Mercredi 22 mai 2013 : 10376 concerts, 21942 critiques de concert, 4855 critiques de CD.
La Route du Rock
14-17 août 2013 - St Malo (35) 22ème édition. Le festival rassemble à Saint-Malo artistes reconnus et nouveaux talents de la scène pop, rock et électro. Le festival se déroule dans trois lieux très classe : en plein air au Fort de Saint-Père, le soir, au superbe Palais Sony Ericsson à Saint-Malo et à la plage, l'après midi... La Route du Rock est donc l'endroit idéal pour profiter des vacances en Bretagne tout en appréciant l'une des programmations les plus pointues et originales de l'été français... www.facebook.com/pages/LA-ROUTE-DU-ROCK
(critique écrite le 18/09/2012 par monsieur)
Cloud Nothings est un quartette de Cleveland pratiquant un rock noisy-grunge très plaisant dont le dernier album est le plus bel exemple. Si ils n’ont pas encore connu un succès public très important, l’acceuil critique est quasi unanime, "Attack on Memory" est une des merveilles de 2012. .../...
Cloud Nothings est un quartette de Cleveland pratiquant un rock noisy-grunge très plaisant dont le dernier album est le plus bel exemple. Si ils n’ont pas encore connu un succès public très important, l’acceuil critique est quasi unanime, "Attack on Memory" est une des merveilles de 2012. Rencontre, 20 minutes après le set du groupe à La Route Du Rock, avec le frontman (chanteur, créateur et compositeur du groupe ) Dylan Baldi.
En écoutant votre dernier album, il est difficile de ne pas penser à Nirvana, que ce soit pour la noirceur des paroles, les cris, ou la production de Steve Albini, est–ce que Nirvana est une grosse influence ?
Nirvana n’est pas une de nos grosses influences. Par contre, les groupes qui les ont influencés comme les Wipers ou les Melvins sont très importants pour moi. Donc si ça sonne comme Nirvana parfois c’est que nous sommes arrivés aux mêmes conclusions.
Donc le choix d’Albini n’a rien à voir avec son travail sur "In Utero" ?
Non, on l’a pris parce qu’on savait qu’il fait sonner les groupes comme si ils jouaient live
Tu comprends que la noirceur des paroles parfois peut faire penser au songwriting de Cobain ?
Ben… je suppose que c’est parce qu’on tous les deux des gens énervés (rires..). Je me serais surement bien entendu avec ce mec. On a une vision de la vie similaire.
D’ailleurs cet album est beaucoup plus "dark" que vos précédents opus, qu’est ce qui s’est passé ?
Oui tout à fait. Je pense que j’ai juste voulu faire de la musique qui ressemble plus à la musique que j’aime. Pour les précédents albums, je faisais des chansons et c’était mes toutes premières chansons, rien que le fait d’écrire des chansons ça m’excitait déjà, j’avais pas vraiment de recul sur la manière dont elles sonneraient. Pour le nouveau, je voulais faire la musique que j’aurais voulu écouter si je n’étais pas dans Cloud Nothings. Là je me suis vraiment inspiré de mes influences.
C’est la première fois que vous jouiez en France, qu’avez-vous pensez de l’acceuil ?
On avait déjà joués à Paris, j’adore la France. En Amérique les gens ont cette espèce de stéréotype sur les français, sur le fait qu'ils sont méchants et tout… Mais tout le monde a été très gentil avec nous, donc je n’y crois pas du tout.
Tu connais des groupes français ?
Euh y’a ce truc que j’ai écouté et que j’aime bien les Stinky Toys (stupéfaction, je ne m’atttendais pas à une réponse aussi pointue), tu connais ?
(Moi, surpris) Oui, bien sur le groupe de Jacno...
Voilà , Jacno, je l'aime beaucoup, mais après ça y’a peu de groupes français que je connais.
"Wasted Days" semble être la chanson préférée des fans, est-ce aussi ta préférée ?
Complètement, c’est celle qui nous permet d’être le plus libre sur scène, le pont du milieu nous permet d’expérimenter à chaque fois qu’on la joue.
Donc chaque soir une nouvelle version ?
Oui ça dépend de l’humeur
Sur la vidéo Youtube de cette chanson le commentaire le plus aimé dit ceci "Il es bon de revoir les losers reprendre les rennes du rock, ces étudiants en art l’avait presque tué" (il rigole). Qu’est ce que t’en pense ?
De quoi, du fait qu’on est des losers ?
Oui, et que les étudiants en art ont presque rendus le rock insupportablement ennuyeux ?
Oui je suis tout à fait d’accord sur ça. Le meilleur rock est fait par des gens qui n’ont rien d’autre à faire dans la vie. Après je comprends qu’on puisse appeler des gens comme ça des losers, mais je veux pas spécialement qu’on pense ça de nous.
On sent une sorte de revival 90's dans cet album, est-ce que la musique qui s'est faite après cette période vous ennuie ?
Oui... un peu. En fait c'est comme si le rock s'était arrêté après cette période. C'est devenu un truc hybride qui n'est pas du rock à mon sens. Mais je constate que les groupes à guitares reviennent et ça me réjouit parce que c'est la musique que j'aime
Et si on vous appelle "revival band" vous le prenez comment ?
Ça nous arrive parfois qu'on nous traite de "revival band", mais c'est un peu n'importe quoi, à mon avis c'est juste que les derniers groupes vraiment rock viennent des 90's. En vrai, ce qu'on essaie de faire c'est de partir de ces très bonnes bases et de construire une musique actuelle.
Donc si on était en 1990 tu penses que tu écrirais les mêmes chansons?
En fait, je n'essaie pas de faire de la musique qui sonne comme une époque. Quand j'écris quelque chose, c'est juste "ça ça me plaît, ça ça me plaît pas"
On a compris que le rock récent n'était pas ton truc ? Quels sont les genres récents qui te plaisent ?
Le rap, j'écoute beaucoup de rap. C'est la seule musique récente que je supporte.
La nouvelle scène te plaît ?
Ouais on est potes avec des mecs comme Danny Brown, Killer Mike qui est très bon.
Et les gars comme Hopsin, Tyler ?
Les gars d'Odd Future sont très forts.
J'ai lu que tu as commencé par le saxophone ? (s'en suit un quiproquo car il a compris "sex" au lieu de sax , il m'explique que le journaliste d'avant lui a parlé de sexe et qu'il ne veut pas parler de ça ... )
En fait j'en ai fait que 3 mois à la Fac, je me suis vite rendu compte que c'était pas mon truc. Ce que je voulais c'était monter un groupe.
Donc tu n'as pas hâte de voir Colin Stetson ce soir ?
J'aime toujours le saxo, mais c'est le côté académique qui m'ennuie. L'entraînement, le " fais ci, fais pas ça ". C'était trop pesant, j'aimais pas les gens non plus.
Musique sérieuse pour gens sérieux...
Exactement, trop sérieux. Mais Colin Stetson lui il repousse les limites c'est très bien.
Échangerais-tu le succès critique important de pour un disque de platine et une rotation continue sur MTV ?
Euh... (il réfléchit deux secondes), honnêtement non, parce que je fais la musique que j'aime , les trucs qui deviennent gros comme ça sont généralement fait par des trous du culs.
Donc tu penses qu'être un gros groupe et faire de la bonne musique est incompatible ?
Euh ...
Comme les White Stripes par exemple ?
Ouais ou les Black Keys ils viennent d'Ohio tu sais donc on est obligés de les aimer (il rigole) et ils sont bons.
Ils sont gros maintenant...
Ouais, tout-à-fait. C'est genre le plus gros groupe du monde, donc on va dire que c'est possible d'être les deux, mais c'est dur et ça met du temps.
Je me rends compte que la question est un peu stupide car il est évident que vous ne recherchez pas le hit. Vous aviez "Wasted Days" qui était un tube en puissance et vous l'avez consciemment "undergroundisé" en mettant ce pont de 5 minutes au milieu. Je me trompe ? Parce que c'était un tube quand même ?
Tu trouves ?
Ben ouais, mais vous l'avez rendu moins mainstream exprès, enfin je crois ?
Ah ouais ben je suppose qu'on est des cons alors (il éclate de rire )
Personnellement je trouve que c'est bien...
Mais t'as raison en fait, parce que notre manager avait essayé de nous dire de la changer genre " coupez ça et on essaiera de la sortir en single". Mais ça n'aurait pas été la même chanson, ça aurait été totalement différent. Je crois qu'on a fait la chanson comme ça parce qu'elle doit être comme ça, elle nous plaît comme elle est.
Ça te fait peur de paraître faux ?
Tout à fait. J'aimerais pas qu'on voit que j'essaie trop d'être comme ci ou comme ça.Ma musique est vraiment sincère, c'est une très exacte représentation de ce que je suis au moment où je l'écris.
C'est pour ça que tu cries beaucoup dans le disque ?
Oui. J'avais vraiment besoin de la faire. Les paroles sont très sombres donc j'avais besoin de les hurler.
Et tu y arrives sur scène ce qui est rare (Là, je fais une vanne sur Chino Moreno qui fait des bruits de cochon sur scène quand il essaie d’hurler, il se marre). Ça doit être dur de le faire soir après soir...
Après le show, c'est sûr que j'aurais un mal de gorge atroce demain. Mais ça ira, je n’utilise pas de technique particulière, je hurle juste tout ce que j'ai. C'est comme si je te hurlais dessus là maintenant… Ce que je ne vais pas faire (il se marre encore).
(critique écrite le 16/08/2012 par Clement Chevrier)
Suite à une longue ascèse festivalière due à nombre de raisons croisant l'écœurement Live Nation, l'excitation des plus modestes qu'a pu susciter en moi la suprématie actuelle du régime de la hype, ainsi qu'une patience de plus en plus mesurée à l'égard du bovinisme absolu du festivalier .../...
Suite à une longue ascèse festivalière due à nombre de raisons croisant l'écœurement Live Nation, l'excitation des plus modestes qu'a pu susciter en moi la suprématie actuelle du régime de la hype, ainsi qu'une patience de plus en plus mesurée à l'égard du bovinisme absolu du festivalier lambda, j'ai regoûté, en bonne compagnie et le goût de l'interdit en bouche, aux joies du camping crade et de sa glacière tiède, de la nourriture invariablement avariée et de la bière juste mauvaise.
La Route du Rock se distingue, ni néo-festival de hipster, ni barnum improbable, et sa programmation a pour elle de ne jamais la tenir bien loin de l'accident de trésorerie, signe qualitatif certain. Reste qu'elle n'est évidemment pas à l'abri de ce qui la fait vivre, son public, et quelques sales paires de grosses lunettes, shorts tailles hautes et autres uniformes de la semaine se sont unis aux pantacourts, t-shirts détournant des logos et drapeaux bretons pour nous rassurer : il faudrait composer avec le contingent de congénères majoritaires spectacularisés au possible.
Sept heures de route, un montage sans trainer du campement sonorisé par les sympathiques Yeti Lane qui sans bouleverser, s'étaient révélés assez agréables en première partie du Brian Jonestown Massacre, et enfin nous éclusons notre première pinte de bière devant LA sensation du moment. Alt-J joue tôt en regard du buzz qui les porte. Reste que si l'album, par la classe de ses compositions comme de ses arrangements, a un relief qui devrait le faire durer plus d'une saison, le set est fatigué, sans vagues, sans émotion. Le moment n'est pas désagréable, mais la saveur est faible.
Patrick Watson, qui leur succède au soleil, souffre d'un mal touchant l'implacable majorité des gens ayant eu à faire avec la chose musicale : l'absence de génie compositionnel. Des musiciens appliqués, des arrangements assez classiques en ces jours pour ne pas dire convenus, un premier degré très agréable, le refus d'essayer d'avoir la classe ou l'air cool, un semblant de charisme, et voilà un bon concert, mais jamais bouleversant, car dépourvu de cette chanson monument qui vous retourne. Beaucoup d'âme pourtant, mais une pointe d'ennui.
Dominique A divise de plus en plus, à mesure que la frange vieillissante de festivaliers historiques se réduit, laissant la place à une nouvelle génération globalement indifférente au nantais, comme à un vieil oncle avec ses vieux disques et des récents qui se ressemblent tous un peu, inoffensifs, loin des chocs Fossette, Mémoire Neuve et Remué. Si son refus de la séduction est hautement estimable, jouer le récent et aux trois-quarts ratés Vers Les Lueurs était sans doute un peu raide pour des gens qui ne savent plus qui il est, ni ce qu'il a pu représenter, soit, toutes proportions gardées, un genre de Morrissey français, un indispensable étendard contre la beauferie des années quatre-vingt-dix. Pour quelques moments d'une grâce unique, il faudra subir ce que des " journalistes rock " appelaient du " rock fiévreux ", poncif que nous espérons tous enterré avec Noir Désir.
S'intercale alors sur la petite scène une de ces blagues de saison, un de ces groupes dont on achète le disque un peu saoul après avoir hurlé au génie pendant le concert, avant de ne pas même chercher à le revendre quelques mois plus tard, honteux que l'on est d'avoir laissé l'alcool et le volume sonore masquer à notre goût et notre jugement l'absence de chanson/prise de risque/originalité/élégance/musique et l'accumulation de poncifs/gimmicks putassiers/pseudo radicalité/vide. Cette année, c'est Civil Civic qui s'y colle, ajoutant au ridicule et à la démagogie ce sentiment de supériorité testostéronée et insupportable qui infeste 90 % de la scène noise actuelle, et 100 % de la scène math-rock.
Soit une galaxie d'écart avec Spiritualized, déjà écouté dans des conditions similaires il y a quelques années, et toujours aussi unique. Je laisse aux vrais curieux le soin de googler, de tracer, d'historiciser et de comprendre la formation de Jason Pierce, sérieux concurrent d'Anton Newcombe pour le trône de dingue psychédélique crâmé. Des musiciens aux ordres, un son puissant, bizarre, des choristes, un jean blanc et des lunettes noires pour masquer l'âge mais pas le caractère, et un Ladies & Gentlemen… à tirer des larmes. Peut-être, parfois, un côté un peu machine, mais toujours la fêlure traverse Pierce et sa musique, et la volonté de perturber les sens, soit le sens réel de l'expérience psychédélique, par des mantras musicaux épurés sans light-show démonstratif emporte définitivement le morceau.
Suit The Soft Moon, à l'heure où le corps non stimulé artificiellement, par des signaux de douleur répétés, tempère fortement les velléités d'indulgence à l'égard d'une formation s'imaginant pallier par son bon goût son refus absolu de proposer quelque chose ressemblant de près ou de loin à une composition, se limitant à un collage de patterns de démonstration, martial, efficace, vide, festif, triste.
Nuit.
Samedi après-midi sur la plage, en la compagnie trouble, élégante, parfaite d'Ela Orleans, bande-son idéale d'une plage bretonne en été, jeu entre l'inanité de la masse touristique divertie et la séduction triste du paysage, la morbidité des plongeons nazis. C'est à cet instant qu'on saisit la force de sa musique ; elle n'a pas peur des murs de nos salons car elle se joue de l'espace, le dompte sans jamais sacrifier l'intimité, pour des instants de pure beauté.
Le temps de se rafraichir gosier et papilles, nous arrivons sur le site à l'extrême fin du set de Savages, pour en entendre le plus grand bien par des mélomanes de bonne foi, ce qui, ayant écouté John & Jen au concert précédemment, semble tout à fait imaginable.
Lower Dens, bien qu'en formation incomplète, offre la première proposition dense, bruyante, puissante et novatrice d'une musique en train de se faire, Ela Orleans exceptée. Voix mêlées et androgynes, guitares et synthétiseurs noises, technique de basse originale, et ce sont des lames de sons qui, inlassablement, sont envoyées à l'assaut, mues par on ne sait quelle énergie entre rage et tristesse, mais toujours pop, toujours des chansons ne perdant pas de vue une certaine amicalité.
Suite à ce premier moment très fort sur la grande scène arrivent The XX, tête d'affiche évidente par le consensus qu'ils ont su créer au sein de l'Internationale des mélomanes exigeants et spleenétiques, et donc attendus au tournant, et donc débattus par des enthousiastes et des déçus également remontés. Pourtant, rares sont les voix qui, au milieu de la foule, savent s'adresser directement à l'âme de chacun comme celles de Romy Madley Croft et Oliver Sim, suspendant le temps à leurs lèvres. S'il est un groupe pour lequel la musique a sens d'espace, de relief, d'intimité, doué de chansons, c'est The XX, et c'est de nos jours. Le son est mirifique, les morceaux étirés ou ramassés, triturés, mêlés, l'électronique est vivante, aussi humaine qu'une techno des premiers jours, et rien ne pèse plus lourd qu'il ne faut.
Le concert de Willis Earl Beal, ne franchissant pas le stade de l'anecdote, permet de redescendre des hauteurs avant le sketch offert par le constamment surestimé Mark Lanegan. S'il n'avait pas trainé dans les parages de Josh Homme, personne n'aurait eu à subir les errements actuels de ce survivant d'un grunge dès à l'époque de troisième zone. Riffs laids, " rock à papa " – rien d'autre n'a paru plus approprié que cette locution éculée pour décrire une musique qui ne l'est pas moins.
La fatigue tant physique – la station debout – que morale – la prétention de Mark Lanegan avec ses poses de rockeur ténébreux incompris de l'enfer américain à casquette – guide nos pas vers le camping, repoussant la rencontre avec Breton à plus tard. Nuit.
En raison d'un programme a priori dense, ainsi que d'un apéritif dans la campagne bretonne en compagnie de membres des excellents Kissinmas, Garciaphone et Niandra Lades, nous parvenons à arriver le plus tard possible sur le site pour l'essentiel du set de Stephen Malkmus & The Jicks. Si lui et le groupe s'amusent, et que la musique n'est pas déplaisante, le concert se déguste tout à fait assis, à deviser entre amis pendant que l'ex-leader de Pavement nous démontre la fin des années quatre-vingt-dix en jouant un solo de guitare de plus dans le dos. Les chansons sont plus alambiquées que du Zappa période Vai et Bozzio, à l'exception d'un bœuf proto-Doors que toutes les fêtes de la musique de la Terre n'auraient pas renié. De là à en conclure que l'indifférence ne serait pas demeurée polie si Malkmus n'avait pas incarné l'un des groupes les plus cultes de l'histoire dans une autre vie, il n'y a qu'un pas.
Chromatics ensuite propose des montées agréables bien que sans le moindre génie, et embarrasse par les inégalités du set, le chant féminin plat au possible, les reprises – finir par deux reprises, quelle drôle d'idée – de Kate Bush et Neil Young massacrées. La danse est gentiment agréable sur des rythmes sans aventure, originalité ni poésie, un groupe avec plus de manques que de corps.
Mazzy Star livre une prestation qui ne démentira pas, en ces années rétromaniaques – l'excellente maison d'édition Le Mot et Le Reste tenant d'ailleurs un stand familial parmi les labels indépendants invités –, le malheureux adage " reformation, piège à cons. " Le groupe joue avec maitrise, dans une pénombre un peu poseuse et devant des projections élégantes bien qu'inutiles, et distille une mixture où le spleen laisse peu à peu la place à un ennui profond. Hope Sandoval s'ingénie à massacrer tout ce qui peut l'être, intentions de chant systématiquement à côté, faussetés, erreurs dans les paroles, interruptions, tambourin intempestif et arythmique, et transforme l'ennui en un lancinant agacement. La magie s'accommode mal du cynisme, et l'on aura du mal, à l'heure de réécouter une musique qui nous est si intime, à se défaire du souvenir de ce désastreux concert.
Colin Stetson, bête de foire drônant avec ses saxophones, n'inspire quant à lui qu'une indifférence polie. The Walkmen, enfin, donnent – et l'on peut insister sur la dimension de don – le concert exceptionnel de rock que mérite la Route du Rock, un je-ne-sais-quoi de garage vaguement strokesien mais sans le cynisme et la facilité. Classe, énergie, rusticité, structures de morceaux à tiroirs, un don de soi dans le chant tel que le rappel se fera presque aphone, un son parfait. Plusieurs fois, on pense à des Bad Seeds pour l'immémorialité des arrangements, le refus de faire genre, l'évidence et l'élégance – y compris des vestes et cravates –, pour ne retenir que ce nom, Walkmen, groupe unique, précieux, atypique et acynique.
Hanni El Khatib décérèbre plaisamment mais souffre de la succession, ses chansons manquent du relief nécessaire à repousser le moment de rejoindre une dernière fois le camping. Nuit.
Reste à l'heure d'écrire ces lignes le sentiment d'avoir pu vivre nombre de moments précieux, et quelques-uns de pure magie listés ci-après dans les Triomphes romains.
Triomphes romains :
The Walkmen, The XX, Ela Orleans, Lower Dens, Spiritualized
Accessits et plus si affinités :
Patrick Watson, Alt – J, Chromatics.
Arnaques grossières :
Mark Lanegan, Civil Civic, The Soft Moon, Mazzy Star, Mazzy Star, Mazzy Star.
(critique écrite le 20/09/2012 par Alexandre Costuche)
C’est sous un soleil de plomb et un mal de tête… en plomb que débute cette seconde journée de festival breton (à noter que la Bretagne est bien connue pour être la région ou les gens boivent le plus, il faut bien justifier cette gueule de bois…).
Après un passage au Mcdonald orné de belles et .../...
C’est sous un soleil de plomb et un mal de tête… en plomb que débute cette seconde journée de festival breton (à noter que la Bretagne est bien connue pour être la région ou les gens boivent le plus, il faut bien justifier cette gueule de bois…).
Après un passage au Mcdonald orné de belles et magnifiques commandes, nous voilà partis pour la playa. Et oui, quoi de mieux qu’une plage ou l’on passerait toute l’après-midi à barboter tout en écoutant des playlists de rêves et des lives tranquillous ? Vous en avez rêvé, la route du rock l’a fait… et le fait depuis bien longtemps. Bref. Au programme cette après-midi, un Dj set de la station Radar et un live de Ela Orleans. Difficile de se faire un avis objectif quand on est occupé à sauter du plongeoir nazi/ ou en train de se faire dorer la pilule tel une vieille baleine échouée/ ou de mater des belles hipsters parisiennes en maillot de bain… L’important est que l’on se sent bien. Un bon festival c’est avant tout une bonne programmation, mais le cadre compte également, et c’est en ces deux points que la route du rock reste le meilleur festival de l’hexagone.
Après une bonne douche (non je rigole, prendre une douche en festival, plutôt mourir), et un apéro qui tarde, nous faisant louper Veronica Falls (NB : Un chroniqueur reste un festivalier comme les autres si ce n’est pire) nous voilà repartis au Fort St Père pour ce deuxième soir prometteur.
Savages
C’est donc Savages qui ouvrira la soirée pour les mauvais chroniqueurs que nous sommes. Pas de pommes d’Adam pour le quatuor féminin, mais des vrais Balls comme on dit dans leur pays. Si on peut leur reprocher de cultiver à l’excès cette imagerie post punk joydivisionesque qui se propage actuellement plus vite qu’une diarrhée dans un festival, elles se démarquent par la qualité incroyable de leurs morceaux. Elles jouent leurs vies sur scène et ne s’encombre pas de concessions Pop... A voir.
Lower Dens
Vingt minutes plus tard, c’est au tour de nos chouchous, Lower Dens de venir affronter le public Breton. L’attente est forte, quelle tristesse nous offrirait une mauvaise performance… Mais en l’espace de 30 secondes, la classe, l’élégance, la beauté et la simplicité sont au rendez-vous. Le son est incroyable, sur scène ça ne se la pète pas, on laisse la pose pour les autres, ça joue, ça chante divinement bien, les chansons sont incroyables… On est aux anges. Les quatre musiciens de Baltimore mettent tout le monde d’accord. Les titres du nouvel album Nootropics (2012) s’enchainent posant l’ambiance sur le festival. Un pur moment de bonheur. Seul reproche : le groupe boude son premier album Twin-Hand Movement (2010), et des titres tels que Tea Lights manquent et frustrent. Cela nous donne excuse pour retourner les voir.
The XX
Puis voilà nous y sommes, LA tête d’affiche de la soirée… Les très surestimés The XX. Tout le monde les attend… Malheureusement dans le journalisme musical, on évite (quand on a un minimum d’honneur) de descendre ou de cracher sur les groupes amateurs. Connaissant une bonne cinquantaine (voir plus) de groupes amateurs locaux proposant des concerts biens plus chiadés et cohérents que ceux des XX, je les rangerais donc (pour le bien de l’humanité) dans cette catégorie "amateur" afin de vous épargner mes relents de haine face à la suffisance et médiocrité de ce live proposé ce soir-là. A noter que Jamie XX devait jouer sur la scène de l’escalier Club de 2h30 à 4h30…mais le Dj set a été annulé : Honte ? Personnellement, le lâche que je suis n’aurait pu affronter un public après un si mauvais Show. Allez Jamie je te comprends, fais pas la gueule, et puis pour un groupe qui débute c’était pas si pire…
00h15, Bien trop occupé à partager mon sentiment de dégout du show précédent avec certains confrères et amis de mauvais goût tels que Clément Chevrier (si vous désirez un point de vue du festival musicalement opposé, vous pouvez lire sa chronique du festival, également disponible sur le site, bien évidemment il sera sage de ne lui accorder aucune crédibilité ha ha.) Je/Nous loupons tous Willy Earl Beal.
Mark Lanegan
Pas grave, quoi de mieux pour se consoler qu’un bon vieux Mark Lanegan ? Plus la peine de présenter le monsieur qui vient de faire son retour avec un album des plus géniaux Blues Funeral, pour l’instant au top des meilleurs albums de l’année. Ca attaque gras avec le morceau qui ouvre l’album The Gravedigger's Song. Pas de chichis, le son est lourd, l’ex membre des Screaming Trees et Queen of the Stone age ne plaisante pas. La voix rauque, grave et suave recharge à elle seule la jauge de testostérone du festival. La musique et la puissance suffisent, le groupe reste statique, mais classe. On joue dans la cour des grands... S’enchaine une magnifique sélection des meilleurs titres des deux derniers albums joués à la perfection dont le quasi electro Ode to the sad disco qui passe également très bien. Quoi dire de plus ? Le blues rock n’est pas mort… BRAVO.
Breton
Puis c’est au tour des jeunes Breton de clôturer cette excellente deuxième soirée… Programmer Breton à St Malo c’est genre pour le fun de la blague ou quoi ? C’est à se demander… D’ailleurs l’album n’est pas sensationnel… Mais bon, la blague est bonne, laissons leur une chance… et nous avons bien fait. De loin le plus grand écart entre Album/live des groupes du festival. L’envie de tout casser, la hargne et la patate du jeune groupe réussi à lever les foules bretonnes (qui pour le coup ont peut-être cru à un groupe du coin ?) ça va jusqu’à pogoter. Bref, le bouquet de fraicheur est là et nous fait danser jusqu’au bout de la nuit. On peut aller se coucher tranquille… ou pas !!