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Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko

LA CIGALE, Paris   20 avril 2008

Concert à ne pas manquer

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    Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko à la Cigale. Un concert « spécial Fred Chichin ». Une leçon d’amour partagée avec une émotion sincère dans un lieu mythique.


    Déjà un tour de soleil depuis le concert du 20 avril 2007 à la Boule Noire, boulevard Rochechouart à Paris. 20 avril 2008, la Cigale. Un an. Pile. Fred a quitté la planète et Catherine réunit Sylvain Laforge, Mark Kerr, Pascal Simoni, et Eddy Duffy à la basse, pour une mémorable dédicace de cœur. Pas n’importe où. La Cigale, une scène parisienne qu’ils ont défendue et fêtée ensemble avec Fred lors du vingtième anniversaire, il y a un an. Tous les ingrédients sont là pour une soirée forcément différente.

    A 20h30, quand Catherine entre en scène devant une salle comble, l’émotion est palpable. Vêtue d’un manteau en peau marron, les cheveux en chignon, le regard entier, Elle est là. Debout. Courageuse quand elle annonce avec le sourire qu’elle veut faire de cette soirée « une soirée spéciale Fred Chichin ». Elle, crie. Le public l’acclame. Prêt à l’épauler, la soutenir devant ce qui s’annonce comme une ascension à risque.

    Kerr, chapeau gris à l’anglaise sur la tête a le sourire. Simoni, les yeux bleus, vigilants et bienveillants guette, Laforge avec une douceur rassurante se place en avant et Duffy s’impose avec l’énergie rock d’un battant qui sait la place difficile. Le concert démarre très vite. Et rapidement on comprend que les liens créés entre Catherine, Simoni, Kerr et Laforge vont être déterminants pour la soirée. Ils sont ensemble depuis le début de la tournée. Si Elle connaît sur le bout des doigts ses jeux de scène, les possibilités de son corps, Catherine sent aussi qu’elle peut se faire rattraper par l’absence de Fred. Elle veut rappeler Fred à nos yeux pour cette soirée mais le corps a de la mémoire et les lieux vous tiennent parfois en embuscade, prêts à vous décocher un souvenir inattendu qui déstabilise. Comment être sûre d’être à la hauteur ? Tout donner. Ne rien avoir à perdre pour ne rien regretter.

    Dès le départ, les musiciens mettent le feu sur scène pour emporter Catherine hors du temps et du lieu. Simoni qui pianotait souvent assis est ce soir debout sur le clavier, Mark Kerr fait vite tomber le chapeau, tic-tac, ça tape et ça claque. Sylvain, qui autrefois se cachait derrière ses lunettes rectangulaires, quitte dès qu’il le peut la guitare du regard pour la rassurer et lui sourire en coin. La complicité est grandissante.

    Ça fonctionne. Dès les premières chansons, les réflexes sont là. Catherine enchaîne les textes avec l’énergie burlesque qu’on lui connaît. Le pied de micro est vivement tordu, brusqué, projeté à terre. La voix est ferme. Une énergie rock débordante relayée par des cris-détonation. C’est au tour de la peau marron. Elle y croit. L’enveloppe tombe. La mue est en action. La bouche en avant, le pas volontaire, elle avance avec la mécanique de la bête de scène qu’elle a en elle. La broche brillante en forme de cœur jaillit du milieu du décolleté et c’est avec une implacable détermination qu’elle projette le manteau au sol. Elle est là, victorieuse, marchant sur le temps et la vie. Elle tient bon. Elle chante. Ça moove.

    Mais quand la musique cesse dans les transitions, quand le dos se montre au public, pour éponger, étancher la soif d’un corps théâtralisé, le visage change. Le métier est là, certes. Mais Catherine a beau ne regarder qu’à sa droite vers Simoni, Laforge ou Mark pendant les chansons, au risque d’oublier parfois le bassiste, Fred est là, malgré le spectacle. Alors quand elle décide de porter un haut de forme noir à voilette et qu’elle commence à lancer « C’est comme ça. », l’émotion l’assaille. Les quelques centimètres de voilette ne tardent pas à cacher les yeux. Tombe à genoux à l’avant scène. Les harmoniques de la voix se fissurent. L’énergie cède la place à la tristesse. Sylvain la regarde chavirer et prendre le risque de l’émotion sincère. Les musiciens la poussent et la voix tressaille. « Ce secret qui me tord le cœur…Ah, la la la... C’est comme ça » est lancé avec la rage de l’injustice, une déchirure devant l’indicible et l’incompréhensible. Catherine plonge pour rebondir. La tristesse s’est transformée en révolte. Une révolte secrète révélée au grand jour.

    Jusqu’à 21h45, Catherine enchaîne alors des textes qui résonnent douloureusement. Fred Chichin est souvent cité comme dans cette chanson sur le thème des guitares qu’il lui a demandé d’écrire par le passé. Les musiciens, admirables de générosité, la portent. C’est la magnifique surprise de cette soirée. Une superbe cohésion musicale et humaine, une énergie positive qui semble déplacer les montagnes. Tous du même côté. Le public avec.

    Le potentiel de ce nouveau groupe est indéniable. Elle vient d’ailleurs régulièrement chercher les sourires de Simoni qui lui en donne autant qu’Elle le souhaite. Ses silences sont convaincants : bien sûr que tu tiens la scène semble dire Simoni. Mark l’encourage à poursuivre, même sur les textes les plus durs, quand elle semble résignée par la tristesse et dire c’est trop dur. Sylvain en pilier porte le groupe en façade et en intériorité. Quant à Eddy-la-Basse, déjà partenaire de Mark Kerr chez les Simple Minds, il croise désormais les yeux de Simoni pour mieux se fondre sur le plateau.

    Le concert s’enchaîne alternant tristesse et rage de vivre. A la fin du premier set, Catherine crie : « Vous croyez que Fred est content de cette soirée ? » Une question tremblante qui cache une fragilité. Oui, Fred peut-être fier. De cette sincérité de cœur, de cet amour partagé et assumé. Aussi vrai qu’on est sur scène pour d’autres raisons qu’exclusivement la joie, Elle vient de prouver à tous qu’on peut être belle et puissante dans la fragilité.

    Le deuxième set reprendra jusqu’à 22h25. C’est affublée d’une espèce de filet blanc sur la tête qu’Elle réapparaît. Etonnante. Une manière de rebondir sur une nouvelle excentricité pour un nouveau personnage. Apaiser les émotions par l’humour des coiffures. Un prolongement de Rita qui n’en est pas un. Un nouveau geste pour s’approprier seule la scène en chanson. Prendre seule de nouveaux risques puisque la vie continue. Les reprises donnent de l’air et font mouche, Importante è finire de Mina Mazzini, Mink Deville, David Bowie, After Hours du Velvet Underground, même si toutes retracent le parcours du couple.

    C’est plus légère qu’Elle se tourne désormais volontiers vers Eddie Duffy. Ce côté cour de la scène inconsciemment ou consciemment délaissé pendant toute la première partie peut-être par peur d’y apercevoir Chichin. Duffy l’aide et se déplace volontiers vers Laforge. Une élégante générosité là encore. Des mouvements inattendus pour déplacer les repères et avancer. Montrer qu’on prend soin d’Elle. Et puis… il y a Andy. Le filet qui maintenait ses longs cheveux tombe. Le masque tremble. Le visage bouillonne. La tête trop lourde de souvenir tourbillonne. Les cheveux dansent. Puis, s’assoit sur un retour en avant-scène. Le sketch visuel d’Andy autrefois amusant est joué avec mélancolie. Le désir n’est plus ce qu’il était. A quoi bon se maquiller et faire semblant. Et ça repart pour des contorsions les yeux fermés. Jusqu’au dernier rappel.

    Habillée de son manteau en peau marron et couverte d’un foulard orange sur la tête, Elle revient en scène. Guitare électro-acoustique en main, elle chante Marcia Baila sans danser. Succès total dans la salle. La boucle est bouclée… Enormes applaudissements pour ces deux heures d’incroyable vie et d’amour. Elle sortira en clamant « Maintenant je ne suis plus triste… ». Désormais tout reste possible.


    © Etat-critique.com - 22/04/2008

    Signature : Sébastien Mounié
    le 22/04/2008
>> Réponse (le 29/04/2008 par alexandra)
Bravo et merci pour cette critique, c'est la plus juste et la plus belle que j'ai lue jusqu'à présent. J'étais à la Cigale le 19, j'ai aussi écrit un petit article et posté quelques photos sur mon blog (http://visiteursdusoir.spaces.live.com/), si tu as l'occasion de passer par là. J'ai ressenti les mêmes émotions que toi, vraiment...une très très grande soirée.

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