Accueil Chronique de concert Interview de Renaud Brustlein d'H-Burns à propos de l'album Midlife (sortie le 29 mars 2019)
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Interview de Renaud Brustlein d'H-Burns à propos de l'album Midlife (sortie le 29 mars 2019)

Interview de Renaud Brustlein d'H-Burns à propos de l'album Midlife (sortie le 29 mars 2019) en concert

Romans-sur-Isère Mars 2019

Interview réalisée le 29 mars 2019 par Pierre Andrieu



A l'occasion de la sortie du chaudement recommandé nouvel album d'H-Burns, "Midlife" (chronique à lire ici), on a appelé sur son portable Renaud Brustlein, le songwriter, chanteur et guitariste du groupe français, pour qu'il nous raconte en long, en large et en travers (surtout en travers) la passionnante et contrastée histoire qui se cache derrière ce disque, à la fois sombre et lumineux, une oeuvre en forme de bilan d'une vie débutée dans une petite ville de province en France périphérique... Une interview au long cours où sont évoqués, entre autres, Stuart Staples des Tindersticks, Romans-sur-Isère, Bruce Springsteen, La Souterraine, Peter Deimel du studio Black Box, Neil Young, The Velvet Underground, Bob Dylan, Bill Callahan et ... Nordahl Lelandais.



Quel a été le point de départ de l'album Midlife ?
Renaud Brustlein : Au tout début, j'ai pensé à une galerie de portraits issus de ma ville d'origine, Romans-sur-Isère ; il y a tellement de destins improbables autour de moi que je me suis dit qu'il fallait en parler... C'est presque irréel et cinématographique. Donc j'ai pensé à évoquer des gens issus de ce bled, ce qu'ils sont devenus, pourquoi, ce qui a mal tourné pour eux. Ce n'est pas un concept album, mais en tout cas s'il doit y avoir un point de départ, c'est celui-là. Après, je me suis dit, "qu'est ce qu'il y a de positif dans cette ville ?" J'ai pensé à tout ce que j'avais pu vivre de cool à Romans, aux rencontres que j'ai pu faire là-bas, à ce qui a amené des trucs plus joyeux, plus lumineux... Et puis il y a tout le versant sombre aussi. Il fallait que je fasse le bilan, j'ai 40 balais, j'ai grandi là, je n'y habite plus, certains potes sont restés, d'autres sont partis puis sont revenus pour des raisons plus ou moins heureuses. J'ai quand même essayé de mettre un peu de légèreté et de dualité des sentiments derrière tout ça.

Tu as commencé l'album en faisant des démos dans le studio de Stuart Staples des Tindersticks à La Souterraine, dans la Creuse... Tu peux parler de cette rencontre  ?
C'est une chouette rencontre avec Stuart, c'était aux Nuits de Fourvière à Lyon au concert de Bertrand Belin, un ami, il jouait avec les Tindersticks, et il m'a présenté Stuart Staples en fin de soirée. On a commencé à discuter avec Stuart et ça a duré des heures, on s'est échangé nos numéros de téléphone, on a parlé du studio de Denis Clavaizolle à Cournon, près de Clermont-Ferrand, où je venais d'enregistrer l'album "Kid We Own The Summer". Il m'a dit "ah tiens, un studio pas loin de chez moi, c'est toujours bon à savoir ! J'ai un studio moi aussi... " Je lui ai envoyé le vinyle de l'album par La Poste avec un petit mot, il m'a répondu une semaine après par mail en me disant qu'il adorait le disque et que si je voulais qu'on se rencontre pour faire un truc ensemble il était ok ! Je suis allé le voir dans la Creuse, on a passé une journée ensemble à manger, à boire des coups et à écouter des vinyles. Et puis j'y suis retourné l'été d'après pour faire toutes les pré-prods de l'album et échanger avec lui sur les chansons... A cette époque-là, je n'avais pas tout le disque, il n'y avait que 4 ou 5 titres. On a parlé des arrangements, des chansons, du ton, de la façon de placer la voix, du fait d'être moins dans l'Americana et de plus accepter d'être européen. Le disque sonne moins américain que les précédents, à quelques chansons près, au moins dans le mixage, on a pensé la voix autrement, elle est devant. Après, il était question de faire le disque ensemble mais il m'a dit en gros que je savais trop où je voulais aller pour qu'on le fasse ensemble, qu'il ne voulait pas se mettre au milieu de mon élan créatif, qu'il avait accompagné la phase préparatoire du disque et qu'il ne voulait pas brider les choses en intervenant...

Il reste des éléments enregistrés avec lui sur le disque ?
Non, on a juste fait les démos qui ont servi de point de départ. Après, il y a deux ou trois titres enregistrés là-bas qui sortiront d'une manière ou d'une autre, mais un peu plus tard. C'est très épuré ce qu'on a enregistré chez Stuart, l'idée c'est qu'il voulait un peu me ramener à l'os du truc, guitare/voix ou claviers/voix, me ramener à l'essentiel en gros. J'ai peut-être utilisé quelques pistes sur le disque final mais on a refait beaucoup de choses après. Surtout, le passage chez Stuart m'a donné envie d'écrire toute la deuxième partie du disque en fonction de ce qu'on s'était dit là-bas.



C'est lui qui t'a présenté le batteur des Tindersticks, Earl Harvin, qui joue sur le single "Crazy Ones" ?
Il ne joue pas que sur ce titre, il joue sur tout le disque ! Ça a vraiment été un point de départ, la rencontre avec Stuart : il m'a dit "tu devrais faire l'album dans un studio qui utilise des bandes, je te conseille d'aller chez Black Box près d'Angers, et tu devrais bosser avec le batteur des Tindersticks"... Et, donc, je suis allé enregistrer à Black Box avec ce batteur ! (rires)

Tu connaissais la réputation du studio Black Box ?
Oui, j'en avais entendu que du bien ! Et puis il y a eu une belle rencontre avec Peter Deimel (ndr : l'ingé son du studio), avec qui j'ai travaillé sur le disque là-bas de A à Z. On a d'ailleurs bossé à nouveau récemment avec lui, pour le disque de Morgane Imbeaud. Peter s'est vraiment investi dans le disque, c'est formidable d'avoir un mec comme ça derrière la console, qui connaît son studio à la perfection. En plus d'être un super ingénieur du son, c'est le cinquième Beatles !

Tu étais fan des Tindersticks avant de rencontrer Stuart ?
C'est ce que je disais à Stuart, j'avais la BO du film de Claire Denis, "Trouble Every Day", depuis quasiment 20 ans... C'est le premier disque que j'ai acheté d'eux, c'est un groupe que j'ai beaucoup écouté début 2000. Après, j'ai un peu perdu de vue leur musique, et puis des fans m'ont dit qu'ils voyaient des similitudes et je me suis remis à écouter vers 2010 en rattrapant le temps perdu sur les sorties. Surtout, j'ai toujours apprécié leur classe, leur ligne de conduite, leurs arrangements, leurs cordes... Et puis en les voyant aux Nuits de Fourvière, j'ai pris ma petite claque !

Le disque s'appelle "Midlife", tu as quarante ans, est-ce que tu as subi la fameuse crise de la quarantaine ?
Techniquement, je n'ai pas encore atteint les quarante ans, ce sera cet été, mais j'anticipe la crise ! (rires) En fait je cherche à en rire, j'ai des côtés très "éternel adolescent", pour le moment je me sens plutôt mieux dans ma peau à mon âge que quand j'avais vingt ans... L'apaisement, ce n'est pas désagréable. Je suis content du parcours que j'ai effectué, qui me permet de vivre de la musique depuis plus de dix ans. Si on m'avait dit ça quand j'avais vingt balais et que j'étais un peu torturé, j'aurais signé tout de suite ! Mais sur le disque, je ne parle pas que de moi non plus, je me mets en scène dedans, c'est vrai, mais je fais aussi le bilan autour de moi, je regarde mes amis, ma vie, mes amours, j'ai pris un point de vue au dessus de ça pour me demander ce qui se passe à quarante ans pour tout le monde. Y'a des gens que ça fait vriller... Bref, à cet âge tu n'as plus la sensation d'être un éternel jouvenceau (rires) !



Y'a un côté positif aussi : si tu as la sensation que tu es au milieu de ta vie, ça veut dire que tu penses que tu vas vivre jusqu'à 80 ans !
Oui, je dis souvent "Midlife, dans le meilleur des cas", on devrait le préciser entre parenthèses sur le disque ! L'album n'est pas complètement noir, c'est aussi pour ça qu'on a brouillé les pistes en sortant le single "Crazy Ones", qui est très lumineux, a l'air groovy et gai et parle en fait de choses assez sombres, graves, le tableau n'est pas forcément rose. J'aime bien la dualité des sentiments...

Quelle est la part autobiographique et la part de fiction dans les textes ?
Clairement, sur cet album, c'est très autobiographique, il y a beaucoup de choses personnelles, qui constituent un point de départ, très premier degré, mais après il y a une part de fiction bien évidement. Mais chaque chanson a été initiée par une histoire, une anecdote, une rencontre, quelque chose que j'ai vécu ou qui a été vécu par quelqu'un que je connais. Ce n'était pas forcément le cas sur mes deux derniers albums...

Le disque est assez mélancolique... Tu es passé par des heures sombres, ça fait partie de ton caractère ? Ou ça ressort plus dans ta musique et tu n'es pas comme ça dans ta vie  ?
Je suis quelqu'un de globalement assez angoissé, je suis toujours dans le questionnement, jamais dans la sérénité plus de 48 heures... J'en parle sur le morceau "Black Dog", j'ai eu une période un peu "dark" on va dire, j'évoque au premier degré les substances chimiques qui existent en pharmacie pour parer aux périodes sombres : cachets etc. J'étais insomniaque, je me levais le matin avec la grosse lose, j'étais tombé dans une bonne petite phase de dépression hivernale prolongée.

C'est récent ou ça date  ?
C'était juste au moment d'écrire le disque... Autour de moi, j'ai beaucoup de potes qui sont dans la déprime, notamment un dans mon bled. Donc j'avais l'impression qu'il y avait beaucoup de gens un peu sombres, dans les médicaments, et je me suis dit que j'allais faire un morceau sur ça, ça a donné "Black Dog". Mais j'ai pris soin de mettre un peu d'humour et de deuxième degré pour éviter le côté trop déprimant, hein ! (rires)

Comme sur ce morceau, je pense que tu as voulu contrebalancer le côté mélancolique du disque avec la pochette, très drôle et où figure la mention "Parental Advisory Explicit Content" ?
C'est un disque où je fais une sorte de bilan, donc ça paraissait logique que j'apparaisse sur la pochette, ce qui n'était pas le cas pour tous mes précédents disques, sauf le premier. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'humour est assez présent dans le disque, comme dans les morceaux qu'on a déjà cités, j'ai essayé d'avoir un peu de décalage, de mettre quelques punchlines... Je suis très admiratif de Bill Callahan, qui, dans un titre très mélancolique, est capable de te faire éclater de rire en plein milieu. C'est une manière pour moi de prendre du recul par rapport au propos du disque, c'est pour ça qu'on a choisi cette pochette... On a shooté pendant 4 heures, avec plein de fringues différentes, avec un chien, un fusil, on a tout essayé !



"Crazy Ones" est ton titre le plus tubesque et funky depuis tes débuts... Comment est venue la chanson ?
J'étais dans une phase intense d'écoute du Velvet Underground, et ce que j'aime dans ce groupe c'est qu'il était capable d'envoyer des singles complètement légers en apparence tout en ayant des paroles très subversives, en totale opposition avec la première impression. A côté de ça, je n'ai jamais boudé mon plaisir devant les gros singles qui sortaient dans les années 90, qui n'avaient pas peur "d'envoyer du dance-floor". Dans le milieu musical d'où je viens, on a tendance à se mettre des barrières : "houla, faut pas que je déborde, sinon je vais choquer !" D'ailleurs avec "Crazy Ones", je me prends déjà quelques taquets en provenance des esthètes indie, on me traite de vendu ! (rires)

Oui, choquer les "esthètes", c'est plutôt bon signe en général !
Ouais ! (rires) D'une, ça m'amusait d'emmerder un peu les esthètes et, de deux, je pense que tout le monde aime un bon single de Beck des nineties, un hit de Eels de la même période ou "Whats goes on" du Velvet Underground, des trucs qui font taper du pied, quoi !

Le texte de "Crazy Ones" parle du fait qu'on tombe souvent amoureux de gens qui ont un grain... C'est du vécu ? Moi, ça m'arrive souvent...
Oui, bah moi, c'est ma spécialité ! (rires) Il était temps d'en parler... J'essaie d'universaliser le propos dans les chansons. C'est un peu ce que dit Jack Kerouac dans "Sur la route" : "les seuls gens qui m'intéressent dans la vie, c'est les tarés !" C'est pareil en amitié, depuis mon adolescence, j'ai toujours eu tendance à m'entourer de gens un peu allumés, en marge, différents, donc je pense que j'ai dû reproduire ce schéma après au niveau sentimental et avec mes amis. Quelque part on cherche toujours à fuir la normalité...

Le clip de "Crazy Ones" illustre très bien la chanson... Tu peux en parler  ?
On s'était dit qu'on voulait une idée très simple pour la vidéo, et un jour, Marc Cortès, le réalisateur, est arrivé avec cette idée : "tu devrais être kidnappé par une fille qui te fait jouer la chanson sous la contrainte !" J'ai dit "banco, on fait ça !" On a trouvé une caravane bien glauque en banlieue parisienne, on a tourné par moins cinq degrés, y'avait des cafards partout, on était vraiment en condition ! On a fini tout tremblotants, mais on a bien rigolé...



Comme ton disque précédent, "Midlife" est idéal pour une écoute en voiture à mon avis...  Tu testes tes disques de cette façon ?
Je pense qu'on est dans un bon état pour écouter la musique quand on roule ou plus globalement quand on se déplace... Je trouve que ça amène un degré de poésie supplémentaire, j'ai l'impression que ça fait travailler une autre partie du cerveau. Donc, oui, j'aime bien faire de la musique de route, mais en essayant de ne pas tomber dans les clichés que je me prends toujours, du genre "musique des grands espaces", "Americana"... Je ne pense pas que ça soit un disque de grands espaces, il y a une différence entre aimer écouter de la musique en se déplaçant et être dans une sorte de fascination de la Route 66 ! Cela dit, "Midlife" est tout indiqué pour être écouté en se déplaçant. C'est quelque chose que je fais beaucoup, en tout cas depuis "Night Moves" où en l'occurrence j'étais au Etats-Unis et où on écoutait les mises à plat en roulant entre deux prises. Du coup on voyait si ça fonctionnait ou pas et, après, on revenait en studio avec les idées plus claires pour mixer le morceau.

J'aime beaucoup la production de la chanson "Black Dog", qui évoque le titre de Bob Dylan, "Series Of Dreams"... Tu avais ça en tête au moment d'enregistrer ?
Oui, c'est un morceau très méconnu de Dylan, mais que j'aime beaucoup ! C'est un titre à part, y'en a pas deux comme ça chez lui... La chanson "Black Dog" est un long voyage dans la dépression, et ça m'intéressait de m'inspirer de la manière dont Dylan a procédé sur son titre : à chaque refrain je monte d'un ton dans la voix, on fait entrer des éléments au fur et à mesure, c'est pensé comme un truc qui va d'un point A à un point B.

Tu peux parler de la chanson "Sister", un duo avec Kate Stables du groupe This Is The Kit ?
J'ai rencontré Kate lors d'un hommage à Bob Dylan à la Cité de la Musique en 2012 je crois, j'ai été bluffé par son côté "chanteuse intemporelle", et quand on la croise on se rend vite compte qu'elle est lumineuse. Sur cette chanson c'est vraiment des portraits de femmes, je voulais que ça soit incarné aussi par une voix féminine, mais que ça ne soit pas juste des chœurs, que ça soit vraiment un duo, c'est d'ailleurs pour ça qu'on a choisi de commencer la chanson avec elle tout seule... J'aime beaucoup la chanson, on a fait un clip qui sortira plus tard.



L'histoire du morceau "Dreamchaser" est assez troublante...
J'ai un ami d'enfance de Romans-sur-Isère qui s'appelle Stéphane Chemin, qui a disparu depuis 5 ans, il est toujours recherché activement mais il y a 99% de chances pour qu'il n'y ait plus d'espoir. On l'a vu la dernière fois alors qu'il était transporté par des ambulanciers pour une grosse crise de nerfs, puis il a disparu et on a complètement perdu sa trace depuis ce moment-là... Ça a donné lieu aux théories les plus folles, et puis son nom est apparu dans la liste des victimes potentielles de Nordhal Lelandais, un serial killer présumé. Donc son nom s'est retrouvé sur la cartographie des personnes pouvant avoir été assassinées par ce mec-là et sur la couverture du magazine des gens qui produisent mes albums, Society, pour le numéro qui évoque cette affaire. Stéphane était schizophrène à un degré assez costaud, dans la chanson j'ai essayé de me mettre dans sa tête, de ne pas penser rationnellement mais "sensoriellement". Il faisait partie de mes potes un peu différents, il était excentrique on va dire et je crois que sa maladie s'est développée progressivement au fil du temps...

Sur ce titre, le solo de guitare, superbe, fait énormément penser à Neil Young, et à Sparklehorse, grand fan du Neil Young... Vous aviez ça en tête au moment d'entrer en studio ?
Ah oui, bien sûr ! Sparklehorse, effectivement ça fait partie des groupes des années 90 que j'ai beaucoup écoutés... Et puis Neil Young, je suis très fan ! On s'est amusé à utiliser le même ampli que lui sur ce solo de guitare, c'est une sorte de mise en abîme... Et puis on s'est fait plaisir en tant que geeks du matos !

Tu as visiblement des rapports amour/haine avec ta ville d'origine, Romans-sur-Isère, tu en parles dans "Saturday", "Leaving" et "Friends"... Les choses se sont apaisées ou c'est toujours le cas ?
Ça s'est apaisé, oui, mais y'a toujours ce truc-là qui traîne... C'est une ville où je ne pourrais plus vivre, mais en même temps je ne peux pas me passer d'y retourner puisqu'il y a mes potes et mes parents là-bas ! Donc j'y vais très souvent, deux fois par mois, j'habite à une heure de route... C'est un peu ce que confesse Bruce Springsteen : il dit qu'il a passé toute sa carrière à raconter qu'il voulait se casser de sa ville d'origine, se barrer de "ce trou" et qui aujourd'hui à 70 balais vit à dix kilomètres de cet endroit ! Il a fini par en conclure que tous ses disques et ses textes étaient une vaste supercherie ! (rires) Il a bien résumé le truc je pense... On pense toujours que l'herbe est plus verte ailleurs et puis y'a toujours un truc qui fait qu'on revient, parce que c'est chez soi, et on se déteste pour ça !



Pour le titre "Saturday", tu as dit dans la bio du disque que tu avais été inspiré par " Extension du domaine de la lutte " de Michel Houellebecq, où il place qu'il ne veut pas finir sa vie à Rouen... Dans quelle mesure le livre a inspiré le morceau ?
J'aime beaucoup son côté désabusé et désenchanté, teinté d'ironie tout le temps, son rapport aux petites villes, aux petites choses du quotidien, sa façon de parler des supermarchés par exemple, sa vision de la France périphérique... Il y a d'ailleurs un journal qui s'appelle "Le 1" qui a fait la cartographie de la France de Houellebecq, qui liste les endroits où ses personnages se baladent, les galeries commerciales glauques etc., c'est la France dont on parle peu...

Il y a une chanson de Springsteen, "Highway Patrolman", qui a servie de base pour l'écriture d'un scénario pour le film de Sean Penn, "Indian Runner"... Tu aimerais que ça soit fait avec un de tes titres ? Tu pourrais le faire toi-même ?
J'adorerais ça, c'est sûr, mais je me sentirais pas les épaules d'un réalisateur... Je viens du cinéma à la base, j'ai bossé dans cet univers pendant des années, j'ai fait tous les jobs : de projectionniste à animateur scolaire pour faire des analyses de films, programmateur dans un cinéma d'art et essai. C'est ma deuxième passion avec la musique, j'ai toujours pensé mes chansons comme des petites histoires, ça doit être mon influence Springsteen ça, donc sincèrement si quelqu'un veut faire un film à partir d'une de mes chansons, je suis client ! Par exemple en partant de "Dreamchaser", ça pourrait être intéressant...

Justement, quel rapport tu as avec les disques de Bruce Springsteen ? Ça a été une influence à tes débuts, mais tu écoutes encore beaucoup ses chansons maintenant ?
Ah bah oui, ça fait partie de ma vie ! Sur la tournée "The River", je l'ai vu trois fois en concert, sur deux continents. C'est quelqu'un dont le travail va au-delà de la simple influence musicale, je me sens chanceux d'être contemporain de cet auteur-là, de ce qu'il représente, son parcours, son intégrité etc. Je suis content de vivre à la même époque que lui !

Personnellement, je préfère ses œuvres les plus sobres, comme "Nebraska" et "The Ghost Of Tom Joad", j'aime moins ses trucs emphatiques, très produits, avec des solos de saxophone... Tu as le même ressenti ?
Moi je prends son œuvre dans la globalité... Pendant des années, je préférais "Nebraska", "The Ghost Of Tom Joad" et les quelques morceaux acoustiques qui étaient sur ses disques, et puis finalement j'ai creusé, et dans chaque album, au-delà de la production, il y a des chansons au dessus de la moyenne, il y a des histoires. C'est un peu comme pour Bob Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young, je prends ça globalement, il y a des albums ou des phases que j'aime moins mais je suis par exemple capable d'écouter l'album "Infidels" de Dylan, un disque que personne n'aime...

H-Burns sera en concert à La Maroquinerie à Paris le 14 mai 2019 et en tournée française, toutes les dates sont ici...



Liens : www.facebook.com/hburnsmusic, www.h-burns.com, www.instagram.com/hburnsmusic1...

Photos posées : (c) Louis Canadas, photos live par Daniel Aimé


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