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Amnésie fait du bruit : Markovo + Kid Francescoli + Frederic Nevchehirlian +Nacimiento

Cabaret Aléatoire - Marseille   6 mars 2008

Concert à ne pas manquer

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    Ha, encore un soir de match ! ... Et bien, cette fois, même si on se dit toujours qu'il pourrait y avoir plus de monde, les marseillais ont assez honnêtement empli le Cabaret, eu égard, de surcroît, à une programmation toute "en émergence"... La gratuité de l'évènement y serait-elle pour quelque chose ? Convainquons-nous que non. Il y avait bien autre chose pour motiver les troupes, ce soir-là...

    Tout a démarré avec une série de "live" acoustiques aux Grandes Tables, juste à l'étage au-dessus, avec un plateau radio en direct (88.8 fm, bien sûr...). Et on a beau dire, le direct radio, ça met tout de suite un petit truc en plus, une sorte de petite pression que l'on ressent du côté des artistes, comme si jouer devant des gens était moins exigeant que satisfaire d'invisibles auditeurs qui n'ont que le son pour se faire une idée de la chose... Du coup, tous les artistes présents sont concentrés et minutieux, et le public se range à cette atmosphère son verre à la main, courtois, calme et respectueux. Il faut dire que la thématique de cette soirée ne prête pas forcément non plus à l'exubérance : il s'agit ici de dénoncer les silences du monde sur les peuples dont on a tenté de rayer la culture de la carte tout au long du siècle dernier, et hélas, encore à nouveau dès le début de celui-ci...
    Pourtant, même la partie "interview" en direct, où des interlocuteurs se succèdent pour tenter d'apporter une parole sur la plaie qu'est cette forme "d'Amnésie Internationale" face aux génocides et aux négationnismes de l'histoire, reste agréablement intelligente : aucun pathos lénifiant à l'horizon, pas de succession interminable de lieux communs, l'animatrice gère son émission avec tempo, une fraîcheur appréciable et ce, tout en gardant le sérieux nécessaire à l'évocation d'un tel sujet.
    Et puis, entre toutes ces paroles qui alternent sagesse, émotion, courage et invitations à la conscience il y a ces mini sessions acoustiques : les deux leaders de (feu ?) Nacimiento qui mélangent leurs voix subtiles sur des vagues de violon, la langueur méditarranéo-anglaise de la formule réduite de Kid Francescoli, le dandy blues du guitariste et du chanteur d'Heidi, le folk limpide et envoûtant du chanteur de Nation All Dust (quelle superbe reprise des Kinks !...), sans parler de la performance saisissante de Fred Nevchéhirlian !
    Il plane finalement sur les Grandes Tables une atmosphère reposante, empreinte de notes et de vibrations qui se diluent entre gens ouverts, disponibles et partageant un sentiment fugace d'humanité.

    C'est disparates que nous gagnerons sagement le Cabaret, dans lequel Markovo, seul derrière une barrière de claviers et machines, façonne (tout en esquissant quelques pas de danse timorés) une électro-noise un peu plus offensive que ce que son habituelle formule trio délivre : et ma foi ça, lui réussit plutôt bien. On est bien loin d'un alignement de kicks putassiers à faire trémousser les filles, ça c'est sûr, mais quelques patterns bien velus viennent quand même galvaniser son voyage intersideral à travers des sons tour à tour meta-vintages ou infra-modernes... A son habitude, Markovo, sorte de Prince d'Euphor égaré au sourire charmeur déroute donc la foule, et si ce n'était ce reste de timidité stagnante qui l'empêche de laisser libre cours à son imaginaire, il pourrait nous embarquer sans plus d'effort dans un unnivers robotique et bigarré, martelé de coups et maquillé au lavis; il s'avère qu'il s'agissait là de sa première apparition en solo : le "Markovo Live Machine" a certainement de beaux jours devant lui...

    Quand les Kid Francescoli investissent la scène la foule se rapproche, et les 5 comparses installent leur pop retro-planante au moyen d'un son exceptionnel (mention spéciale à leur ingé son qui fait là une véritable performance...) qui ne tarde pas à hypnotiser la plupart d'entre les spectateurs : quelques minutes plus tard un sittin' improvisé s'est organisé à même le sol : les belles choses nécessitent parfois du confort pour en saisir vraiment l'intimité. Le no-look du chanteur et sa voix dont il faut se porter à l'écoute, ce son de rythmique si particulier, entre basse ovoïde et caisse claire élégamment étouffée, la voix douce et cristalline de la chanteuse, le mood désuet des claviers, tout opére comme un charme subtil chez Kid Francescoli : du grand art fait avec une apparente simplicité. La classe.

    Nevchéhirlian. ah, Fred Nevchéhirlian, le slammeur iconoclaste qui détruit tous les poncifs du genre en trois strophes, lorsqu'il s'accompagne d'une guitare aux accents rudoyants et râpeux, ouvre tout un pan fascinant de sa palette : la puissance de ses textes vient se battre avec une succession d'accords aux dents serrés, et nous voilà face à un phénomène dans le phénomène. Il y a des gens, comme ça, qui font vraiment croire que des fées se penchent parfois sur certains berceaux... en tout cas si elles le font, le sien aura été de ceux-là.

    Puis les Nacimiento viennent clôturer le bal. Reformés pour l'occasion après un long silence, il se murmure qu'il s'agirait de leur ultime live : que cette info soit vérifiée ou pas, ils se lancent dans un baroud ravageur sur une reprise de "Can't get you out of my head" de Kylie Minogue boostée aux hormmones anglosaxonnes, à savoir baveuse, sonique et méprisante : bêtement régalant. Le son est énorme, poussé d'un bon cran (nouvelle dédicace à cet autre ingé son, ça fera deux fois dans une même critique !...) et jouissif, et les quatre beaux gosses marseillais restent campés dans un rock enfoncé : pourtant, sautillants, joyeux, on les sent ultra-motivés. Le dernier quart d'heure de ce set, cependant, n'aurait pas, à mon sens, mérité d'être joué : un peu de fatigue et une absence prolongée sur scène ces derniers mois ont eu probablement raison de cette belle énergie de départ, qui finit hélas par s'essoufler.

    Qu'à cela ne tienne, la foule s'est tenue debout pour ovationner tout à la fois Nacimiento et l'ensemble de cette initiative portée à bout de bras par la J.A.F et le collectif Co3, et le froid mordant nous ramène vers nos voiture alors qu'on se donne déjà rendez-vous au Dock des Suds le 22 mars, pour de la bonne musique (Arrrg, Mônsieur CharlElie Couture !) mais aussi "pour que l'Histoire ne se répète plus."

    Signature : Kouros
    le 07/03/2008
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