Du 27 au 29 Mai - Hyères (83) Festival autour de l'Anche, une lamelle taillée dans la canne de Provence, particulièrement fine à l’une de ses extrémités, destinée à la musique. Elle est indispensable à plusieurs familles d’instruments à vents telles que celle de la clarinette et du saxophone (anches simples placées sur le bec), du basson et du hautbois (anches doubles placées à l’embouchure) ou encore au biniou breton, au launeddas sarde, à la cornemuse et aux instruments artisanaux ou anciens tels que la bombarde ou le chalumeau.
Présentation complète : Pour cette 12 ème édition du Festival de l'Anche , c'est un bel épanouissement de l'action que nous avons menée depuis l'an 2000: comme une canne qui fleurit, qui mûrit...
La parution d'un livre d'art, de poésie et d'images sur la Canne de Provence; puis un film documentaire, un hymne à l'anche, tourné en pays varois; enfin une magnifique exposition de photos sur les grilles du musée de la ville d'Hyères...
Viendront toutes les vibrations que nous apportera cette édition 2011: elles rassemblent dans un même élan producteurs, fabricants, calligraphes et musiciens pour un salon sans équivalent, une rencontre exceptionnelle de la Culture et de l'Agriculture...
Au gré des visites dans les plantations, des ateliers, des démonstrations des fabricants, des concerts sur le site d'Olbia ou pour "Jazz dans les Canniers", nos amis visiteurs seront au plus prés de cette nature de la Canne de Provence et de cette magie de l'anche.
Car c'est bien de la magie que de voir cette mauvaise herbe passer de l'état de fibre naturelle "élémentaire", à celui de lamelle vibrante de haute technicité, exceptionnelle et indispensable pour la production du son des instruments à anche!
Nous partagerons donc avec bonheur ces vibrations, ce mystère, cette poésie, la musique, et cet improbable destin de la Canne de Provence.
Dès le matin du samedi dans les ruelles et autour du marché, une petite fanfare claironne aux passants que ce week-end est celui du Festival de l’Anche.
La ville s’appelle Hyères-les-Palmiers mais c’est un autre végétal, la canne, qui y est à l’honneur en ce samedi printanier. Beaucoup moins esthétique mais tellement plus utile ! Le hall du Forum du Casino nous le rappelle avec des panneaux pédagogiques, et les exposants de tout poil sont là pour nous vanter les différentes utilités de cette mauvaise herbe. Vannerie, calligraphie et musique. Un éventail impressionnant d’anches de saxophones, de clarinettes et autres instruments à vent est exposé. Les facteurs d’instruments en profitent pour exhiber leurs créations, certaines d’une rare beauté.
Passée la porte du hall, nous voilà dans une spatieuse et lumineuse salle où vont se succéder un discours inaugural, même si le festival a débuté la veille, les petits fours qui vont avec et surtout quatre sets dans lesquels l’anche sera toujours à l’honneur.
11h30 : Djalamichto Quartet
En attendant le discours, voilà du jazz manouche. Deux ans après leur victoire au tremplin du Nice Jazz Festival 2009, le quintet est devenu quartet. Le violon a disparu, pas le duo de guitare. Exit la référence à Grappelli donc, mais celle à Django demeure plus que jamais tant ce qu’expriment les guitares est frais, sautillant et joliment rythmé par le swing émanant de la contrebasse.
La seule anche de ce set est dissimulée dans la clarinette d’un nommé Portal, prénom Fred. Son propos à lui est le plus souvent bien plus guilleret que celui de son illustre homonyme mais il sait aussi le rendre enchanteur sur les titres où la tendresse est de mise comme Jardin Secret…
Le public adhère, si bien qu’il est déçu de voir arriver aussi vite l’heure de l’apéro à moins que ce ne soit celle des discours. Ceux-ci seront "brefs" et Djalamichto entamera un second set d’une bonne demi-heure.
La partie du public réceptive l’appréciera en dépit du bruit de fond créé par les malotrus qui parlent la bouche pleine. Les compositions originales n’ont rien à envier aux reprises si ce n’est la nostalgie qui accompagne ces dernières. Certaines demandes seront exhaucées parmi lesquelles Minor Swing agrémenté de divers clins d’yeux musicaux.
Djalamichto Quartet : Fred Lacroix : contrebasse / Laurent Rinn & Nicolas Saibene : guitare / Fred Portal : clarinette.
14h00 : Quintette à Vent Mistral
Moi, chroniquer de la musique classique ? Pourquoi pas après tout ? Valérie Pécresse a bien été Ministre de l’Enseignement Supérieur… Les premières pièces sont courtes et enlevées, on est transporté quatre siècles en arrière, à la cour du roi Louis XIV.
Ce sont les Danses Antiques de Ferenc Farkas, nous explique Yves Dutheil, le basson. Ici, tous les instruments sont à vent : clarinette, basson, hautbois, cor et flûte. Puis ils jouent un divertimento d’un dénommé Mozart en trois mouvements que le public applaudit trois fois et un truc de la cour du Roi René applaudi cinq fois. Les explications sont étrangement déclamées, genre pub pour la moutarde Maille… La musique est populaire, légère et enlevée. Plus populaire encore est la suite du set où il est question d’un toréador puis d'un subtil enchainement de comptines, les plus célébrissimes qui soient.
Moi, chroniquer de la musique traditionnelle occitane ? Pourquoi pas après tout ? Laurent Wauquier est bien Ministre de l’Enseignement Supérieur. En plus j’ai appris un truc : les accordéons diatoniques sont bourrés d’anches.
Ce quartet en possède deux qui expriment davantage la gaieté que leurs utilisateurs sérieusement concentrés sur leur partition. La musique donne envie de donner la main à sa voisine et d’entamer une farandole à travers tout le forum. Car au centre de la scène, le multi-intrumentiste Miqueu Tournan est un personnage : son chant occitan, sa cornemuse, sa flûte, son galoubet, ses originales percussions sont mis au service de la transmission du patrimoine.
Bourrées à deux ou trois temps, danse du Poitou, chanson occitane, gavotte, tout ce qui se danse avec des gros sabots de bois est à leur répertoire. Quel plaisir d’entendre ces sonorités d’un autre âge…
Rivatge da Trelutz : Florian Mesureux : flûte et tambourin, percussions / Miqueu Tournan : multi-intrumentiste, chant / Alain Deliers et Michelle Marzullo : accordéons diatoniques.
16h30 : Harmonia Orchestra ESA
Moi, chroniquer un orchestre philharmonique ? Pourquoi pas après tout ? Valérie Pécresse est bien Ministre du Budget. Et puis c’est aussi pour la bonne cause. Un stand de la Croix Rouge est présent sur le Festival qui affiche sa solidarité envers le peuple japonais. 35 élèves de l’ESA se sont déplacés du pays du soleil levant pour l’occasion. L’E.S.A., c’est l’Education Social Academy d’Osaka. Le chef d’orchestre qui les dirige, Yves Cayrol est français tout comme les deux solistes qui vont illuminer le set.
Le premier d’entre eux est Jérôme Laran aux saxophones alto et soprano sur un merveilleux concertino écrit par un compositeur japonais – qui a dû beaucoup écouter de Bach - présent dans la salle et copieusement applaudi. Un compositeur lyonnais - qui a dû beaucoup écouter Le Lac Des Cygnes - est ensuite mis à l’honneur. L’ensemble est d’une précision millimétrique, une grosse trentaine d’instruments qui jouent à l’unisson, ça ne peut laisser votre échine indifférente.
Sur un corcertino méconnu d’un Allemand du même métal intervient le second soliste, Gilles Swierc. Il est clarinettiste et son instrument exprime maintes émotions de la plus feutrée à la plus énergique.
Un autre compositeur japonais, également dans la salle, est honoré. Là encore, la partition est très "européenne". La série de concerts au forum se termine sur une suite de morceaux légers du compositeur Américain Leroy Anderson dont certains nous semblent familiers. Triomphe.
Les spectateurs sont debout et les salves d’applaudissements intarissables peut-être en partie pour la leçon de vie que viennent de nous donner ces jeunes gens talentueux, souriants et entousiastes malgré le drame qui frappe leur pays. Certains viennent poser devant les appareils dont ils reconnaissent évidemment la marque.
Harmonia Orchestra ESA : De gauche à droite : non, je blague.
C’est terminé au forum mais une navette nous attend devant la porte pour nous emmener sur le site archéologique d’Olbia.
18h30 Site Archéologique d’Olbia : Didier Labbé Quartet ‘Bazar Kumpanya’
Comment ne pas être inspiré en un tel lieu ? Le Didier Labbé Quartet était l’une des raisons de ma venue ici. Je revois avec plaisir Laurent Guitton, tubaïste déjà apprécié dans le Vrak’Trio. Lui et Didier Labbé ne sont pas les seuls souffleurs : Recep Sirlioglu arrive tout fraîchement d’Istanbul avec sa zurna, petit instrument à vent. Il est l’un des deux invités turcs avec Cem Varveren à l’électro-saz, instrument à cordes de Turquie également.
Des sonorités épicées vont donc chatouiller nos oreilles une heure et quart durant. Elles seront aussi le fait de l’accordéon de Grégory Daltin, du soprano courbe et de la flûte traversière de Didier Labbé. L’ensemble crée une atmosphère propice à l’évasion et les six musiciens nous montrent la voie par leur engagement.
Que ce soit Turk’n’Roll, un "rock’n roll turc", que ce soit sur un morceau traditionnel de la péninsule ou sur le dansant Harmandali, énergie et maîtrise instrumentale s’additionnent. Les yeux des musiciens se ferment mécaniquement pour trouver l’inspiration, les nôtres sciemment pour participer au voyage.
Voyage merveilleusement parachevé par deux étapes aussi belles que différentes : le coolissime Yakamoz - en Turc, cela signifie "le reflet du rayon de la lune sur le Bosphore" - et Yüsek Tepeler qui nous emmène dans les hautes montagnes.
Le festival est terminé pour moi mais se poursuivra à 21h00 avec Clarivar (musique classique au Théâtre Denis) puis toute la journée du dimanche avec cinq animations dont le traditionnel et symbolique "Jazz dans les canniers" et le seul concert payant du week-end, un hommage à Marc Fontana par l’Orchestre Symphonique d’Hyères. Car en plus d’être magistralement organisé, tout cela était gratuit.
James Farm (Festival de l'Anche Jour 1) - 27 mai 2011 - Auditorium du Casino des Palmiers - Hyères (critique écrite le 07/07/2011 par Mcyavell) Le Festival de l’Anche a été fondé en 2000 en hommage à la canne de Provence dans laquelle est taillée l’anche. Michel Pellegrino, fondateur du festival, nous parle de la symbolique de ce mystérieux végétal : tout autour de la Méditerranée, elle a permis à la fois à des civilisations de s’épanouir à .../...
Le Festival de l’Anche a été fondé en 2000 en hommage à la canne de Provence dans laquelle est taillée l’anche. Michel Pellegrino, fondateur du festival, nous parle de la symbolique de ce mystérieux végétal : tout autour de la Méditerranée, elle a permis à la fois à des civilisations de s’épanouir à l’agriculture, à l’écriture, au dessin et bien sûr à la musique.
Le concert d’ouverture propose année après année une fort belle affiche et cette édition ne déroge pas à la règle : si le nom James Farm ne vous dit rien, il n’en sera sans doute pas de même pour ceux des musiciens qui composent ce quartet : Joshua Redman (saxophone) et Eric Harland (batterie) figurent parmi les meilleurs jazzmen actuels. Je découvre ce soir l’excellent Aaron Parks au piano et Matt Penman à la contrebasse.
Comme s’ils voulaient offrir un catalogue de l’étendue de leur œuvre, ils nous proposent trois premières pièces fort différentes.
La première au thème mélodieux, 1981, tirée de leur unique album à ce jour, sorti voilà seulement un mois, James Farm. L’originalité vient des ruptures qui l’émaillent, amorcées par le saxophone. De quoi surprendre l’auditeur mais pas les partenaires qui, non contents de suivre, participent à l’inventivité et l’accroissent. Le son de la contrebasse est alors trop optimisé à mon goût, mais l’ingé-son rectifie assez vite le tir.
La deuxième pièce, moins mélodieuse, répétitive, percutante, If By Air, nous annonce que le quartet met le mot jazz au pluriel. Piano et saxophones s’expriment divinement sur de longues plages solo et j’ai alors la sensation d’une simple addition de talents, sans véritable liant. Mais l’osmose entre les quatre se construit peu à peu pour un final éblouissant.
Ma femme est présente et préfère de loin la troisième, le suavement divin Star Crossed, ses soli successifs et rivalisant de quiétude : contrebasse, piano. Le pari était facile : le saxophone/tempête de Joshua Redman vient y semer un prodigieux grain de folie avant un relaxant retour au calme.
La promo du disque qu’ils dédicaceront dans le hall du Casino des Palmiers est bien faite. Ils la peaufinent avec quatre autres titres. Coax, Chronos et le morceau final peuvent se ranger dans la catégorie 2, Polliwog dans la 1, Bijou dans la 3.
La créativité d’Eric Harland et Aaron Parks est allée croissant au fil des minutes. Et que dire de celle de Joshua Redman, au summum dès le premier solo et exceptionnel à plusieurs reprises notamment sur le final de Chronos.
Le festival se poursuivra le lendemain en plusieurs lieux de la ville. Le compte-rendu du jour 2 - entièrement gratuit comme chaque année - ici…
James Farm : Aaron Parks : piano / Matt Penman : contrebasse / Joshua Redman : saxophones ténor et soprano / Eric Harland : batterie.
Manu Dibango - 29 mai 2009 - Auditorium du Casino des Palmiers - Hyères (Festival de l'An (critique écrite le 02/06/2009 par Mcyavell) C’est fou le nombre de festivals de la région qui viennent de fêter leur dixième édition : festivals musicaux comme Marsatac, le Festival de Big Band de Pertuis, Prog’Sud aux Pennes-Mirabeau, ou laissant une part non négligeable à la musique comme le Festival International du Film à Aubagne, les .../...
C’est fou le nombre de festivals de la région qui viennent de fêter leur dixième édition : festivals musicaux comme Marsatac, le Festival de Big Band de Pertuis, Prog’Sud aux Pennes-Mirabeau, ou laissant une part non négligeable à la musique comme le Festival International du Film à Aubagne, les Correspondances de Manosque… A croire que le mistral à la fin du siècle dernier a soufflé quelques bonnes idées aux bonnes personnes. Ici, c’est dans les champs de cannes qu’il a soufflé. Cette canne varoise avec laquelle sont fabriquées les anches du monde entier. Alors l’idée d’un festival a germé dans l’esprit de Michel Pellegrino. Et depuis dix ans, saxophonistes et clarinettistes se donnent rendez-vous à Hyères pendant un week-end.
Ouverture ce soir avec le seul concert payant (16 euros) de ces trois jours. Manu Dibango et le Soul Makossa Gang affichent complet mais des sièges restent curieusement vides dans la partie invités. Le trait d’humour de l’organisateur : "Dire que certains restent les mains sur les hanches pendant que d’autres font vibrer les anches" était-il destiné aux invités absents ?
Les spectateurs présents en ont eu pour leur argent. Dans le répertoire proposé, il y en avait pour tous les goûts. Ceux qui aiment la variété africaine ont été les plus gâtés. Ce n’est pas du tout ce que je préfère chez le saxophoniste mais l’orchestration sans faille a (presque) fait passer la pilule. Le Soul Makossa Gang, composé de 6 musiciens et une chanteuse (Valérie Ekoumé) passe du funk au makossa avec le même enthousiasme. Mais ce n’est pas mon truc, pas plus que Malaïka, une reprise de Miriam Makeba, alors je passe rapidement. J’apprécie toutefois le saxophone toujours présent de Manu et ses duos avec Jonathan Handelsman. Le saxo, c’est pour ça que je suis venu après tout. De temps en temps, Jonathan troque le sien contre une flûte et c’est plaisant aussi.
Mais surtout, il joue à deux reprises le rôle de Sidney Bechet dans les parties jazz, trop rares à mon goût : deux reprises en tout et pour tout du clarinettiste de la Nouvelle-Orleans "à l’occasion du centenaire de sa naissance" nous dit Manu (vérification faite, ça fait 102 ans). La première, Really The Blues composée alors que Manu Dibango n’avait que 5 ans. La seconde, must parmi les musts, Dans Les Rues D’Antibes. Des œuvres intemporelles, les orchestrations de ce soir en sont la preuve.
Le "safari musical" continue et la fin du concert est longue pour moi. Mais les acclamations après des titres comme Weya Mouna et Mangabolo montrent que c’est cette partie du répertoire que le public est venu chercher.
A la fin de Soul Makossa, Conti Bilong (batterie) et surtout Guy Nwogang (percussions) montrent l’étendue de leur talent dans deux solos consécutif. Le second pousse la fantaisie jusqu’à frapper ses peaux en gardant une bouteille d’eau en équilibre sur la tête.
Manu a largement eu le temps de se reposer et revient pour le rappel arpenter la scène seul avec son saxophone. Il nous offre une version très jazzy tout en nuances de L’Hymne A l’Amour d’Edith Piaf.
Un mot sur l’étrange éclairage qui a laissé comme un voile de fumée devant les musiciens pendant toute la soirée.
Ma mauvaise organisation cette année m’empêchera de revenir pour les deux jours suivants et je le regrette. Benny Golson dans les canniers, dimanche soir, ça devait être quelque chose !
Setlist : Mouvement Ewondo / Really The Blues / Big Blow / Bolingo City / Dans Les Rues D’Antibes / Malaïka / Weya Mouna / Mangabolo / Soul Makossa
Rappel : L’Hymne A L’Amour