Accueil Chronique de concert Rogojine (Interview à l'occasion de la sortie de l'album Le bord de l'eau... et la rivière plate)
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Rogojine (Interview à l'occasion de la sortie de l'album Le bord de l'eau... et la rivière plate)

Riom (63) 26 décembre 2003

Interview réalisée le 26 décembre 2003 par Pierre Andrieu



Rogojine vient de publier son deuxième album, Le bord de l'eau et...la rivière plate, chez Sophiane/Discograph. Cet excellent disque devrait permettre au groupe riomois de trouver son public grâce à une distribution nationale et de nombreuses dates en première partie de Jean-Louis Murat.
Rencontre avec Jérôme Caillon et Christophe Pie à domicile, dans le centre ville de Riom. Après la dégustation de verres de Bordeaux lors de notre précédente rencontre en 2002 pour une interview , le café est adopté d'un commun accord cette fois-ci, il est tout juste 15 heures...




Pouvez-vous faire un rapide historique du groupe pour les gens qui ne vous connaissent pas ?
Jérôme Caillon : " Rogojine existe depuis 4 ans... On avait déjà bossé ensemble avec Christophe et Chérif, puis Philippe nous a rejoint. On s'est alors appelé Rogojine et on s'est mis à écrire en français... Après un premier album autoproduit, on a sorti un cinq titres (Aquaplanning) et là, on sort notre premier album distribué : Le bord de l'eau... et la rivière plate...

Y-a-t-il une signification particulière au titre de l'album ?
Christophe Pie : C'est assez drôle : je jouais à la Playstation sur un jeu de football, le match c'était Bordeaux contre River Plate... Je me suis dit que ça donnerait un bon titre d'album, mais c'est seulement une des explications du titre.

Est-ce que vous aviez une idée directrice au moment de la composition du disque...
Jérôme : Il n'y en avait pas vraiment... On a enregistré 21 morceaux puis parmi ceux-ci on en a choisi onze pour l'album, tout simplement... On voulait surtout pouvoir faire un choix entre les morceaux. L'album aurait pu avoir différentes formes mais on n'a pas tergiversé là-dessus.

Comment décririez-vous votre musique aux personnes n'ayant jamais entendu Rogojine ?
Jérôme : On fait de la chanson pop en français, c'est de la musique indépendante...
Christophe : C'est ce que dit toujours Murat : on fait de l'artisanal et on est confrontés à l'industriel dès qu'il s'agit de passer par une maison de disques. Forcément, si tu veux en vivre tu es obligé. Il faut énormément de moyens pour pas grand chose finalement car même si on a fait le disque en studio, on fait quand même de l'artisanal.

Avez-vous subi l'influence d'un disque, d'un livre ou d'un film pendant la composition et l'enregistrement ?
Christophe : Pas vraiment, quand on est arrivés en studio, on avait déjà tout composé, on savait ce qu'on voulait faire. J'écoute tellement de trucs différents que je n'arrive pas à savoir ce qui m'a influencé. J'ai des lubies : à une certaine période, je ne supportais plus les violons dans la pop (à part des Tindersticks, bien sûr... ), à une autre, j'adore la Wah Wah. Il faut rester ouvert aux surprises mais en groupe, c'est difficile. Tout seul, c'est plus facile d'improviser mais à quatre... C'est pour ça que des groupes comme Radiohead restent 6 mois en studio : ils ont des moyens. C'est grâce à ça qu'ils arrivent à être vraiment chez eux en studio puis à faire de l'impro et des choses surprenantes pour eux-mêmes en studio.
Jérôme : C'est ce à quoi on tend : avec l'expérience, les automatismes se forgent. Les influences sont autant musicales que littéraires mais on essaye de faire du Rogojine.
Christophe : Oui, ça c'est plus pour les auteurs : quand je joue de la batterie, je n'ai pas d'influences littéraires !

Tu pourrais très bien pu être influencé par Lautréamont pour une partie de batterie...
Christophe : (Rires) Pourquoi pas !
Jérôme : Pour les textes, ce qui me touche vachement c'est Dostoïevski et la littérature américaine. Je lis vraiment beaucoup, ça me passionne !



Il y a souvent un côté mélancolique dans tes textes...
Jérôme : J'ai sans doute un coté mélancolique. Ça vient naturellement, ce n'est pas quelque chose que je recherche. Je ne me force pas. C'est justement comme ça que les influences sont positives : c'est quand tu fais les choses sans te forcer, et qu'après tu retrouves quelques chose que tu as lu ou entendu.

Magic et Les Inrockuptibles parlent de vous en termes élogieux... Comment prenez-vous ce début de reconnaissance dans la presse nationale ?
Jérôme : Je pense que c'est un peu prématuré de parler de début de reconnaissance parce que ça démarre seulement... On a beaucoup de chance d'être sur la tournée avec Murat, c'est une aubaine car on a beaucoup de mal à trouver des dates de concerts ! La reconnaissance, tant mieux, c'est super... Magic nous soutient, on a déjà eu une pleine page. Maintenant, on sait très bien que du jour au lendemain, ça peut s'arrêter, on va peut être avoir des chroniques qui vont nous casser.
Christophe : Tant qu'on ne passe pas à la radio et qu'on n'a pas vendu un disque, on n'est comme des débutants... La reconnaissance, elle vient de quelques magazines mais on n'a pas eu de véritable reconnaissance publique. On n'a pas beaucoup de dates derrière nous en fait, jusque là on n'a fait des concerts que dans le coin, à part avec Murat mais à cette époque je pense qu'on n'était pas au top, mais maintenant on est sur la bonne voie...

Comment se passe la tournée en première partie de Jean-Louis Murat ?
Jérôme : Jusque-là, on a fait cinq dates et ça se passe bien, ça va crescendo... Le public a été cool avec nous.
Christophe : On est assez contents parce qu'on donne quelque chose aux gens... Si tu ne donnes rien, les gens t'applaudissent par politesse. Il ne faut pas rester cul serré, il faut se lâcher, il faut donner et être soi-même. Quand tu es sur scène, tu n'es pas dans ta boulangerie en train d'acheter une baguette, il faut être dans cet état d'esprit là.

Comment va se passer la distribution du disque avec Discograph ?
Jérôme : Le disque va être distribué dans toute la France. C'est une première pour nous, c'est là qu'on verra ce que ça va donner. Notre distributeur, c'est Discograph et pour l'occasion Sophiane a pris le rôle de label. C'est la première fois qu'ils le font, il y avait un coup à jouer avec nous. Discograph vient d'être racheté par Wagram, ils ont plus de moyens, le disque va être tiré à plus de 3000 je pense...

Avez-vous le sentiment que vos titres ont un potentiel pour passer à la radio ?
Christophe : Dans les années 70, tout pouvait passer à la radio... Pour nous aujourd'hui, les gens retiennent vachement le morceau Aquaplaning parce qu'il y a un univers, une couleur, une mélodie. Il y a peut être d'autres chansons de ce type sur l'album, je ne sais pas... Je me plante souvent, je ne sais pas ce que les gens vont aimer le plus.
Jérôme : On envoie le disque aux radios et c'est elles qui décident... On n'a pas sorti de single. C'est intéressant de voir sur quels titres les radios réagissent ; ce serait bien qu'elles réagissent sur des titres différents, ça me plairait assez !



Comment écrivez vous les chansons ?
Jérôme : Depuis le disque, le fonctionnement a évolué. A l'époque du disque, il y a pas mal de mélodies qui ont été trouvées par Christophe, j'ai écrit les textes qui vont dessus. D'autres mélodies sont de moi par contre... Parfois, des mélodies de Christophe et de moi viennent se mélanger sur un même morceau. Actuellement, c'est plus moi qui apporte les morceaux avec les mélodies et les textes au groupe. En plus, Christophe prépare son disque en ce moment.
Christophe : Une mélodie, c'est quand même un truc personnel. Chacun a son boulot, sa responsabilité dans le groupe : j'ai décidé de ne plus faire de production et de me concentrer sur mon jeu de batterie. Je laisse chacun trouver ses parties et après je donne mon avis. Ça n'empêche pas qu'on a fait le groupe avec Jérôme et j'ai toujours mon mot à dire quand il y a quelque chose qui me va ou qui ne me va pas !
Jérôme : je me suis mis à maquetter les morceaux chez moi, ce que je ne faisais pas avant. Je me suis équipé assez sommairement en informatique mais ça me permet d'apporter les trucs à la base et de travailler les chansons. Désormais, j'apporte des trucs plus concrets, plus finis qu'on travaille après en groupe. Ça donne plus l'impulsion qu'avant, on avance plus sainement. Chacun s'y retrouve...
Christophe : J'ai appris ça avec Murat quand j'ai bossé sur la production du Moujik : il arrive en connaissant les chansons par cœur. Il peut les jouer les yeux fermés donc les musiciens reçoivent des infos précises. Le chanteur, c'est le patron. Dans un groupe comme Radiohead, Thom Yorke c'est le patron, même si tu n'as pas cette impression.

Y-a-t-il des musiciens ou des producteurs avec lesquels vous aimeriez travailler pour le prochain disque ?
Jérôme : Je commence un peu à entrevoir l'album par rapport à ce que j'écris en ce moment. Les musiciens seront les mêmes, il n'y aura pas de musiciens additionnels. Je pense qu'on tient la formule, si la chanson est bonne ça doit fonctionner avec une basse, une batterie, une guitare et le chant. J'aimerais bien qu'un côté assez live ressorte. Pour la production, on peut très bien s'en sortir nous-mêmes ! C'est pour ça qu'on joue déjà certains nouveaux morceaux sur scène, c'est plus naturel après en studio. Pour l'instant, le prochain disque, c'est assez lointain.

Les titres en anglais sont très réussis à mon avis, allez vous en faire plus ?
Jérôme : Il n'y a rien de calculé là-dessus ; il y a trois titres complet en anglais et un titre à moitié en français et en anglais. C'est très possible qu'il n'y ait aucun titre en anglais sur le prochain disque. J'ai quand même l'impression d'écrire de moins en moins en anglais. Je me rends compte de la richesse de la langue française, je pense qu'au niveau de la chanson française contemporaine rien n'a été dit. Ça m'énerve quand j'entends des musiciens français dire qu'ils n'ont plus de complexes vis à vis aux artistes américains ou anglais ! Alors ça j'aimerais bien le voir, je n'y crois absolument pas ! Il y a encore beaucoup de choses à intégrer, à assimiler au niveau de la chanson française. Je ne dis pas que je suis bon pour faire ça, mais en tout cas c'est un travail que j'ai véritablement envie de faire ! Travailler le mot et intégrer les influences anglo saxonnes telles qu'elles sont pour que le texte prenne de l'ampleur et ne soit pas dissocié de la musique. On écoute tellement de rock français, comme Dolly et compagnie, avec une musique inspirée par les anglo saxons et des textes en français parce qu'on est en France. C'est souvent facile et rempli de lieux communs.



Partir enregistrer aux USA, ça ne vous direz ?
Jérôme : Moi, ça ne me déplairait pas, ça doit être super intéressant !
Christophe : En France, les maisons de disque te mettent une grosse pression car le marché est relativement petit. Aux Etats-Unis, même les groupes indés arrivent à se démerder car le pays est immense. Sinon, faire un tour là-bas dans de bonnes condition, c'est pas un problème !

Etes-vous déjà allé aux USA ?
Jérôme : Je suis né en France mais j'ai vécu 8 ans aux USA, mon père bossait chez Michelin. Il a été envoyé là-bas en 1976 et on est revenus en 1984. Forcément, j'ai un peu des racines là-bas. J'ai pas mal visité, je suis fan de la culture américaine. Je lis beaucoup de littérature américaine. J'y suis retourné l'été dernier en voyage de noce, à Chicago et New-York. Maintenant, on me prend pour un Irlandais ou un Ecossais, je perds l'accent.

Est-ce un fantasme pour vous de travailler avec un producteur américain ?
Jérôme : On dit qu'on veut faire les choses nous-mêmes mais si un gars intéressant nous apporte vraiment un truc sur notre musique, pourquoi pas ! La musique, ce sont des instants ou tu rencontres des gens. Il ne faut pas que ce soit la maison de disque qui impose. Par contre, si c'est une rencontre humaine... J'ai lu un article intéressant sur Steve Albini, apparemment il se met au service de la musique du groupe qui débarque dans son studio. Il est prêt à accepter tous les groupes à partir du moment où ça lui plaît : ses tarifs ne sont pas élevés... En plus, il habite dans son studio et c'est un véritable preneur de son.
Christophe : Il veut que chacun trouve son son de guitare puis il enregistre. Il aide les musiciens à prendre leurs responsabilités. Sinon, j'aimerais bien bosser avec Brian Eno !
Jérôme : Travailler avec Mark Linkous de Sparklehorse aussi ça serait bien... "



A lire également sur ConcertAndCo.com : des chroniques de concerts de Rogojine en première partie de J.L. Murat en novembre 2003, en première partie d'Holden en janvier 2003 et les chroniques des disques.

(Photo Franck Boileau)


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