
Présentation complète : A deux pas de l'océan, véritable carrefour des musiques métissées, le Bout du Monde a fait sa réputation sur l'ambiance exceptionnelle qui y règne comme sur ses programmations atypiques. Accueillant la fine fleur des artistes du monde d'aujourd'hui, la Presqu’île de Crozon devient le temps d’un week-end l’une des plus belles fêtes transculturelle et transgénérationnelle qui puisse être.
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4 avis et critiques de concert
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Festival du Bout du Monde : Louis Chedid + Toots & the Maytals + Susheela Raman + Ben L'Oncle Soul + Oumou Sangare + Renegades Steel Band + Gogol Bordello + Gipsy Burek Orkestar + Jaqee + Axel Krygier + Madjo + Sophia Charai - 7 août 2011 - Presqu'île de Crozon (critique écrite le 12/08/2011 par Flag) Le Festival du Bout du Monde - Jour 3
Troisième et dernier jour du festival du Bout du Monde. Et là, c'est le scenario inverse de la veille que tout le monde redoute : la journée commence avec un superbe ciel bleu mais les différentes prévisions annoncent de l'orage et un déluge de flotte en .../...
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Le Festival du Bout du Monde - Jour 3
Troisième et dernier jour du festival du Bout du Monde. Et là, c'est le scenario inverse de la veille que tout le monde redoute : la journée commence avec un superbe ciel bleu mais les différentes prévisions annoncent de l'orage et un déluge de flotte en fin de journée. Préférant me fier aux réflexes météorologiques des gens du cru, je jette quelques oreilles, histoire de me rassurer. Manque de bol, ils confirment le déluge. La question ne sera donc pas de savoir s'il va flotter, mais à quelle heure !
Ouverture des festivités par le Renegades Steel Orchestra de Trinidad. Style fanfare calypso, frappant sur leur bidon et ça leur fait visiblement du bien, le groupe d'une vingtaine de percussionnistes plutôt jeunes sautillent, souriant. A nouveau cette joie d'être présents, joie communicative. Toutefois, passée l'agréable surprise de ce band frappant et bondissant, reprenant parfois des standards du reggae, dont quelques Bob Marley entre autres, de manière assez originales, le tout est finalement assez répétitif à mon goût, à moins que je ne prête pas assez l'oreille aux finesses de frappe et au jeu de scène.
Demi-tour pour rejoindre la très lointaine scène Kermarrec, où s'élance la très souriante Jaqee. Les balances sont déjà à elles seules un véritable spectacle, une première partie à part entière, avec des musiciens intarrissables dès qu'il s'agit de tester quelque chose. L'ingé son a bien du mal à se faire respecter de ces virtuoses reggae qui se livrent à des morceaux instrumentaux interminables dès qu'ils sont lancés, sur le rythme d'un batteur réellement impressionnant ! En tendant l'oreille, on devine même les échanges pince-sans-rire entre ingé son et backliners via les retours : "Je sais pas comment on les arrête... nous non plus..."
Une fois lancée, la germano-suédo-ougandaise Jaqee fait plaisir à voir, toutes dents dehors et regard rieur. Immédiatement dans le bain, Jaqee se lance, en tenue petite-guérilleros-de-la-paix, dans un reggae/soul très entraînant, emportant avec elle une grande partie du public, l'apostrophant de son sourire ou de sa voix. Naturellement retenue devant son pied micro, elle n'en demande pas moins qu'à danser aux quatres coins de la scène et faisant virevolter ses bras aux quatres vents de Crozon dès qu'elle en a la liberté, ses musiciens, dont deux cuivres, l'accompagnant dans cette bonne humeur générale. Belle prestation et montée sur le podium de la bonne humeur communicative.
Aucun commentaire concernant la prestation de Louis Chedid sur la grande scène Landaoudec. Je ferai en particulier comme la presse locale, en n'évoquant sûrement pas la palme de la mégalomanie décernée à Môssieur Chedid (ou sa production) qui fait placer à 1m50 de chaque extrémité du bord de l'immense scène Landaoudec deux adhésifs blancs et donne (ou sa production) comme instructions aux photographes de ne pas dépasser cette limite. Résultat : une quinzaine de photographes et cadreurs retenus dans 2 mètres carré à chaque extrémité d'une scène de 2 mètres de haut. Le tout au moment même où Môssieur se livre au morceau Egomane. En réécoutant ces paroles a posteriori, ça fait doucement sourire, pour ne pas dire plus. Mais non, promis, je n'en parlerai pas. Respect de l'omerta. Mais contrairement à mes collègues, accordez-moi la liberté de ne pas diffuser de photos grand format de Môssieur dans cette chronique, comme dans les éditions du lendemain des quotidiens locaux, au détriment d'images des autres artistes.
Palme de l'énergie et de la transe accordée indéniablement à Susheela Rama. Sous le Chapiteau Cabaret, cette dame qui m'était jusque-là relativement inconnue, qu'elle me pardonne, s'est livrée à un concert réellement étonnant. Le mix de ses influences pop et chants traditionnels doit déjà être une chose en soi (il faut que je me rattrape dès que j'en aurai l'occasion et réécouter tout ça calmement), mais la présence scénique de Susheela Raman est ici réellement phénoménale. Entourée de relativement peu de musiciens et plutôt discrets quoique efficaces, c'est véritablement elle qui fait le show, avec cette sorte de transe communicative, ponctuée d'incantations et d'exhortations adressées au public, au ciel ou à autre chose, allez savoir, dansant, balançant sa chevelure sombre. Au risque de me répéter, la prestation de Susheela Raman sur cette scène cabaret et sous chapiteau donne un sentiment d'exigüité au regard de sa prestation et de la fièvre communiquée au public. Je reste interrogatif sur la programmation de Susheela Raman sur cette scène là, même s'il faut sans douter faire des choix.
Autre phénomène sur la grande scène ici, Madame Oumou Sangaré. Comme lu ici ou là, c'est à une véritable diva à laquelle nous avons à faire là, vêtue d'une superbe tenue blanche, agrémentée d'inombrables bijoux et d'une coiffe qui aura du mal à être domptée sous les assaults du vent de la presqu'île. Spectacle haut en couleur, la malienne est entourée d'une troupe également bondissante et dansante avec instruments traditionnels, et avec notamment deux danseuses choristes et percussionnistes, ainsi qu'un autre percussionniste en devant de la scène. Show complet coloré et rythmé. Une réussite.
Nouvelle galette poulet-curry-patates-riz au stand mauricien, les autres stands Pizza, crêperies bretonnes, tajines et couscous... étant trop pris d’assaut pour mon impatience de joindre la scène Kermarrec. Et nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va définitivement pas ensemble ? Ok. Note perso aux organisateurs : svp, ajouter à vos différents stands du nourritures du monde, un bar avec des vins du monde. Quelque soit le prix que vous afficherez, je préfèrerai mille fois un tokay hongrois, un Sidi Braim ou un vin argentin à une bière bio bretonne avec mes tacos ou mes galettes poulets-curry).
Nous voilà face à un autre phénomène bondissant, avec un argentin Axel Krygier véritablement sur ressort. Dès le show passé sur 'On', on ne l'arrêtera plus, et ce n'est pas la panne de sampleur du batteur en début de set, rapidement dépanné, qui le retiendra de sautiller sur place, véritablement électrocuté. Impossible de savoir à quoi il carbure, mais il y a sûrement déjà une bonne dose d'élecro-fusion teintée d'accents sud-américains dans le dosage. La voix et le physique sont surprenants au premier abord, avec un petit côté pop des années 80 et une touche à la Sparks sous douche électrifiée. Heureusement que ses différents instruments (claviers, mini-trompette, ...) l'obligent à rester un tant soit peu à sa place, sinon, allez savoir où ses rythmes electro latino le feraient sautiller ?
La palme du "je suis invité à un festival au bout du monde mais je vous fais un show comme à la télé" est attribué sans conteste à Ben l'Oncle Soul, au professionnalisme impeccable et incontestable, quoique l'on pense de l'aura frénétique qu'il dégage auprès de son fan club venu en masse. Rien à dire, c'est carré, nickel, aucune fausse note ou alors j'ai raté quelque chose. Idem : dès que le show est sur 'On', on ne retient pas le bondissant Ben, à la tenue de scène et aux mimiques tirées à quatre épingle. C'est millimétré. Il y en a pour tout le monde, à gauche à droite, au fond, une posture et un sourire à chaque photographe. C'est pro et indéniablement efficace et les bouchons auditifs distribués par les membres de la sécurité (si, si) ne sont pas pour le niveau sonore de la musique mais plus pour les cris et les chants des fans. Le renfort dont bénéficie Ben l'Oncle Soul composé de ses deux danseurs énergiques et de ses musiciens augmente encore le sentiment de show télévisuel. Non, de show tout court après tout. Respect oblige. Malgré le déluge d'eau qui se déverse finalement sur les festivaliers en fin de concert et le début des sets sur les deux autres scènes dans la foulée. Depuis mon abri dans l'espace presse (sauvegarde du matériel photo oblige), on entend néanmoins les festivaliers crier de joie devant la grande scène aux blagues de Ben au sujet de la pluie.
Mais je crois que je décernerai une palme spéciale à l'étonnante Madjo. Déjà vue dans la petite salle du Passagers Du Zinc à Avignon, Madjo est aussi à l'aise en festival dans un registre plus enflammé et instrumenté que folk et capela intimiste de l'époque. Une générosité assez incroyable et des morceaux transformés à souhait pour l'occasion, au point de ne pas les renconnaître d'emblée. Ses trois compères sont toujours aussi présents, notamment les deux choristes qui utilisent, ici, bien plus leurs intruments (basse, percussions, ...) que sur scène intimiste. Les lumières diffusées renforcent la densité des morceaux. Une artiste également visiblement extrêmement heureuse d'être présente. Public conquis (enfin celui qui arrive à se réfugier de la pluie sous le chapiteau).
Sur la grande scène, ça sent la fin de festival en folie, avec les deux prochaines scènes proposées : celle de la furie punk de Gorgol Bordello, puis celle de Toots and the Maytals pour clore les trois jours. Gorgol Bordello, c'est le grand n'importe quoi festif et multicolore, qui nous ramène aux bons vieux groupes punk ou rock indé à la Mano Negra, avec une profusion de musiciens aux apparences multiconfessionnelles, hautes en couleur et à la multitude de sons et d'influences. L'immobilité a été rayée de leur dictionnaire, ça va et ça vient, chacun y allant de son avancée en devant de scène en un saut et de repartir de plus belles. Rien de tel pour enflammer un public jeune, qui a tenu jusque là, peut-être vécu 72 heures sur le site, sans toucher terre pour certains, et qui sent venir la fin. Ca pogotte un maximum en devant de scène. Le public gentillement mélangé jusqu'à maintenant, commence radicalement à naturellement se stratifier en cercles concentriques depuis le devant de la scène. Mais ça reste bon enfant. Impossible pour moi de me déplacer assez rapidement pour rejoindre la fosse ou l'avant scène pour quelques clichés de près, la densité du public dansant est désormais telle qu'il est difficile de rallier un point à un autre rapidement. J'assisterai donc à la furie Gorgol Bordello de loin, une scène bouillant de lumière et de mouvements désordonnés aux rythmes ska, punk, latino ou dub.
Juste le temps d'un aller-retour vers la scène Kermarrec, à l'autre bout du site, mais cette fois par les allées-organisation qui relient les différents points du festival ; je me vois mal reparcourir le site, en nageant à contre-courant au travers de la foule dense et de fin de soirée, au risque de rater le début de set de la marocaine Sophia Charaï. Ici, c'est une nouvelle dame qui se produit, une autre diva en quelque sorte, tout en grâce, alliant chanson à texte et musique métissée. Les musiciens distillent une très belle musique jazz et orientale sur laquelle évolue Sophia Charaï tout en peps ou en délicatesse selon les morceaux. Une dame souriante, d'une politesse encore une fois étonnante, devant un public également extrêment varié, qui apprécie malgré l'heure tardive de cette fin de festival.
Retour par le même chemin pour rallier la grande scène. Il est 2 heures du matin. C'est à la barre de dynamite Toots and the Maytals que revient l'honneur de clore le festival. L'honneur et la responsabilité également de ne pas faire retomber le soufflet breton après la cuisson au thermostat Gorgol. La pluie a cessé. 2 heures zéro minutes : les musiciens, aux aspects d'ancêtres vénérés de la soul, du reggae et du funk, font leur entrée sur scène sous l'ovation du public. Après la prestation d'une chanteuse dont je mange le nom, visiblement issue du sérail familial, le leader Toots, un bonhomme, un roc, une armoire, un pilier de la soul comme dans les livres, fait son entrée et déchaîne les foules de sa puissance et de son jeu de scène malgré l'âge, lunettes noires sur le nez, gestuelles appuyées, voix chaude et profonde.
Voilà.
Palme d'or décernée à l'organisation, et aux 1550 bénévoles annoncés, pour la réussite de ce festival impressionnant d'organisation et de luxe d'équipements, et pour la programmation. Certains ont pu trouvé la carte un peu en deçà des années précédentes question têtes d'affiche. Personnellement, je resterai plus marqué par les découvertes que par les stars du moment. Remerciements au staff relations-presse, en particulier, pour leur accueil, spéciale dédicace à Marie.
Mention spéciale à la sécurité "en uniforme" pour leur accueil et leur disponibilité. Carton rouge par contre aux escadrons de sécurité en "civil" qui ont joué les cowboys à chaque fin de journée au regard de l'ambiance bon enfant du festival. Tout le monde peut se tromper, mais j'ai vraiment eu le sentiment de provocation gratuite à deux reprises, histoire sans doute qu'ils se réchauffent ou qu'ils se mettent quelque chose sous la dent. L'évacuation d'un jeune en milieu de public en cours du concert de Lavilliers (si, si : pendant le set de Lavilliers !) m'est apparu complètement dispropotionnée.
Il est 3 heures du matin. Je remonte cette fois vers le parking presse à deux pas... je veux bien faire comme tout le monde le reste du festival, mais là, franchement... Je crois que je me fais vieux. Réagir à cette critique |
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Festival du Bout du Monde : Bernard Lavillers & Bonga + Aloe Blacc + AfroCubism + Moriarty + 17 Hippies + I Muvrini + Muchachito Bombo Inffierno + Yael Naim & David Donatien + Systema Solar + Moussu T E Lei Jovents + Hanggai + Professor - 6 août 2011 - Presqu'île de Crozon (critique écrite le 10/08/2011 par Flag) Le Festival du Bout du Monde - Jour 2
Deuxième journée de festival, avec une amplitude d'horaires plus large que la première journée. Aujourd'hui et demain, ce sera 15h00 - 3h00, contrairement à la veille avec 16h00 - 2h00. Va falloir s'armer de motivation pour tenir sur la longueur ! Sans .../...
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Le Festival du Bout du Monde - Jour 2
Deuxième journée de festival, avec une amplitude d'horaires plus large que la première journée. Aujourd'hui et demain, ce sera 15h00 - 3h00, contrairement à la veille avec 16h00 - 2h00. Va falloir s'armer de motivation pour tenir sur la longueur ! Sans compter que tout le monde flippe un peu. La pluie s'est invitée dans la nuit et n'a pas cessé de la matinée. On redoute ou on s'amuse à l'avance du pire : les incontournables images de festival sous la pluie et dans la boue...
Mais petit miracle, la pluie cesse une demie heure avant le début de festival, avec les Moussu T e lei Jovents. Hâte de les voir se produire à l'autre bout du monde, habitué de les voir en "terrain conquis" dans le Sud. On ne pourra s'empêcher de penser que la gouaille des deux leaders du groupe et leur musique chantante auront amené le soleil sur la scène Kermarrec, ce dont ils joueront bien entendu. Musique entraînante, déconnades et mini scketches de transition au fort accent marseillais, même en début d'après midi, cela prend sans mal, d'autant que quelques fans du Sud ont visiblement fait le déplacement avec force T-Shirts à l’effigie du groupe et banderoles proposant une variation sur thème du traditionnel slogan "Empêche-moi" du groupe : "Empêche moi d'être au Bout du Monde !". Les pannes en cascade lors de le leur seconde prestation dans l'après-midi n'entameront en rien leur énergie et leur bonne humeur : quand on ne peut pas jouer avec les instruments, jouons avec le public !
A l'autre bout du Bout du Monde, la très couronnée Yael Naim accompagnée de David Donatien s'installe derrière son piano sur la grande scène Landaoudec. Je redoute déjà un concert calme avec une chanteuse gentillement assise derrière son clavier, belle robe de fiançailles blanche et coiffure soignée. Et bien ce sera tout le contraire. Dès le second morceau, la chanteuse se lève et se met à virevolter sur scène. Sur Come Home, la voilà qui va et vient, dansant et sautillant, défaisant sa coiffure pour faire voler sa chevelure.On en croit pas ses yeux. Yael Naim est visiblement très heureuse d'être présente. Je comprendrais plus tard, qu'elle et son compère David Donatien fêtaient en quelque sorte leur fin de tournée, ici même. Énergie communicative. Public conquis.
Rendez-Vous manqué par contre sous le chapiteau cabaret, avec la pourtant très attendue Carte Blanche accordée au groupe Moriarty. Je ne sais pas à trop à quoi je m'attendais à la lecture de la programmation, mais autant le dire, pas à ça. Arrivé en avance pendant les balances, je m'attends au meilleur. On a offert à Moriarty de transporter leur salon ici, sur scène, ce qu'ils ont fait : canapés, chaises, tables, apéro, tous les membres sont confortablement installés, accompagnés de leurs invités pour l'occasion, le groupe suisse Mama Rosin et la britannique Lail Arad. Début de set, présentation par Rosemary du concept, et voilà l'ensemble des membres installés à voir se produire Lail Arad sur 3 premiers morceaux seule.
C'est tout à l'honneur des franco-américains de laisser la primeure à la britannique faussement ingénue, mais à la folk impeccable et à l'assurance sur scène. Belle performance quoique naturellement figée au micro et guitare à la main. S'ensuit le cajun aussi impeccable et entraînant des suisses Mama Rosin, et une reprise de Rolling on the River avec Moriarty au grand complet, coincée sur cette finalement trop petit scène. Mais 45 minutes moins 3 morceaux de Lail Arad solo, et un concert très attendu d'Afrocubism qui doit démarrer dans la foulée sur la grande scène, ça ne laisse plus beaucoup de place à ce qui devrait être le fil rouge de la journée, sur cette scène et ce chapiteau cabaret qui apparaissent au final bien trop étroits pour accueillir tout le public impatient comme moi de voir ce moment tant attendu. Photos uniquement autorisées sur les trois premiers morceaux. Et donc pas d'images de la Carte Blanche avec l'ensemble des invités sur scène. C'est un choix ; mais ce ne sera pas la contrainte la plus étonnante, on le verra le lendemain...
L'une des plus belles révélations sera au final Afrocubism. Le mix de musique cubaine et malienne est un mélange détonnant, a priori impensable, mais qui donne un mariage unique et très réussi, tant dans la sonorité que dans le visuel : sur scène, costumes colorés et instruments traditionnels du mali, alliés aux chapeaux, maracas et guitare cubaines donnent un résultat fantastique à voir et une musique très dansante. Le public est plus que conquis. A en croire les échos, Afrocubism aurait été l'une des meilleurs ventes au stand de CD des artistes du festival installé sur le site.
Sous le chapiteau, après des balances ultra pointilleuses, Professor s'élance sur scène accompagné de ce qui me semble être des pointures en matière musique reggae. Harrison Stafford sorti tout droit de Groudation semble un peu loin de ses compères sur scène, mais c'est pour mieux le laisser aller et venir, dansant d'un pied sur l'autre, au rythme de son jeu de guitare. Loin d'être une de mes musiques de prédilection, on perçoit cependant un jeu très complexe et fin qui dépasse le "simple" reggae, avec de subtiles influences variées que j'aurais du mal à définir sans me tromper dans cet univers musical qui m'est étranger, contrairement au public encore une fois trop nombreux pour ce trop petit chapiteau. Mais c'est très efficace, Le Professor charismatique est impeccable. Les musiciens ont des "gueules" et des attitudes comme on en rêve. Moment d'antologie.
Changement radical de décors et de contexte, avec I Muvrini qui prend place sur la grande scène. Je me garderai bien de plaisanter sur eux, car on ne plaisante pas avec les corses, comme on ne plaisante visiblement pas avec les fans de l'Ile de Beauté qui se sont frayés un chemin jusqu'aux barrières de protection... Début de concert très solennel alternant les traditionnels chants polyphoniques sur fond de note de synthé dramatique maintenue et envolées plus lyriques et chantantes. C'est droit comme un I et beaucoup moins colorés qu'Afrocubism (...), mais quand même plus que le Louis Chedid le lendemain, c'est dire. Le souriant leader charismatique usera des transitions parlées entre les morceaux, sur ton poético-politique, rappelant à juste titre que les bouts du monde ne sont pas forcément les plus éloignés, les découvertes et les richesses culturelles étant parfois à nos portes, pour peu qu'on prenne la peine de les chercher et les écouter, discours prenant une résonance particulière, ici, en Bretagne. On aime ou pas, mais reconnaissons l'efficacité d'I Muvrini et leur place entière et légitime dans la palette du festival du Bout du Monde.
Une deuxième piqure de rappel des Moussu T lors de leur seconde prestation, un arrêt pour déguster (assis cette fois) une gallette-poulet-curry-riz au stand mauricien et un nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va toujours pas ensemble ?) me feront manquer les 17 hippies qui rencontreront un beau succès sous chapiteau, d'après les échos.
Nous voilà à la nuit tombée avec l'autre pointure du festival, Bernard Lavilliers. Un stéphanois très mobile et félin comme je pourrai le lire ici et là, et c'est effectivement le cas. Belle présence sur scène, avec des incontournables reprises de désormais tubes de la chanson française teintée de couleur et de voyage. Voyage et engagement politique seront le fil conducteur du concert avec un discours très radical dans les transitions, un Lavilliers se revendicant Stéphane Hessel avant l'heure sur Identité Nationale, un félin lançant quelques coups de griffes au passage aux hommes et femmes politiques du moment, allant d'Eric Besson à Marine Le Pen, la prétendue blondeur qui rassure (...).
Bien entendu, j'imiterai la presse locale, en n'évoquant pas la palme des boulettes, décernée à notre Bernard national, accueillant son ami angolais Bonga pour un duo sur le septième ou huitième morceaux (mais autorise le retour des photographes sur ce morceau, ce ce qui est tout à son honneur), avec une chanson que j'ai écrite spécialement en son honneur mais qui oublie les paroles. Vite, claquement de doigts à destination d'un assistant qui accoure sur scène en plein morceau pour retrouver la bonne page sur le pupitre. Non, promis, je n'en parlerai pas.
Vous voulez de l'originalité et de la découverte au festival du Bout du Monde ? La palme de la surprise est donc accordé au phénoménal Hanggai, groupe qualifié de rock-punk-fusion-traditionnel de Mongolie. Difficile de décrire précisément ce à quoi on assiste en écoutant et voyant Hanggai, mais c'est réellement une expérience unique et très loin d'être désagréable. Les tenues et les attitudes des musiciens sont déjà un spectacle en soi, et le mélange sonorités traditionnelles et punk-rock est curieux, avec ce leader sous l'apparence d'une brute épaisse en carapace de cuir cloutée, et sur sur certains morceaux une base de voix profonde et gutturale venue de je ne sais où (j'aurais du mal à comprendre lequel des musiciens produisait cette voix-là). Un régal pour le photographe. Un régal pour le curieux de musique du monde. Une découverte très étonnante.
Je terminerai la soirée un peu en avance sur Aloe Blacc sur la grande scène. Efficacité est le maître mot du set. Un véritable show millimétré. Une soul impeccable et très accrocheuse avec un leader très mobile et qui fait le spectacle à lui tout seul, outre la présence d'un ensemble de musiciens percutants ; une collection de costumes de trois pièces déversant une musique comme on les aime dans la soul music. Classe et efficace. Il est 2 heures du matin je remonte jusqu'au... 17ème parking. Je vais me coucher.
(plus de photos prochainement) Réagir à cette critique |
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Festival du Bout du Monde : Fanfare Ciocarlia + Moriarty + Staff Benda Bilili + Marcio Faraco + Gaetan Roussel + Jehro + Katzenjammer + Catherine Ringer - 5 août 2011 - Presqu'île de Crozon (critique écrite le 10/08/2011 par Flag) Le Festival du Bout du Monde - Jour 1
A peine quitte-t-on la terre ferme (enfin, la terre intérieure), cap plein Ouest, longeant les méandres de l'Aulne, franchissant le superbe pont de Trézéné flambant neuf après avoir laissé sur notre droite le cimetière à bateaux, nous voilà nous engageant sur .../...
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Le Festival du Bout du Monde - Jour 1
A peine quitte-t-on la terre ferme (enfin, la terre intérieure), cap plein Ouest, longeant les méandres de l'Aulne, franchissant le superbe pont de Trézéné flambant neuf après avoir laissé sur notre droite le cimetière à bateaux, nous voilà nous engageant sur la presqu'ile de Crozon. Sur cette épaulement de terre qui relie Crozon-Morgat, et plus loin Camaret, à la terre ferme, des bras de mer, à gauche et à droite. On devine Brest au loin sur l'autre rive. Par beau temps on aperçoit les deux autres pointes du Finistère, Le Raz au Sud et Saint-Mathieu au nord. Devant nous, à l'Ouest, l'océan immense.
Le décors est planté. Nous voilà au bout du monde. Plus loin, ce sont les îles, Ouessant, Sein, Molène. Et après, la flotte.
Le festival du Bout du Monde est planté là, sur la presqu'île de CroZon, à deux pas de l'Ile Longue et de sa base de sous-marins nucléaires (on se sent en sécurité ... quoique les affiches de prévention dans le camping nous informant des consignes en cas d'accident nucléaire font froid dans le dos : rester à l'abri. Quand on est en toile de tente...).
Le site du festival, réparti sur 110 champs et propriétés privées est impressionnant par son ampleur, son luxe d'équipements et d'organisation. On ne le redira jamais assez au cours de ces trois jours, au BDM (festival du Bout du Monde), c'est la presqu'île dans la presqu'île, un festival à taille humaine. Aucun sentiment d'oppression ou de marée humaine malgré les 20 000 personnes affichées chaque journée (excepté sur le tout devant des scènes bien entendu), malgré sa vingtaine de parkings entourant le site et reliés par un même cordon piéton, malgré son site de camping libre rapidement plein. Certains pourront regretter cet aspect "propret". Il n'empêche que vous y croiserez des mères de famille et des personnes âgées, des jeunes bretons (éventuellement passablement éméchés et dénudés) et des touristes en shorts, chacun y trouvant semble-t-il son compte.
Le site même des concerts rassemble 3 scènes, la scène principale Landaoudec, une seconde sous chapiteau dit "cabaret" (il faudra qu'on m'explique la notion de "cabaret") et une troisième, la scène Kermarrec, bien plus confidentielle par la taille de l'espace pouvant accueillir le public, au détriment on le verra de certains artistes qui s'y produiront. Les artistes programmés sur ces deux dernières scènes se produisent cependant deux fois dans la journée, de manière à ce que le public ait le temps de butiner ici et là, ce qui est appréciable, compte tenu du nombre d'artistes proposés et du timing extrêmement serré, mais respecté assez rigoureusement : les sets sur les grandes scènes durent 1h15, puis changement de plateau de 45mn durant lesquelles deux autres artistes ou groupes se produisent sur les deux autres scènes.
Impossible donc de tout voir et de tout écouter de manière exhaustive (ce qui sera malheureusement mon cas), mais il est possible de se faire une bonne idée de toutes les scènes assez facilement pour qui aime naviguer (et marcher!).
Programmation (très) éclectique, à l'image des norvégiennes Katzenjammer et leur pop-folk festive. Les quatre demoiselles (très) court vêtues balancent une musique débridées, instruments fabrication maison, banjo ou piano son cabaret. C'est déjanté, marrant, ça ne se prend pas au sérieux. Les voix font un peu dans le style "cuisinier suédois", mais c'est entraînant et ça donne tout de suite le ton à l'entrée du festival, à la suite du son de la fanfare CioCarlia que j'entendrai malheureusement que de loin, le temps de remonter les parkings et de passer la sécurité.
Dans la foulée, montée sur scène des invités de marque du festival. Le groupe franco-américain Moriarty toujours aussi coloré, souriant et haut en sonorités. Début de set un peu coincé cependant, avec une RoseMary qui cherche visiblement ses marques. Le public aussi. Mais les premières notes des désormais standards Private Lily et Jimmy mettront le feu aux poudres et dérideront tout le monde, groupe et public. Idem pour le plus récent Isabella, (dédicacé à un certain Mister Bigoudène qui circule dans le public avec une coiffe traditionnelle miniature, et un reste de tenue moins... conventionnel). Invitée oblige, Rosemary nous fera le cadeau d'un changement de tenue en cours de set, avec une superbe robe rouge, alors que le soleil inonde la scène de sa lumière rasante. Set conventionnel dans l'ensemble mais très efficace pour une entrée en la matière.
Je délaisse à mon grand regret la fin de set de Moriarty pour faire un saut au chapiteau cabaret sous lequel s'installe l'autre américain Bernard Allison. Blues-rock débridé et entraînant, avec en prime un défilé d'attitudes et de faciès fantastiques de ce bluesman impressionnant et à la présence envoûtante. Un sax extrêmement présent l'accompagne entre autre. Au devant du public, visiblement plusieurs fans, réagissant aux moindres des morceaux.
Pas le temps de s'attarder et de déguster ce blues, le temps de déguster quelques tacos au stand mexicain et une nouvelle bière bio bretonne (comment ça, ça va pas ensemble ?) à l'un des innombrables points d'eau du site (oui, c'est très aride comme région), que le Staff Benda Bilili du Congo s'est déjà lancé sur la grande scène devant un très nombreux public. Leur musique étonnante de bonheur et de mixité de styles (soul, funk, reggae et plusieurs autres ingrédients) nous fait oublier le handicap de plusieurs de ses membres. Leur joie est communicative. Voir les membres danser sur leurs béquilles ou avec leur chaise donne envie de bouger. Une politesse et une communion avec le public réellement étonnantes, le groupe étant visiblement très heureux d'être présent (leitmotiv des groupes originaires d'Afrique, notons-le).
Une ambiance bien plus calme prend place sous le chapiteau avec le brésilien Marcio Faraco. Pas d'effusion ici ni d'énergie débordante, mais une musique bien plus intimiste, mêlant jazz et bossa nova, avec des guitaristes assez incroyables, au jeu tout en finesse et subtilité soulignant la belle voix chaude du chanteur. Le set sous chapiteau renforce le sentiment de concert intimiste et "d'ailleurs". Ca chaloupe pas mal dans le public, une vraie vague dansante. La chaleur est montée d'un cran aux sonorités brésiliennes.
Pendant ce temps une foule transgénérationelle s'agglutine au devant de la scène Landaoudec. Une Catherine Ringer visiblement très attendue se lance au milieu de l'ovation. Une claque donnée par Madame Ringer sera définitivement une claque reçue avec bonheur. Impressionnante de présence sur scène, avec cette éternelle souplesse (!), à l'image du second morceau, Punk 103, au jeu de scène énergique. Souplesse, également, mais cette fois en ce qui concerne le grand écart entre nouveau virage pris par la chanteuse et incontournables références aux Rita. Grand écart qui frustrera naturellement les uns ou les autres, à en entendre les échos ici ou là. Il faudra cependant un jour ou l'autre donner à Catherine Ringer la liberté de sa toute nouvelle direction artistique, au risque de la condamner à de l'éternelle et impossible redite. En ce qui me concerne, un très très bon concert, si ce n'est les transitions aux discours un peu plan-plan. J'adhère pleinement au titre d'un quotidien local : "Pas très Rita, mais 100% Ringer!".
Virage à 180 degrés avant la fin du set de Catherine Ringer pour atteindre la scène Kermarrec où Jehro a visiblement hâte de s'élancer, accompagné de ses musiciens et d'une choriste à la bonne humeur et au rythme communicatifs. Beaucoup d'envie et d'énergie, une belle voix claire, beaucoup de rythme pour cette pop alliant reggae et calypso, que l'incident de début de set où l'une des cordes de sa guitare casse n'entamera en rien. Un set très coloré et un public extrêment nombreux sur l'espace Kermarrec où il maquera visiblement de place pour acceuillir tout le monde : ça s'agglutine de partout, dans le fond, sur les bords, sur les talus, tout le monde se presse pour participer au concert de Jehro où visiblement, sa notoriété l'a devancé.

Fin de première journée, avec sur la grande scène, un Gaëtan Roussel pas à son meilleur. Même si ce qu'il propose n'est pas franchement mon style, son concert à Avignon m'avait donné l'impression de plus d'énergie, de dynamisme et surtout de variation dans le set. Ici, Gaëtan Roussel et son team semble jouer (abuser) des prolongations sur certains de ses morceaux les plus "electro-pop", avec des mises en boucles interminables, sur 3 accords et 4 paroles franglaises au phrasé habituel mais poussé ici à l'excès, et sur rythme de boite de nuit allant crescendo. Ca va cinq minutes, c'est sans doute efficace en fin de soirée, mais ça me laisse un sentiment de rengaine, de facilité et d'inachevé. Il fallait une tête d'affiche française énergique dans la programmation. Voilà c'est fait. Une très bonne fin de soirée sans doute pour les adeptes de Roussel (quoique), peut-être un peu moins pour les adeptes du Bout du Monde, qui attendront les deux autres fin de journées pour se rattraper avec des choses plus variées et originales ? Il est 2 heures, je remonte les 10 parkings à pied : je vais me coucher !
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