Défricheur et audacieux depuis ses débuts il y a quatre ans, le festival
Super Mon Amour ! - dont l'édition 2011 était organisée à la Gaîté Lyrique à Paris, mais aussi à l'Olympic à Nantes et au Grand Mix à Tourcoing - a confirmé son sérieux penchant pour les belles découvertes de tout jeunes groupes et les confirmations réjouissantes du statut d'ovni musical de certains artistes... Petits comptes rendus des soirées des 7 et 9 avril à la flambant neuve Gaité Lyrique avec
Baths, Factory Floor, Dan Deacon, Lower Dens et
Deerhunter :
Baths
Jeudi 7 avril 2011. Le temps de découvrir les locaux high tech de la Gaîté Lyrique, " le nouveau lieu parisien des cultures numériques et de la musique actuelle ", un établissement culturel de la Ville de Paris comme Le 104, et le concert de
Baths commence déjà dans la grande salle de concerts, un cube un peu aseptisé mais recouvert d'écrans géants sur tous les murs (sauf au fond de la salle)... La climatisation est déjà en panne, la scène semble un peu basse et il faut avoir fait quelques séances de musculation pour réussir à ouvrir les portes sans effort, mais l'accueil est sympa (on peut même sortir dans la rue pour prendre l'air... ) et l'endroit est idéal pour communier avec un artiste.
Baths et son mélange entre électro pop onirique et bidouillages synthétiques bruitistes ne se prive pas pour en profiter ! Iil torture ses machines infernales d'une épatante manière, aussi démonstrative que communicative (monsieur a l'air de s'éclater !) afin d'en tirer la substantifique moelle : une savoureuse et stimulante bouillie électronique qui booste éhontément... Puis, il se saisit de son micro pour interpréter des pop songs électroniques à la fois sexy, décalées et accrocheuses. Le résultat ne se fait pas attendre : le public est à fond et voit arriver la fin du set avec regret. Belle découverte !
Factory Floor
Juste après cette très bonne entrée en matière,
Factory Floor ne réussit pas à nous faire décoller avec sa musique électro post punk froide, jouant sur la frustration (jamais d'explosion) et d'apparence assez prétentieuse. On a beau essayer de pénétrer dans l'univers de
Factory Floor, cela nous est impossible : à notre sens, il ne se passe rien sur scène, c'est le calme plat, l'encéphalogramme au ras des pâquerettes... Les trois musiciens semblent se faire chier gravement à bidouiller leurs instruments (guitare, synthés, batterie, ordi... ) et leur ennui est contagieux. Un coup pour rien donc, même si le public semble globalement apprécier la mixture, pourtant servie sans conviction aucune.
Dan Deacon
Juste après, et comme prévu, c'est le grand happening électronico punk de
Dan Deacon, un jeune homme au physique de geek total qui ne goûte guère le fait le monter sur scène, préférant se mêler à la foule dans la fosse de la Gaîté Lyrique... S'en suit un concert formidablement puissant, très participatif (Mr Deacon fait ce qu'il veut de son auditoire : concours de danses, assis, debout, assis, en cercle au milieu de la salle, bras en l'air... ) mais pas très visuel, car il est souvent impossible de voir plus qu'une étrange tête de mort fluorescente et clignotante - placée au dessus du matos - au milieu d'un attroupement de gens hystériques au centre de la salle.
Malgré cela et malgré la coupure de son de 10 minutes, le show de
Dan Deacon est impressionnant : ses expérimentations sonores à base de machines électroniques sauvagement poussées dans leurs derniers retranchements et de cris déments dans un pauvre micro sont méchamment trippantes ! Les cerises sur le gâteau étant la participation hallucinante du public (en transe et complétement sous le joug de cet hurluberlu à la fois drôle et rock 'n roll) et les visuels aussi bluffants que déchirés se démultipliant sur les dizaines d'écrans géants placés sur les murs de la salle...
Un truc de dingue qui fait tourner la tête et exploser en plein vol un bon nombre de neurones ! Attention, jeunes inconscients, pour apprécier à fond le show
Dan Deacon sur scène (heu, dans la salle), il faut être en très, très grande forme ! Vous voilà prévenus !
Lower Dens
Samedi 9 avril 2011. La soirée a commencé très (trop !) tôt à 18h30 et quand nous arrivons le groupe
Lower Dens est en train de dérouler son set sur la scène de la Gaité Lyrique, qui affiche complet ce soir et qui est donc transformée en cocote minute au bord de l'explosion, à cause de l'affluence et la chaleur quasi insoutenable... En théorie la musique de ce groupe a tout pour plaire puisque c'est Deerhunter, dont nous sommes très fans, qui a choisi de l'emmener sur toutes les dates de sa tournée européenne. Les écoutes sur internet étaient prometteuses, l'on s'attendait à découvrir en live un combo captivant. Et bien que nenni ! Le brouet servi au menu est assez indigeste, peu scénique et très rapidement fatigant... Cette sorte de rock 'n pop sonique et noisy cherche à être originale, mais ça ne fonctionne simplement pas sur nous ! Impossible de rentrer dans le set de
Lower Dens, qui, en plus, nous a bien fait peur avec les mines blafardes de hypters en manque d'inspiration des musicos (mèche arrogante et look de viking à moustache descendant de son drakkar pour le bassiste chanteur... ) ! Cela dit, le public branché de la Gaité Lyrique, composé à vue d'oeil à 63% de branchouilles super lookés à lunettes carrées débiles a peut-être apprécié, il faudra lui demander...
Deerhunter
Place au plat de résistance de la soirée, la prestation très attendue des Américains de
Deerhunter (auteurs fin 2010 de l'inépuisable album
Halcyon Digest), un passionnant groupe dont le terrain de chasse va des territoires pop indé catchy, aux contrées rock dissonantes en passant par des oasis d'expérimentations psychédéliques... Pour simplifier, on pourrait parler d'une rencontre singulière entre
Sonic Youth,
Pavement et
Animal Collective dont
Bradford Cox, le leader guitariste chanteur et principal songwriter de Deerhunter (également responsable du projet
Atlas Sound), est un proche...
Sur disque, c'est hyper réussi et sur scène... cela l'est tout autant, l'auditeur étant emmené très, très loin, malgré un ou deux dérapages un peu longs et complaisants à la fin de certains morceaux. Malgré ce léger défaut (constaté en très peu d'occasions), Deerhunter offre son meilleur visage à la Gaité Lyrique : il est impossible de ne pas s'envoler quand ces quatre musiciens là sont ensemble sur une scène... Boostés par des rythmiques basse/batterie à la fois souples, solides et vigoureuses, les guitares et le chant partent en spirales vers les cieux. Cette pop rêveuse hyper originale fait un effet énorme en live, car elle est très bien écrite (mélodies jouissives, refrains décalés, idées géniales d'enchevêtrements de six cordes... ) et superbement arrangés en direct grâce à moult effets maitrisés à la perfection...
C'est donc un trip d'excellente qualité que propose
Deerhunter avec des titres comme
60 Cycle Hum, Desire Lines, Little Kids, Memory Boy, Nothing Ever Happened, Helicopter et
Agoraphobia, entre autres... Et l'on se rend compte que peu de groupes actuels sont aussi doués pour propulser la pop dans l'espace et le 21ème siècle ! En étant assez économes de leurs paroles et de leurs gestes (même si l'on sent la passion qui anime le combo dans chaque note jouée), les membres de Deerhunter et leur inquiétant leader torturé et dégingandé arrivent à rendre paradisiaques les infernales et alambiquées chansons qui jaillissent de leurs psyché embrumées...
Deerhunter est donc plus que jamais à voir sur scène !
A lire également, un compte rendu du très bon concert de
Deerhunter à la Route du Rock, en août 2009...
Liens :
www.supermonamour.com,
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www.myspace.com/bathsmusic,
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www.myspace.com/dandeacon,
www.myspace.com/lowerdens,
www.myspace.com/deerhunter,
http://halcyondigest.com,
http://deerhuntertheband.blogspot.com/,
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Photos :
Robert Gil www.photosconcerts.com