Soins du corps au Gaou
« Celle-là, elle est folle ». C’est ce qu’on entend généralement parmi les spectateurs qui ont eu la chance de voir Camille sur scène avec son Music Hole show. C’est ce qu’on entendait également voici 1 ou 2 ans à propos des sœurs Cassidy du Cocorosie.
L’idée de les réunir sur une même scène semblait donc une bonne idée et c’est le festival les Voix du Gaou qui s’en est chargé pour nous le 23 juillet.
La rencontre a lieu sur la scène B, et c’est l’autre bonne nouvelle. On traverse le site de la grande scène pour s’enfoncer, sur sa gauche dans un petit chemin qui nous fait dédouler, 50 mètres plus loin sur un espace abrité sous les pins. La scène se trouve au fond à droite, avec comme décor de fond… la mer, les pointus et le rivage. Magique.
A 21h, les sœurs Cassidy montent sur scène. Comme d’habitude avec elles, le premier choc est visuel.
Sierra la brune porte un collant multicolore sur un maillot de basket rouge coincé par un maillot de bain noir une pièce très échancrée, le tout arrangé par une sorte de veste de déguisement rouge. A oui, j’allais oublier, elle porte un diadème avec les oreilles de Mickey.
Sa sœur Bianca n’est pas mal non plus : pantalon slim noir sur tee shirt long blanc avec l’inscription « Everyday I’m Muslim », surlequel elle a mis un tablier rose et encore par dessus une veste à capuche aux tâches multicolores.
Et bien, malgré tous leurs efforts pour se dissimuler derrière ce qui se fait de plus laid, elles dégagent un charme indéniable…
Elles sont accompagnés d’un pianiste et de TEZ, Human Beat Box parisien absoluement incroyable.
Les sœurs vont jouer 11 morceaux en 1 heure de concert. Leur set présente une bonne moitié de nouveaux morceaux auxquels ont peut ajouter, parmi ceux qu’on a reconnu Beautifuls Boys, By your Side, Japan.
Si la magie est toujours au rendez-vous, elle a un peu changé de nature. Les deux sœurs semblent sorties de leur quête perpétuelle de sons bizarres pour alimenter leurs comptines malsaines. Il y a bien eu encore une petite harpe sur le premier morceaux et un pipeau à piston et des cloches sur l’avant-dernier morceau, mais entre deux, c’était un mélange de hip hop et d’électro tout à fait efficace en ce mois de juillet.
Le numéro de Human Beat Box de TEZ en milieu de concert a d’ailleurs fait basculer le concert et le public qui avait de plus en plus envie de se laisser entraîner par cette débauche d’hédonisme.
Ce à quoi les sœurs Cassidy se sont totalement laissé happée en revenant sur scène après le show de TEZ avec un morceau complètement électro sur lequel elles se sont mises à danser comme des folles.
Les 2 000 personnes qui se sont massés sous les pins leur feront une ovation en fin de concert et réclameront pendant de longues minutes un rappel auquel ils n’auront finalement pas droit.
22h30, les lumières s’éteignent pour laisser la scène au Music Hole Show de Camille. Autant le dire d’entrée, comme bon nombre de personnes, son dernier album m’avait laissé dubitatif.
Pas tant par le choix de paroles en anglais, mais plutôt par la direction artistique prise. Les sons produits par le corps humain est certes une idée intéressante, mais qui s’apparentait plus à un gadget sur le disque.
Mais après le concert de Camille, les choses s’éclairent. Cet album ne peut être vraiment apprécié qu’après avoir vu Camille en live. C’est ce qui en fait sa force et sa faiblesse.
Sa troupe arrive sur scène en premier. Magiker au piano, Sly (ex Saïan Supa Crew) et Ezra assurent les human Beat Box. Les trois sont habillés tout en blanc.
En fond de scène, Mathieu (avec le chapeau) et Martin (avec les cannes), deux percusionnistes corporels rejoint de temps en temps par une fille. Pantalons blanc et tee-shirt marron.
Sur la droite enfin, Gisela et Isabelle, deux choristes habillés en blanc.
La scène est plantée. Camille arrive d’ailleurs et le public, qui a scandé son nom, est déjà acquis. Elle se cache dans une poncho à capuche orange.
Ça commence avec Canards Sauvages et Matthieu reproduit les sons de gouttes d’eau en frappant avec des bodelets dans un bac d’eau. Le ton est donnée. Sons organiques, on était prévenu, mais là, avouons, on est bluffé. En se privant de tout instrument à part le piano, Camille a ouvert les voies de l’inventivité et on redécouvre au fur et à mesure du concert, l’étendue des sons que l’on peut faire avec son corps, surtout quand ceux-ci sont fait en direct devant vous. Tape sur la cage thoracique, les cuisses, frappe dans les mains, on se frotte les mains, des claquettes et j’en passe, le tout soutenu par la mélodie au piano et les beat Hip Hop des 2 Human Beat Box.
Sur les 5 premiers morceaux (Canards Sauvages, jeunes filles aux cheveux blancs, Kfir, Bany carni Bird, Waves), Camille ne parle pas entre les chansons. Elle paraît extrêmement concentrée sur le rythme. A chaque début de morceau, elle bat la mesure, puis la « lance » symboliquement avec la main aux musiciens qui la reprennent. Voilà comment se construit chaque morceau avec Camille en centre, comme un chef d’orchestre.
Mais elle a beau faire des efforts pour garder le cap, elle ne sera jamais capable de diriger une formation classique. Trop spontanée, trop libre, trop joyeuse, trop libertaire. Aussi, sur le 6e morceau, Sur le port, ça dérape. Elle s’arrête en plein milieu de la chanson. « Merde, j’ai un cheveu sur la langue ». Ce sera le début du show de Camille. Elle laisse le public continuer la chanson sans elle. Puis, change d’avis et la reprends.
A la fin de la chanson, elle enlève enfin son poncho et entame l’un des grands moments du concert, Gospel with no Lord, en sautillant. Mais ça ne va toujours pas. Elle s’arrête encore et demande si quelqu’un pourrait lui passer un soutif, ce qui arrive très rapidement (sur scène, on peut tout demander…)
Elle va en backstage le mettre puis revient et reprend la chanson qu’elle poursuit avec une ancienne Les Ex. Mais on n’est pas au bout de nos surprises car Camille l’enchaîne avec Too Drunk too fuck, une reprise des Dead Kennedys, un combo de punk américain des années 80. Elle finit la chanson par terre.
Sur l’intro de Cats and Dogs, elle danse avec le technicien venu lui remettre le micro en place. Sa folie semble contagieuse puisque sur le morceau suivant, Home Is Where It Hurts, c’est Ezra qui descend de son estrade et qui se met à danser comme un damné avec Camille, puis avec chaque musicien.
1 heure de concert et déjà le premier rappel. Mais il faut dire que vu la dépense physique de chacun, on comprend aisément qu’un petit break est nécessaire.
Le groupe remonte pourtant rapidement sur scène (peur de se refroidir ?) en créant une toute autre ambiance. On fait trembler des panneaux de plexiglas, on chiffonne des papiers, on fait bouger un voile devant le micro, Camille arrive, s’installe au piano et chante Pâle septembre. Instant privilégié.
Elle enchaîne ensuite sur Ta douleur, en se moquant presque de la chanson qui la fait connaître du grand public. Un numéro de claquette de Mathieu viendra apporter la touche finale du « morceau incontournable parce que le public le réclame mais que j’en ai marre de chanter. »
Le concert est fini ?
Pas vraiment
Vous souvenez-vous de Mireille Darc dans « Le grand bond avec une chaussure noire », un nanard français de 1972 signé Yves Robert avec, entre autre, Pierre Richard ?
Dans l’une des scènes, Mireille Darc, qui joue une grande bourgeoise qui s’ennuie, porte une robe noire signée Guy Laroche qui avait fait scandale à l’époque. Robe noire, près du corps, absoluement classique devant et totalement dénudée dans le dos au point qu’on voyait le début de ses fesses.
C’est avec une telle robe que Camille revient pour le deuxième rappel. Elle avance face au public, chante Money (excellent au demeurant) puis se retourne pour présenter chaque membre de son groupe et là, tout le monde voit l’endroit où « le dos ressemble à la lune » comme le chantait Brassens.
1h30 de concert avec Camille, c’est surprenant, enthousiasmant, épatant et totalement excitant. A en devenir dingue, finir à l’asile en se frappant le front, les cuisses et le torse tout en hurlant « Camille, reviens, ce sont les autres, les fous ! ».