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Interview avec The Naked And Famous

Interview avec The Naked And Famous en concert

Rock en Seine 28 Septembre 2011

Interview réalisée le 27 octobre 2011 par Fredc

Sélectionné dans la prestigieuse liste BBC Sound de l'année, les Naked And Famous en sont assurément l'une des révélations. Avec leur pop à la fois chaotique et fraîche, sombre et dansante, ils nous embarquent dans des univers passionnants. Musiciens méticuleux, qui pensent leur musique avant de la jouer ; ils n'avaient en revanche pas prévu le succès mondial qui leur est tombé dessus après la sortie de l'incroyable Young Blood. Venus d'Auckland, ces cinq jeunes néo-zélandais ont largement dépassé les frontières de leur île pour tourner aujourd'hui partout dans le monde. Et ce "partout" inclue Rock en Seine, où nous avons pu les voir sur scène, avant qu'ils nous accordent une interview dans l'espace presse/VIP. Rencontre avec David et Aaron...




Tout d'abord : comment ça se passe pour vous à Paris ?

Aaron : Très bien, il ne pleut pas, ce qui nous change un peu des jours précédents à Reading et Leeds !

Quand êtes-vous arrivés ?

David : Ce matin vers 9h, on venait d'Angleterre, donc on n'a pas eu beaucoup de temps pour profiter de Paris. Quand tu es en tournée, dans le bus, tu ne sais jamais trop si c'est le jour ou la nuit...

C'est la première fois que vous jouez en France ?

Aaron : C'est la deuxième, on a déjà joué une fois à La Machine, à côté du Moulin Rouge, fin février, juste après notre tournée au Royaume-Uni. C'était sympa, il y avait environ 50 personnes.

Une question assez basique pour commencer : je sais que le nom de votre groupe vient d'une chanson de Tricky, et que vous l'avez pris un peu comme une blague au début ; est-ce que, maintenant, vous lui avez trouvé une signification ?

Aaron : C'était une blague, mais elle avait du sens en elle-même. Tout d'abord, on aime tous la musique de Tricky, et puis l'idée était de se donner un nom qui correspondait exactement à ce qu'on n'était pas : des gens à la recherche de la gloire et de la célébrité, implantés dans la pop culture.

Est-ce que vous ne trouvez pas que ça renvoie aussi à l'ensemble de la société : j'ai le sentiment que notre génération, et sans doute encore plus la suivante, va atteindre la célébrité (un peu dans l'idée des quinze minutes de célébrité d'Andy Warhol) au travers de l'exposition offerte par les réseaux sociaux, mais que, d'un autre côté, elle est aussi plus creuse, comme dénuée de substance...

Aaron : J'aime cette définition...

David : Je n'y avais jamais pensé, mais j'aime l'idée du manque de substance.

Aaron : Je pense que c'est le principe même des réseaux sociaux, c'est inhérent à la nature d'Internet.

Par "nue", on peut aussi entendre le fait qu'elle soit plus exposée et vulnérable...

Aaron : Oui, tu suis plein de gens sur Twitter et tu sais exactement ce qu'ils font en temps réel, du moment où ils prennent leur douche le matin jusqu'au moment où ils se couchent le soir... C'est un bon élément de réflexion. En tout cas, tu as trouvé une nouvelle signification au nom de notre groupe et on va s'asseoir pour y réfléchir un moment [Rires]

En écoutant votre musique en live tout à l'heure, pas mal d'idées de sont bousculées dans ma tête : j'ai eu le sentiment que vous étiez des sortes de messagers d'une jeunesse à venir, peut-être dans une vingtaine d'années, une jeunesse post-crise, cynique et jouisseuse, qui évolue dans un monde chaotique. C'est aussi pour ça que j'ai pensé à cette définition pour le nom de votre groupe, est-ce que c'est quelque chose avec lequel vous êtes d'accord ?

Aaron : Oui, je pense que tu as saisi un peu de la personnalité de chacun pendant qu'on jouait, il y a un peu de tout ce que tu viens de dire.

David : Je crois que l'album lui-même comprend beaucoup de polarités, d'émotions différentes, des façons de penser très éclectiques : sommets/creux, homme/femme, digital/analogique...

Ca se ressent de façon très forte : il y a des chansons très légères, joyeuses et dansantes, et d'autres beaucoup plus sombres et complexes.

Aaron : On aime cette dynamique, on voulait vraiment faire un album qui ne serait pas fait d'un seul bloc émotionnel homogène ; quand on réfléchissait aux morceaux, on voulait vraiment disposer ici des choses agressives, là un pic de joie, encore ailleurs de la tristesse ... On a pris beaucoup de plaisir dans cette dynamique.

C'est une façon très intellectuelle de concevoir un album, finalement...

Aaron : Complètement, oui.

Votre musique est très riche et complexe, ce n'est sans doute pas très facile à jouer en live, comment avez-vous travaillé sur les concerts ?

David : Au début, lors de nos premières répétitions, on produisait une musique très low-fi, sans aucune aide électronique, et ça a complètement changé avec l'album: il y a beaucoup plus d'éléments électroniques, mais en écrivant ces morceaux, on a gardé à l'esprit qu'on voulait pouvoir les jouer sur scène sans utiliser de bandes-sons, et ça a fini par aboutir à un live très élaboré.

Quel est le processus créatif de vos chansons ?

Aaron : Ca change évidemment pour chaque chanson, mais en règle générale, Thom et Alisa arrivent avec une démo, quelques paroles, la base du morceau, et puis les éléments s'assemblent progressivement.

David : Ce qui implique qu'on ait quatre ou cinq versions différentes de chaque chanson.

Vous êtes des perfectionnistes...

Aaron : Oui, totalement.



A la fin du concert, en quittant la scène, beaucoup de gens chantaient le refrain de Young Blood ; quand vous avez fini cette chanson, est-ce que vous saviez que ce vous teniez un tube ?

David : On savait que c'était un morceau assez "catchy", facile à retenir, qui ferait un bon single, mais on ne savait pas où ça nous mènerait, on ne savait pas si ça marcherait sur les radios indépendantes ou les radios "mainstream" néo-zélandaises. On n'était jamais passé sur ces radios mainstream, donc ça nous a un peu pris par surprise : on espérait être numéro un du Top 10 des radios alternatives et étudiantes, et quand notre manager nous a appelé pour nous dire que la chanson était numéro un du Top 20 pop, devant Katy Perry, on n'en revenait pas. On n'a pas vraiment compris ce qui se passait.

La prochaine fois que vous rencontrez Katy Perry, vous pourrez lui dire !

David : Ouais, on lui dira qu'on était devant elle dans les charts !

En parlant de succès, est-ce une surprise pour vous que votre musique puisse être comprise et partagée partout dans le monde et pas seulement dans votre pays, qui est une île, en plus ...

Aaron : On est surpris que les gens partout dans le monde apprécient la même musique que nous, mais je crois que la musique est quelque chose d'assez universel. Donc ce n'est pas surprenant d'un point de vue humain, mais on est très heureux et reconnaissant que les gens aiment ce qu'on fait et qu'on puisse aller le partager sur scène avec eux.

Dans une interview précédente, l'un des membres du groupe, je ne me souviens plus qui, a dit que la scène musicale néo-zélandaise craignait...

Aaron : C'est sans doute Thom ! [Rires]


Vous êtes d'accord avec lui ?

Aaron : Je pense que si tu lui reposais la question maintenant, il reviendrait peut-être là-dessus... Le problème, c'est que c'est une petite scène ; quand tu vis aux Etats-Unis, tu as accès à des supers artistes toutes les semaines, alors qu'en Nouvelle-Zélande, c'est une fois par an.

David : Je ne dirais pas que ça craint, il y a une culture et une histoire très riches...

Aaron : ...mais c'est facile de se laisser piéger parce que c'est petit et très loin de tout.

Justement, c'était ma question : est-ce que vous pensez que ça rend les choses plus faciles ou plus compliquées pour se faire connaître ?

Aaron : C'est certainement plus difficile de se faire connaître, mais après, c'est une réaction en chaîne : il faut passer cette étape de te faire connaître au-delà de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie... On a eu beaucoup de chance : quand Young Blood est sorti, il a été repéré par beaucoup de blogs un peu partout, puis par Neon Gold à New-York, qui l'a sorti aux Etats-Unis, et ça a continué de se développer, de plus en plus de gens en ont parlé et des maisons de disque internationales ont commencé à nous approcher et à nous faire des offres...

Votre musique est très "mondialisée", comme vos influences, qui viennent des Etats-Unis et du Royaume-Uni, est-ce que vous pensez que votre origine néo-zélandaise a malgré tout une influence sur votre production ?

David : Il y a quelques artistes néo-zélandais qui ont une influence sur nous, mais en Nouvelle-Zélande, les charts sont remplis par les artistes américains ou anglais, la plupart de nos influences sont donc très internationales.

C'est peut-être aussi pour ça que votre musique s'exporte aussi bien...

Aaron : Oui, sans doute.

David : Et puis, en Nouvelle-Zélande, il y a quelque chose de génial qui n'existe sans doute pas partout ailleurs : une sorte de système de subventions gouvernementales pour les artistes. Ca nous a beaucoup aidés à progresser et à nous faire connaitre...



Revenons aux festivals, puisque nous sommes à Rock en Seine : si vous deviez créer votre propre festival, où se déroulerait-il et qui serait à l'affiche ?

Aaron : Où ce serait ?

David : Au Japon !

Aaron : J'allais dire au Japon. On a joué à Fujirock, ce serait cool de le faire dans un endroit qui y ressemble, quelque part au Japon. Et on programmerait les Chemical Brothers aussi... On copierait complètement Fujirock, quoi ! [Rires] En fait, on aimerait revenir un an avant le tout premier Fujirock et en être les créateurs et on pourrait dire que c'est "notre festival".

Ca ferait un nom original !

Aaron : "Notre Festival" au Japon, par David et Aaron... [Rires] Non, sérieusement, on a vraiment vécu un truc génial au Japon, je n'étais jamais venu avant et on a passé quelques jours sur place avant et pendant le festival ; le site est incroyable, le public est génial...

Ca me fait penser à une question presque trop classique, que je n'avais pas prévu de poser, mais allons-y quand-même : est-ce qu'il y a une différence entre les publics dans le monde ?

Aaron : C'est amusant, parce que, d'habitude, on répond "non" à cette question, et c'est sans doute vrai dans la majorité des cas, les gens applaudissent, sautent partout de la même façon... mais la différence, c'est le Japon. Les gens sont tellement respectueux : quand tu finis une chanson, ils applaudissent et puis d'un coup ils s'arrêtent et font le silence complet. On a vu Mogwai jouer là-bas, ils faisaient un set très dynamique, et à un moment, le guitariste a juste fait un peu claquer les cordes de sa guitare, et je me suis dit : "dans n'importe quel autre festival dans le monde, on n'aurait jamais entendu ce bruit, parce que les gens auraient été en train de parler", et là on était dans ce festival gigantesque, avec des milliers et des milliers de gens partout, et personne ne fait de bruit. C'est un bon exemple du respect du public là-bas.

Puisqu'on nous fait signe, passons aux deux dernières questions : est-ce qu'il y a une salle ou un festival où vous rêveriez de jouer ?

David : J'adorerais aller à ce festival qui s'appelle "Notre Festival, par David et Aaron" ! [Rires]

Aaron : Ouais, carrément ! Non, franchement, chacun des festivals qu'on a faits cette année était génial, en Europe comme aux Etats-Unis. Aujourd'hui, je suis incapable de dire lequel est mon préféré, c'est une expérience incroyable en soi de découvrir tous ces endroits.

Dernière question : j'aimerais que mon interview arrive en tête des recherches Google, alors est-ce que vous auriez une fausse rumeur à balancer sur vous-mêmes ?

Aaron : En fait, David n'a pas les cheveux longs, il est chauve.

David : Ce sont des extensions !

C'est du beau boulot !

David : Sinon, j'ai mangé des ordures dans la poubelle du bus.

Aaron : Au milieu de la nuit, on a entendu ce bruit bizarre...

David : C'est pas vraiment une rumeur, en fait : la nuit dernière, j'avais vraiment faim, et je savais qu'il restait un morceau de poulet dans une boîte, mais elle était dans la poubelle et j'ai du remuer les ordures pour la retrouver...

La vie de musicien est vraiment dure ! Merci beaucoup, en tout cas.

Aaron et David : Merci à toi !

Merci à David et Aaron, ainsi qu'à Benjamin, chez Ephélide, et Julien, chez AZ/Universal, sans qui cette interview n'aurait pas pu avoir lieu.

Si les questions sont nulles, adressez vos reproches à Fred Cazalis ; si les photos sont moches, c'est de la faute de Boby.

Retrouvez la chronique de leur concert en cliquant ici.

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