Daniel Darc + Cocoon 1er décembre 2005- La Baie des Singes, Cournon
C’est dans le cadre très intimiste du café théâtre la Baie des Singes que Daniel Darc et Denis Clavaizolle donnaient - devant un public de fans et d'étudiants ayant présenté à l'artiste leurs dessins et vidéos dans l'après midi - la première (et pas la dernière espérons-le) représentation d’un nouveau spectacle piano/voix superbement épuré... .../...
C’est dans le cadre très intimiste du café théâtre la Baie des Singes que Daniel Darc et Denis Clavaizolle donnaient - devant un public de fans et d'étudiants ayant présenté à l'artiste leurs dessins et vidéos dans l'après midi - la première (et pas la dernière espérons-le) représentation d’un nouveau spectacle piano/voix superbement épuré... Tout le contraire donc de la prestation scénique franchement rock avant Iggy & The Stooges début juin 2005, dans un stade, en région parisienne.
« Les regrets ça va droit au cœur, et ça y reste jusqu’à ce qu’on meurt… »
Juste après la très bonne première partie assuré par le duo clermontois Cocoon (une folk pop sobre très marquée par Elliott Smith et portée par deux voix superbes, l’une masculine, l’autre féminine, une guitare sèche et un piano ; à suivre bientôt sur le disque enregistré au studio Sophiane), les deux têtes d'affiche arrivent sur scène et prennent place, l’un - Daniel Darc - debout derrière un micro, et l’autre - Denis Clavaizolle - assis avec devant lui, un piano et des claviers. C’est parti pour une heure et quart magique de chanson française sans guitare. La voix gainsbourienne de l’ex Taxi Girl et ses textes déchirants sont parfaitement mis en valeur par l’écrin sobre tissé par les doigts de l’ex acolyte de Jean-Louis Murat. L’auteur du toujours magnifique album Crèvecœur a les idées claires, il est concentré et les interprétations des titres de son dernier album et de ses disques solo ou de son ancien groupe sont poignantes. Dans cette configuration scénique qui devrait tourner en France en mars/avril 2006, on perd en puissance rock ce qu’on gagne en émotion ; saisissante impression que celle d’être dans un petit cabaret parisien en face d’un homme décrivant avec des mots touchants les démons qui l’habite quotidiennement. Malgré un petit mot d'humour répondant aux applaudissements nourris après la présentation de Denis, qui se produit à domicile (« Quand on jouera à Pigalle, ça ne sera pas pareil ! »), l'atmosphère n’est pas particulièrement à la gaudriole... Mais si les sentiments décrits (regrets éternels, envies d’en finir une bonne fois pour toutes) le sont sans concession aucune et quasiment sans espoir, on espère que la catharsis fait doucement son effet, prostré sur notre chaise avec une impression de vertige. Mais au moment où l’on prend de plein fouet les lignes suivantes, extraites du magistral La pluie qui tombe, on se dit que rien n’est gagné : « Les regrets ça va droit au cœur, et ça y reste jusqu’à ce qu’on meurt… Quand on est mort que reste-t-il ? Quelques bouquets de roses inutiles, bien trop fragiles. »
« Je suis déjà parti, fais comme si tu ne m’avais jamais connu, tout est foutu. »
En plus de chanter avec le talent déjanté qu’on lui connaît, Daniel Darc joue (bien) de l’harmonica, s’essaye un peu aux claviers et lance des samples de bruits inquiétants, répondant ainsi aux musiques dépouillées signées par Denis Clavaizolle. Sans surprise, la majorité du dernier album est passée en revue (on retiendra plus spécialement Jamais, jamais, Elégie #2, Un peu c’est tout, Rose rouge) mais quand Daniel Darc décide de replonger dans son répertoire plus ancien, ce sont des frissons qui parcourent tout notre corps. Le retour en arrière commence avec l’interprétation du très beau titre Rien de toi (qui figure sur un album commun avec Bill Pritchard) puis se poursuit avec, entre autres, des extraits du magistral disque Nijinski (Pitchipoï Hôtel, Haute surveillance, Il y a des moments), le hit Aussi belle qu’une balle (très beau débarrassé de ses oripeaux de tube FM trop produit), avant d’atteindre des sommets avec le sidérant Je suis déjà parti, un titre dont les paroles trottent dans la tête longtemps après le concert : « Je suis déjà parti, fais comme si tu ne m’avais jamais connu, tout est foutu. Et si tu m’entends le soir quelques fois, éteins la radio, fais comme si tu n’entendais pas. Les meilleures choses ont une fin, et puis aussi tu comprends bien, dans ces conditions, que je m’en aille. Je suis déjà si loin… »
Après avoir brièvement regagné les loges, le complice duo revient pour jouer le tube de Taxi Girl, Cherchez le garçon, introduit par un petit discours de Darc. Dans celui-ci, il explique que jusqu'à récemment il détestait ce hit repris par la Star Ac - même s’il constitue une source de revenus non négligeables tous les trois mois, avec la reception du chèque de royalties -, mais que maintenant avec le piano de Denis, il ne le déteste plus, ça va… Et c’est vrai que ça va très bien, cet arrangement d’une extraordinaire sobriété. Le concert se termine dans la même ambiance, avec un morceau qui figurait au répertoire de Chet Baker, My funny Valentine ; et là aussi c’est très beau. Espérons qu’après une période de composition du nouvel album, Daniel Darc puisse présenter en tournée ce concert qui montre son talent sous un autre jour, moins rock ‘n roll mais tout aussi marquant. Comme quoi tout n’est pas si foutu que ça…
Set list :
La main au cœur
La pluie qui tombe
Je me souviens, je me rappelle
Un peu c'est tout
Rouge Rose
Inutile et hors d'usage
Elégie #2
Rien de toi
Haute surveillance
Pitchipoï Hôtel
Il y a des moments
Aussi belle qu'une balle
Jamais, jamais
La ville
Quelqu'un comme toi
Je suis déjà parti
Jeanne Cherhal + Loïc Lantoine 18 mai 2004- La Baie des Singes, Cournon (63)
Au Printemps de Bourges 2004, Jeanne Cherhal, pourtant une découverte du cru, a bénéficié en tout et pour tout de 28 minutes pour présenter son deuxième album avant l’arrivée de Lhasa sur scène. Juste avant, le drolatique David Lafore Cinq Têtes avait eu à peine plus de temps pour dévoiler les chansons pince sans rire gorgées d’humour absurde .../...
Au Printemps de Bourges 2004, Jeanne Cherhal, pourtant une découverte du cru, a bénéficié en tout et pour tout de 28 minutes pour présenter son deuxième album avant l’arrivée de Lhasa sur scène. Juste avant, le drolatique David Lafore Cinq Têtes avait eu à peine plus de temps pour dévoiler les chansons pince sans rire gorgées d’humour absurde qui seront présentes sur son premier album prévu à l’automne… Parfois, on se demande vraiment si les programmateurs n’ajoutent pas des noms sur une affiche pour se dédouaner… tout en ne prévoyant pas le temps nécessaire à l’épanouissement des nouveaux talents, « contre productivité » à court terme oblige. On devrait juger un artiste en tête d’affiche, un public, une salle ou un festival à la place laissée à la première partie pour s’exprimer et à l’accueil qui lui est réservé… Aussi bizarre que cela puisse paraître à certains, les « vedettes » d’aujourd’hui ont elles aussi débuté en essuyant les plâtres pour des artistes plus connus qu’eux à l’époque.
Levons le suspense tout de suite, la Baie des Singes, le festival « On connaît la chanson » et Jeanne Cherhal ont permis à Loïc Lantoine de présenter les perles de son album Badaboum une heure durant. Et le public, surpris au début, lui a réservé un accueil chaleureux et enthousiaste, allant même jusqu’à le rappeler à la fin ! Cerise sur le gâteau, l’excellent concert de Jeanne Cherhal se terminera même par un duo avec Loïc Lantoine sur Je voudrais dormir initialement interprétée avec Jacques Higelin sur Douze fois par an.
Ce genre de soirée très réussie réconcilierait presque avec le nauséabond business de la musique ! En plus d’assister à un réjouissant spectacle de Jeanne Cherhal avec son précieux guitariste/bassiste Eric Löhrer, le très nombreux public a pu découvrir la chanson pas chantée de Loïc Lantoine et son univers poétique, drôle, désespéré et surprenant… Accompagné par le parfois terrifiant François Pierron, contrebassiste de son état, accessoirement hurleur, pitre et strip teaseur, la nouvelle signature des Têtes Raides sur leur label Mon slip (sic) a véritablement brûlé les planches grâce à ses morceaux tombés de nulle part… Quand ce monsieur - tour à tour lunaire ou performer déchaîné - crache ses mots avec l’aide de son ami martyrisant sa contrebasse à grands coups de cintre, on se dit : « j’ai bien fait d’arriver à l’heure ! »
Peu de temps après, la prestation de Jeanne Cherhal a bénéficié d’un remarquable écho auprès du public, semble-t-il déjà conquis par les passages radio de l’espiègle jeune femme. Avec son humour décalé assez jubilatoire, l’auteure/compositeur raconte ses histoires ancrées dans le réel, avec une verve et un aplomb qui devrait la mener loin. Si musicalement on a déjà entendu plus novateur, l’ensemble produit un effet irrésistible aussi bien sur disque que sur scène. Les quelques faiblesses dans les textes, d’ailleurs autobrocardées avec un délicieux sens de l’autodérision, sont balayées par le tourbillon scénique déclenché par le complice duo. Quand les lumières se rallument après une superbe reprise débranchée de Nougaro (Bindonville), on se dit que ce serait une bonne chose si tous les concerts pouvaient se dérouler dans la même ambiance conviviale... et le même environnement propice à la découverte.