39).
Les minutes d’attente s’égrainent et avec elles mes chances de voir Doctor Flake dont j’ai découvert récemment l’espace prometteur. Il se produit quelquefois avec Vale Poher mais ce n’est pas le cas ce soir. Seul derrière ses machines et son piano, le Docteur (certainement en astronomie vu l’ambiance sidérale) a pratiquement achevé sa mission lorsque j’entre dans la salle. Il a la bonne idée d’avoir gardé A Last Dance With Leon pour la bonne bouche.
Ca a l’air de rien : 6 notes en boucle qui construisent la trame mélodique, mais l’orchestration et la rythmique vous parcourent l’échine. Sur l’écran, un pianiste et une ballerine en noir et blanc peaufinent l’ambiance. Le Loustic (c’est une des traductions de Flake en français) sait y faire et les salles seront peut-être prochainement combles lors de sa tournée à lui. J’arriverai en avance, promis. En attendant, dix minutes lui ont suffi pour me donner envie de découvrir son disque.
Et vingt minutes suffisent pour installer le joli décor urbain et voir arriver Wax Tailor, flanqué à sa gauche d’une flûtiste, Ludivine Issambourg et à sa droite d’un violoncelliste, Matthieu Detton. Surprenants instruments ! La force du Tailleur de cire est de faire se confronter le hip-hop et d’autres formes de musique d’où leur présence. Le reste de l’instrumentation, il l’assure derrière ses platines.
Si vous ne connaissez rien de lui, l’arrivée de l’ange Charlotte Savary au chant pour Dragon Chasers puis To Dry Up peut même vous faire croire un instant que le trip hop va être l’ingrédient principal du set. Ambiance à mi-chemin entre Portishead et Sally Oldfield.
Le démon Mattic (MC) entre alors en scène et donne une tout autre coloration, 100% hip hop celle-là. Quoique. La flûte et le violoncelle rappellent que le métissage est la marque de fabrique de Wax Tailor.
Les autres guests (Charly Winston pour I Own You, ASM pour Say Yes et Positively Inclined) ne sont présents que sur l’écran géant. Sur des vidéos soignées que le public présent (presque exclusivement de la tranche 20/35 ans) semble avoir vu des dizaines de fois. Les clips "crayonnés" sont particulièrement réussis et collent pile poil au beat proposé. Tout comme le reste des images : paysages urbains, road movie en carton pâte, danseurs de tango, musiciens de jazz, atmosphère de film noir, Billie Holiday, ambiance de western, la Terre vue du ciel… Des décors variés, beaux et fournisseurs de nostalgie dans lesquels Wax Tailor s’exprime avec puissance.
On sort de ce set éprouvé par autant de force déployée et prise en plein visage. Ma préférence va à Fireflies : les deux mondes trip hop / hip hop s’y télescopent frontalement. Fight entre l’ange épaulé par le violoncelle et la flûte plus célestes que jamais et le démon conforté par un beat d’enfer.
Bon anniversaire Isabelle. J’espère que ta surprise valait le coup… Mais j’ai bien l’impression que le plus beau cadeau, c’est moi qui l’ai reçu.