Malgré l'annulation (fort dommageable) du concert d'
Amy Winehouse, le dernier jour du festival Rock en Seine 2008 a vu se succéder sur les différentes scènes du domaine de Saint-Cloud pléthore de groupes - jeunes ou moins jeunes - en forme olympique... En l'absence de la reine de la soul music dépoussiérée, c'est
The Raconteurs qui a éclaboussé de sa classe les dernières heures du grand rassemblement musical de fin d'été.
The Raconteurs
Si l'on fait abstraction des titres ratés (trop FM et/ou trop hard rock) du dernier album du combo emmené par
Jack White et
Brendan Benson, la longue prestation des Raconteurs (1h30) a permis de voir à l'œuvre un excellent groupe de rock mâtiné de country blues et de heavy rock façon
Led Zeppelin... Si parfois la voix de
Brendan Benson se fait parfois trop sirupeuse, si les soli de guitares à l'unisson sont fatigants, il faut avouer que sur la majorité des morceaux la mayonnaise prend, vite et bien. La section rythmique insuffle un groove imparable, permettant aux deux guitaristes/chanteurs de donner le meilleur d'eux-mêmes (
Level, Steady as She Goes, Salute Your Solution, Hands... ). Si l'on peut préférer la sobriété rigoriste des
White Stripes, l'univers foisonnant et plus ample des Raconteurs emporte l'adhésion en live. Il faudra toutefois partir dans une autre direction sur le prochain album - en évitant les errements trop consensuels - , et offrir à Jack White une coupe de cheveux digne de se nom...
Justice
Jack White l'avait annoncé en début de set,
Amy Winehouse ne foulera pas la scène de rock en Seine, permettant aux
Raconteurs de rallonger leur set et à
Justice de jouer plus tard devant une immense foule. Comme au
Printemps de Bourges, le duo ultra branché fait le job : tout le monde danse les bras en l'air pour saluer les hits électronico rock'n roll vrillants des deux Parisiens. Même si le contrat est respecté, l'horaire de passage est un peu précoce et si l'on a déjà vu le set, l'on se rend vite compte que le pilotage automatique a été enclenché. Il y a quand même là de quoi conclure (pour nous) le festival sur une bonne note, en repensant au reste de la journée, plutôt réussi.
Louis XIV
Dans l'après midi,
Louis XIV confirme son statut de stars du heavy glam rock... Si l'on excepte une ignoble slow sirupeux que ne renierait pas le sénile
Elton John, le groupe de San Diego fait oublier les poses, les coupes de cheveux et les accoutrements ridicules (surtout chez le chanteur... ) avec une jolie série de tubes aussi pop que rock ; le domaine de prédilection de cette bande de pervers patentés étant de faire s'accoupler sur scène (et sur disque)
T. Rex et
AC/DC... Le résultat marchait sur les morceaux du premier album (toujours aussi percutants aujourd'hui) et à première vue, c'est parti pour continuer sur le nouvel album, si l'on en croit les extraits proposés à Rock en Seine.
Jamie Lidell
Juste après et dans un style radicalement différent,
Jamie Lidell offre au public - enthousiaste, sous le soleil exactement - un florilège de ses multiples talents. Cela commence par une démonstration plutôt expérimentale d'électronique expérimentale (idéale pour se défoncer sur un dance floor, longtemps après le coucher du soleil), avant de bifurquer en fin de set par une brillante série de hits soul & funk du meilleur effet. Non content de savoir bidouiller les sons comme personne, notre homme est absolument impeccable au micro, accompagné par le très souriant
Gonzales au piano et
Mocky à la batterie. De quoi donner le sourire donc...
Comme la prestation franchement "pop groovy" du groupe
Fortune, de charmants jeunes hommes capables d'écrire des hits dansants et joliment remuants... Entre pop fraiche, funk tonitruant et électronique agitée, ce combo là s'y entend pour faire remuer le popotin de son public...
Il est désormais temps pour
The Jon Spencer Blues Explosion de se reformer sur scène pour un concert de rentrée de bon aloi. Malgré de nombreux problèmes techniques sur les guitares, le furieux power trio punk 'n blues a rassuré ses fans sur le fin de son concert, avec une réjouissante enfilade de titres méchamment rock 'n roll. Si ces trois là ont envie de refaire durablement du bruit ensemble, cela peut faire très mal ! Wait and see...
The Roots
Terminons la chronique de cette fin de festival, par quelques mots sur deux déceptions notables...
The Roots continue à s'embourber dans un rock n' jazz hip hop lourdingue, démonstratif (écoute ce solo mon gars !) et facile. C'est bien dommage quand on est aussi bons musiciens, et quand on a écrit autant de bons titres... Dans le registre " je me fourvoie pour faire un show consensuel spécial festival",
Kate Nash n'est pas mal non plus avec son groupe de tacherons tout juste bons à faire la tournée des baloches du Royaume Uni. Chapeau bas quand même : ces gens là sont capables de fusiller une belle chanson en deux temps trois mouvements. Bravo !
Malgré les aléas inhérents à tout festival (volonté de trouver des groupes classieux, tout en attirant le plus de monde possible), Rock en Seine 2008 laissera un bon souvenir, même si cette édition était clairement en dessous des précédentes. Rendez-vous en août 2009 pour un Rock en Seine plus homogène, sans groupes trop mainstream et... sans annulation !
Sites internet :
www.rockenseine.com,
www.myspace.com/rockenseine.
A lire également, les chroniques de la journée du 28 août 2008 (
R.E.M., Tricky, Dirty Pretty Things, Hot Chip, Narrow Terence, The New Puritans, Plain White T'S, Kaiser Chiefs, Apocalyptica) et de l'édition 2007 du festival Rock en Seine :
Arcade Fire + The Hives + The Shins + Dinosaur Jr + Hey Hey My My + Rodeo Massacre + Dizzee Rascal + M. I. A. + Rock & Roll,
Kings of Leon + Bat For Lashes + Bjork + Devotchka + Bromheads Jacket + Mark Ronson + Housse de Racket,
The Jesus And Mary Chain + Cold War Kids + Jarvis Cocker + CSS + The Fratellis + Hellogoodbye.
Photos :
Ros Miller (Jamie Lidell),
Nicolas Joubard (Justice, The Roots, Louis XIV)