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Wovenhand

Espace Doun - Rognes   8 juin 2007
    
5 étoiles, concert à ne pas manquer


Jaime



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    Wovenhand ou la colère de Dieu


    Vous souvenez-vous de Klaus Kinski dans Aguirre où la colère de Dieu, le chef d’œuvre de Werner Herzog (1972)? Au XVIe siècle, dans la jungle amazonienne, une expédition espagnole part à la recherche du mythique Eldorado sous les ordres de Pizarro. Après de multiples avaries, Pizarro, dépositaire du pouvoir royal, donc du pouvoir divin, renonce à l’expédition. Un de ses lieutenants, Aguirre prendra la tête d’une révolte et convaincu d’être ni plus ni moins que bras vengeur de dieu, entraînera une partie de l’expédition vers une quête où seule la mort sera au rendez-vous.


    Lors du concert de Wovenhand à l’espace Doun de Rognes, nous étions ces membres de cette expédition David Eugene Edward, chanteur, oh combien habité, était Aguirre.


    Avec ses cheveux d’un blond immaculé, son regard bleu perçant et son visage tout en angles carrés (qui fait également penser au non moins expressif Willem Dafoe), David Eugene Edwards nous a entraîné durant 1h30 dans sa quête d’absolu et de rédemption. Son arme à lui, c’est un Gretsch rouge qu’il pousse dans ses derniers retranchements.


    Derrière lui, les portes d’Ades tonnent dans la caisse claire du batteur, tandis que le bassiste, avec sa coupe de cheveux courte et son bouc, a tout l’air d’un curé missionnaire.


    A sa droite, le second guitariste, plus jeune, forcément discret, s’attachera à soutenir le déluge de larsens qui a envahi la cave de l’Espace Doun.


    Quand ils menaient les 16 Horsepower sur un versant rock, David Eugene Edwards jouait en parallèle pendant 10 ans avec Woven Hand. 4 albums sont sortis et il est bien difficile de faire une différence avec le son du 16 horsepower.


    Ça sent le blues du Mississipi, la peur et la sueur des marais de Floride, ça sent l’aridité du Texas, ça sent la quête mystique qui empoignait également Harvey Keitel dans le Bad Lieutenant d’Abel Ferrara ou les personnages de Et l’Âne vit l’ange, le seul roman de Nick Cave. Ici en rien l’homme n’est bon, il doit chaque jour prier pour son salut alors que ses actes sont dictés par des pulsions destructrices.


    On savait un peu tout ça avant d’assister au concert, on se disait qu’on allait un peu à la messe. Mais putain, si ce genre de messe avait vraiment lieu dans les églises, j’y serais tous les dimanches matins !


    Parce que Wovenhand a un peu fait résonner l’apocalypse à l’Espace Doun. Et le rock, à ses débuts, était la musique du diable. Elvis, Johnny Cash, Carl Perkins n’étaient pas forcément bien vu du côté des pasteurs de Memphis…I Walk the line…


    C’est avec cette tradition que l’on a renouée lors du Concert d’Wovenhand. Le groupe arrive sur scène à 21h30 et dès le premier morceau, le son est incroyablement fort, la tension est palpable. David Eugène Edwards, barrette dans les cheveux et tatouages sur chaque biceps termine le premier morceau avec cette question « Is it loud enough ? »


    En fait, ça n’arrêtera plus d’être de plus en plus loud. Alors que son dernier album Mozaic est plutôt apaisé avec des morceaux courts, là, ils peuvent durer jusqu’à 10 minutes et nous voilà parti à nouveau sur le radeau d’Aguirre.


    A un moment, à la fin du 4e morceau, David Eugene Edward a un problème avec sa gretsch. Ça dure quelques minutes, on est un peu inquiet et puis on respire aussi, se disant qu’il va un peu relâcher la tension.


    Sans perdre une seule seconde sa concentration, il empoigne sa mandoline électrique pour un morceau plus apaisé pendant que le second guitariste essaye de réparer l’arme rouge.


    Au morceau suivant, David Eugene Edward reprend la Gretsch, ça grésille encore un peu, on tapote sur l’ampli, on trifouille les putters et finalement ça redémarre. A la fin du morceau, il se lève et joignant les mains, semble remercier Dieu.


    L’Apocalypse de Wovenahnd se construit d’abord sur cette nappe de basse lancée par un petit sampleur. David Eugene Edward commence à chanter, passant du micro radio qui lui déforme la voix et un micro normal. Il lance sa gretsch avec plein de réverb et on croit entendre un orgue d’église.


    Et puis ça lancine et puis la basse s’invite et d’un seul coup, la batterie martèle et l’autre guitariste s’invite. Le mur du son se construit devant nous et David Eugene Edwards chante de plus en plus fort, son cou est rouge, les carotides sortent, ses pieds s’agitent dans tous les sens, il a les yeux le plus souvent fermés, comme s’il était en transe et quand il les ouvre, mon dieu, son regard est habité… et ça fait peur. La chanson redescend et puis remonte comme ça plusieurs fois.


    Pas besoin d’en faire plus en matière de jeu de scène. La musique de Wovenhand et la personnalité de David Eugene Edward suffisent largement à nous scotcher.


    Les premiers rangs sont sagement assis, mais derrière, ça trépine dans les bassins. Mais franchement, impossible de danser sur Winter Shaker ou Dirty Blue ? On sent bien l’énergie, mais tout est si…intériorisé.


    Voilà, Wovenhand, c’est pas vraiment un concert de rock, c’est pas vraiment une messe, c’est pas vraiment un film, c’est un peu de tout ça en même temps et nous là, pauvres païens, on assiste à l’un des moments les plus intenses qu’ils nous ait donné de vivre depuis bien longtemps…


    Merci aux petits gars de Rognes pour ce concert et plus largement pour leur programmation sporadique mais oh combien exigeante…Et rendez vous dans 15 jours pour les French Cowboys… Z’ont intérêt à être à la hauteur, sinon, la colère de Dieu risque de s’abattre sur eux…


    Photos Pirlouiiiit, sous le charme et sous le choc ... seduit sur la forme et sur le fond !

    bonus video :


>> Réponse (le 11/06/2007 par Philippe)
http://www.concertandco.com/critique/concert-wovenhand/espace-doun-rognes/18022.htmC'était superbement habité en effet, commme cette chronique (bravo !)... la référence à Aguirre me paraît légèrement hors sujet et ostentatoire (alors, on étale ses références ? ;-) ne cherchez pas, c'est une private joke) et donc finalement, hautement pertinente : tu as raison Stéphane, D.E.E. est bien le blond le plus inquiétant et le plus maudit qu'on ait vu depuis Kinski (à l'exception notable du chanteur de Jack the Ripper, assez terrifiant lui aussi) ! Enfin qu'on ait vu, façon de parler car je n'ai personnellement (et malgré mes 187 cm de haut) jamais aussi mal vu à un concert qu'à l'espace Doun ! Evidemment fallait-il encore ne pas entrer en avant-dernier dans la salle déjà comble, ce qui fut mon sort puisque je n'avais pas réservé. Parce que oui, mes frères et mes soeurs, à .../... >> La suite

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