
Il est des concerts que l’on n’a pas envie de louper. Pour ce que l’on sait qu’ils seront uniques, différents. Dans le cadre des Chants Sacrés en Méditerranée, le
Cor se produisait samedi dernier aux archives et bibliothèque départementales Gaston Deferre à Marseille. Ce soir, pas de farandoles déchainées, pas de transes virevoltantes, pas de public trépignant au rythme des bendirs et des tambourins habituels.

Ce soir, c’est une salle assise, concentrée, à l’écoute des silences qui surgissent et enflent entre les voix. Les chants sacrés issus de la tradition populaire sont dans toutes les cultures, porteurs d’une émotion brute, d’une naïveté d’espoir et d’une force particulière où la religion disparait derrière le sacré, cette dimension spirituelle à laquelle l’humanité peut s’élever lorsqu’elle laisse de côté l’ambition du paraitre. Ce soir, les voix des chanteurs seules viennent habiter l’espace.

Aux premières notes, c’est aussi pour certains d’entre nous, un saut dans le passé du
Cor. Les morceaux choisis sont presque tous issus de leur premier album,
Es lo titre. Et réentendre Lo Baron San Alessi ou La Passien presque dix ans après leur enregistrement, enrichis de l’expérience acquise par le groupe au long de ces années, est un bonheur rare.

La pureté des voix, leur accord et leur force éclatent ici comme rarement, la polyphonie poussée à l’extrême prend d’un coup tout son sens. Les trois premiers chants s’enchainent sans pause avant de finir dans un jeu de souffles à peine audibles qui laissent le public suspendu, attentif.

Les applaudissements eux-mêmes auront ce léger décalage qui nait parfois lorsqu’il est difficile de rompre le silence né des harmonies.
En dix ans, le groupe n’a rien perdu de l’enthousiasme gourmand de ses débuts. Le plaisir est visible, la complicité palpable. L’aisance technique acquise au long des années permet au groupe toutes les audaces, tous les jeux.

De la polyphonie la plus classique au beat-box le plus moderne les cinq garçons font feu de tout bois, explorent et mélangent.
La force et la pureté des chants sacrés populaires permettent peut-être plus que d’autres répertoires ces expérimentations, ces dentelles vocales à la recherche de l’émotion brute.

Il faudra attendre le rappel pour voir arriver bendir et tambourin, avec finesse et humour
Manu Théron entraîne le public à sortir de l’auditorium pour le dernier morceau, une Noviota endiablée où l’émotion accumulée depuis le début du concert se relâche enfin dans une joie communicative, une légèreté qui soulage.
Lo Cor de la Plana depuis presque dix ans avance, travaille, cherche sans relâche et sans esbroufe. Et tout est là, la forme et le fond. Des voix parfaitement distinctes unies dans une polyphonie réellement collective où chaque élément, chaque personnalité trouve sa place, des textes qui du sacré à la révolte ne sont jamais gratuits.

Et toujours cette énergie qui se donne en offrande revigorante, ce plaisir visible à être ensemble. Oui, il est des concerts qui ne se loupent pas.
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