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Samedi 16 décembre 2017 : 10872 concerts, 24778 chroniques de concert, 5189 critiques d'album.

Interview de Jo Wedin & Jean Felzine dans le cadre de la sortie de leur premier album, Pique-Nique

Interview de Jo Wedin & Jean Felzine dans le cadre de la sortie de leur premier album, <i>Pique-Nique</i> en concert

La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand Décembre 2017

Interview réalisée le 04 décembre 2017 par Adeline Lecatre



Couple à la ville comme à la scène, Jo Wedin & Jean Felzine viennent de faire paraître le 3 novembre 2017 leur premier album, le très pop et ultra rafraîchissant Pique-Nique... Présenté lors d'une Release Party au Divan du Monde à Paris le 13 décembre 2017 et en tournée, le disque de l'ex chanteuse du Mai et du chanteur et guitariste de Mustang a la particularité d'être truffé de tubes écrits à deux. De futurs hits abordant avec originalité, un certain piquant et une belle légèreté des thèmes comme l'amour, la vie à deux, le statut de l'homme, la chirurgie esthétique, le sexe etc etc. Entretien juste avant le concert du pétillant duo franco-suédois en première partie de Catherine Ringer à la Coopérative de mai, à Clermont-Ferrand :



Pique-Nique, votre premier album, est sorti le 3 novembre, racontez-nous sa genèse...
Jean Felzine: On a commencé à l'enregistrer au mois de mars 2016 avec Etienne Caylou au Studio Pipo à Paris, avec de petites sessions un peu espacées. J'avais rencontré Etienne en faisant les guitares pour le disque de Severin et Johanna l'avait rencontré pour son disque de jazz, parcequ'on fait tous les deux beaucoup de choses à côté. On l'a fait à crédit et on s'est retrouvé un peu coi quand il s'est agit de payer, alors on a fait un crowdfounding pour payer l'enregistrement et le mix. Et pour le reste on a trouvé le label AT(h)OME pour le pressage et la promo.

Récemment, le couple Jo et Jean est devenu un trouple avec l'arrivée d'un batteur, Nicolas Musset, en studio et sur scène, parlez nous de lui et de ce qu'il vous apporte ?
Jean : (rires) C'est à dire qu'au bout de quelques années de relation on commençait à s'ennuyer un peu... On a voulu faire entrer d'autres gens dans l'histoire pour continuer à s'émoustiller... En plus, il est quand même pas mal de sa personne, ce qui ne gâche rien.
Johanna Wedin : (rires) Oui, il est très beau...
Jean : En fait, on en avait marre de jouer avec des boîtes à rythmes, qu'on utilisait depuis longtemps.
Johanna : On les utilise encore de temps en temps quand on a pas le budget pour payer Nicolas. Donc, on a plusieurs formules mais dès qu'on peut faire appel à notre batteur, on préfère.
Jean : Oui, dès qu'on peut on joue avec lui parce que c'est plus dynamique.

Pique-Nique est présenté comme " pop glam " : on y trouve une grande variété de styles : glam rock ("Ne Fume Jamais au lit"), ballade rock'n'roll, calypso, pop shellerienne, sincérité chanson ("Un Jour de plus un Jour de moins"), guitares surf, savez-vous discerner les influences de l'un et de l'autre ?
Jean : Ce qui est jamaïcain vient plus de Johanna parce que moi j'ai fait un rejet de ça pendant longtemps, mais c'est en train de me passer.
Johanna : C'est aussi parce que c'est notre culture en Suède (pardon la France !)... Mais en Suède notre musique jamaïcaine est de meilleure qualité. On en écoute beaucoup même si on a pas beaucoup de groupes de reggae et de rock steady. On écoute tout simplement plus de musique anglo-saxonne. Moi, je n'ai jamais été traumatisée, comme Jean, par certains groupes dont on taira le nom ici. La soul on adore tous les deux. Surtout pour les voix.
Jean : C'est sûr ! C'est kif kif. Par contre, tout ce qui est rock et chanson française, vient bien-sûr plus de moi.

Sur le disque, la voix de Johanna est plus présente que celle de Jean, pourquoi ?
Johanna : C'est parce que le projet a débuté comme un disque solo. J'avais commencé a écrire des chansons toute seule en français et j'ai rencontré Jean. Finalement, on a continué à écrire ensemble. J'ai poursuivi en solo assez longtemps et on a fait un concert ensemble et là on s'est dit "Wow ! Ça rend bien sur scène tous les deux ! Faisons on duo !" Et d'autres personnes nous ont encouragé à aller dans cette direction.



En écoutant le disque, on remarque l'omniprésence d'harmonies vocales superbes comme sur "Chanter, baiser, boire et manger" ou "Le jeu", deux titres dont les harmonies sont somptueuses...
Jean : Ah, merci de l'avoir remarqué ! Je suis content parce que c'était un gros boulot !

Comment vous êtes vous rendu compte de ce mariage parfait ?
Jean : Au premier concert qu'on a fait. J'ai dit à Johanna : "Tu as ces chansons, on les a écrites ensemble mais pour l'instant tu n'as pas de groupe alors je vais t'accompagner." Sur scène pour soutenir un peu sa voix, j'ai fait quelques harmonies vocales et on s'est rendu compte que ça marchait bien. C'est pas de la vraie "close harmony", car avec une voix d'homme et une voix de femme c'est plus compliqué d'avoir un "close". Alors je chante la tierce mais au lieu de la chanter au dessus de Johanna, je la chante en dessous. Ce qui pourrait ne pas marcher, mais curieusement ça marche la plupart du temps avec nos deux voix.
Johanna : On a beaucoup de chance ! Ça pourrait ne pas fonctionner du tout. Mais là, on a vraiment de la chance, c'est un peu une trouvaille ce truc-là.

Force est de constater que Pique-Nique bénéficie d'un bon accueil de la presse, mais Johanna a regretté d'être souvent présentée comme "la blonde" ou "la moitié de Jean"... A votre avis pourquoi certains journalistes ont-ils choisi cette manière de vous présenter?
Johanna : Je sens qu'en France ça fait longtemps que c'est comme ça. Je le ressens fortement. C'est peut-être parce que Gainsbourg faisait déjà chanter des femmes, ses copines...
Jean : ses femelles !
Johanna : ...des actrices... Et je crois que c'est dans l'histoire, dans la culture en France. Et aussi, si j'peux me permettre, c'est un peu macho par rapport à la Suède. En Suède, il y a plus de femmes débrouillardes. Dans la musique, il y a plus de femmes productrices, de directrices artistiques, de femmes qui font les choses toutes seules et là-bas ce n'est pas vu comme quelque chose de bizarre. Quand j'ai dit que ça ne m'a pas plu sur Facebook (n.d.r. : à propos de l'article de Tecknikart titré "Auprès de ma blonde"), j'ai une amie qui a réagit en me disant "Moi je fais tout dans ma musique à 99%." Et bien, on considère malgré tout qu'on l'aide, qu'elle est bien entourée d'hommes... Elle a du mal à être respectée.
Jean : Je crois aussi que c'est une question de look. Johanna est très féminine. Si on va aux Etats-Unis, il y a par exemple Taylor Swift. Très féminine et en même temps c'est une " business woman ", elle écrit, elle compose, elle est au top du Hit Parade. En France, on se dit que si une femme fait tout elle-même, il faut que ça ce voit...
Johanna : Qu'elle soit un peu mec...
Jean : Oui ! J'ai l'impression que c'est un peu comme ça en France.



Tout cela met en exergue les différences entre la culture française et la culture suédoise... Pour preuve la Suède est le premier pays a avoir donné le droit de vote aux femmes (1862 n.d.r.) ... bien avant la France (1944 n.d.r.) !
Johanna : Oui, c'est vrai...
Jean : Belle connerie !! Ça a été le début des emmerdes !!
(Rires de Johanna)
Jean : J'suis pas loin d'le penser ! On est pas d'accord sur tout.
Johanna : Jean me soutient très souvent. Mais je n'ai pas besoin qu'il me défende à tout prix. Je préfère me défendre toute seule et dire les choses. C'est pourquoi j'ai fait cette publication Facebook. Je voulais que ça vienne de moi.

Vous avez l'occasion de mettre les choses au point : qui fait quoi ?
Jean : La vérité c'est qu'on écrit les chansons ensemble. C'est comme ça que ça se passe.
Johanna : Et c'est jamais vraiment pareil...
Jean : Non, ça n'arrive jamais par le même bout. Parfois je fais un bout de texte, un bout de mélodie. Johanna écrit un couplet, j'écris un refrain. C'est vraiment du travail à deux.
Johanna : C'est sûr que la langue française, Jean la maîtrise beaucoup mieux que moi, c'est normal. Mais j'amène des bouts de textes, une idée et on les travaille ensemble. Jean met en forme. Mais on fait vraiment tout ensemble : composition et écriture.

Les textes sont travaillés, montrent une grande finesse d'écriture où l'ironie et le second degré sont très présents, comme dans les hommes ne sont plus des hommes...
Jean : Ah, tu trouves ? Pour cette chanson-là, c'est Johanna qui est totalement responsable ! (s'adressant à Johanna) Tu vas te perdre dans tes contradictions ma chère amie...
Johanna : Non. Il y a des personnes qui ont compris et d'autres qui n'ont pas compris. J'avais envie de dire aux hommes ce qu'on dit aux femmes. On les met en lumière, on leur dit comment être, comment être belles, on est envahis par ça en permanence ! Et moi j'ai eu envie d'inverser les rôles. Et de parler de clichés sur les hommes. Je trouve que c'est marrant de le faire de cette manière. Pour moi c'est plus une chanson féministe qu'autre chose. Jean n'est pas d'accord... mais c'est pas grave !
Jean : Elle est compliquée à défendre cette interprétation.
Johanna : Si tu étais Suédois tu comprendrais.
Jean : Mais je ne le suis pas... Je suis né en Picardie ma pauvre amie...



Pour moi le chef d'œuvre de Pique Nique c'est "Femme de chambre", racontez-nous la création de cette chanson...
Jean : C'est une idée de Johanna, une idée de scénario.
Johanna : Oui, j'ai vu un film, un vieux vieux film avec Marilyn Monroe. Je ne suis pas particulièrement fan d'elle mais j'ai vu ce vieux film, dont je ne connais pas le titre. ("Don't Bother to Knock", 1952, réalisé par Roy Ward Baker, n.d.r.). Elle est très jeune, et interprète une femme comme ça. Elle devient un peu folle à la fin, elle pense même à tuer les enfants. Et justement, elle essaie un parfum... En fait elle vit la vie de cette femme riche. Je me suis dit qu'il devait y avoir plein de femmes comme ça, qui rentrent le soir chez elles dans leur appartement minuscule et qui deviennent amies en plus avec leur patronne, les enfants... qui partent en vacances ensemble... J'ai l'impression qu'on n'a jamais vraiment écrit sur le sujet en musique.
Jean : En chanson, je ne sais pas mais il y a eu beaucoup de films sur ce thème comme "La Cérémonie" de Claude Chabrol. (Librement inspiré des Bonnes de Jean Genet, 1947, lui-même inspiré par l'histoire vraie des Soeurs Papin, n.d.r.).
Johanna : Oui, c'est une chanson très cinématographique.
Jean : Ça m'évoque aussi "Plein Soleil" de René Clément qui est un de mes films préférés, où il y a une scène avec Alain Delon : il essaie les vêtements de Maurice Ronet, se coiffe et parle comme lui devant la glace. C'est une scène géniale ! Un peu homo-érotique. C'est comme cette femme de chambre en fait, elle veut prendre la place de sa patronne. Et pour l'écriture, je me souviens bien, on l'a finie à une terrasse d'un café du 18ème arrondissement de Paris où je vivais à l'époque. On a trouvé cette musique qu'on a composée à Clermont-Ferrand d'ailleurs, chez ma mère où il y a un piano. On a trouvé cette suite d'accords un peu bizarres... Je suis content que tu l'aies remarquée cette chanson. C'est vrai qu'elle est pas mal. On va peut-être en faire un truc alors...

Pour finir, des questions cons, pas besoin de réfléchir, répondez du tac au tac...

Si vous étiez une voiture ce serait laquelle ?
Johanna : une Porsche (rires)
Jean : mais c'est affreux les Porsche modernes !
Johanna : Une vieille Porsche ! C'est beau les vieilles Porsche. Une vieille Porsche rouge.
Jean : Moi ce serait un Kangoo parce qu'on peut mettre plein de choses dedans.

Avez-vous un plaisir musical honteux ?
Johanna : Ouh la... euh... qu'est-ce-qui est honteux... Y'a des gens qui trouvent que Abba c'est honteux, mais pas du tout !
Jean : Non, c'est super Abba !
Johanna : ... Toi c'est "Schtroumpf Party".
Jean : Ah oui ! Exactement ! C'est le premier disque j'ai acheté.
Johanna : Dis moi ce que j'écoute d'honteux ?
Jean : Rien. C'est désespérant. Tu es désespérante de bon goût.

Le livre que vous avez lu plusieurs fois tellement vous l'aimez ?
Jean : Aucun.
Johanna : Aucun. Mais j'ai récemment lu tous les livres de Elena Ferrante, c'est une auteur très mystérieuse. J'aime beaucoup, je vous la conseille !

L'objet le plus kitsch que vous possédez ?
Jean : Ah ça c'est facile ! Une plaque minéralogique américaine à l'effigie d'Elvis Presley !
Johanna : Un objet kitsch... euh... des poupées russes Elvis... (s'adressant à Jean) Mais je te les ai données. J'aime la Russie.
Jean : Ah, et j'ai une casquette Roy Orbison !



Liens : www.jowedinetjeanfelzine.fr, www.facebook.com/jojowedin, twitter.com/jwedinjfelzine, www.instagram.com/jowedinjeanfelzine, jowedinjeanfelzine.bandcamp.com...



Photos : Louis Teran (noir et blanc) et Hannah Hilda Jeannette (couleurs).

Interview initialement réalisée pour Radio Campus Clermont-Ferrand

 Interview réalisée le 04 décembre 2017 par Adeline Lecatre


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