Microsillon, ce n’est pas le nom d’un groupe, mais celui d’une compagnie de théâtre de rue qui joue en intérieur et qui fait surtout du mix… Vous suivez ?
OK, reprenons. Le Daki Ling accueille depuis le 1er mars Fausse piste, « un duo clownesque et musical » de la compagnie Microsillon.
Sur scène, un meuble design orange, une table rose, deux chaises, un pan de mur (l’entrée de la cuisine, de la chambre, de la salle de bain ?) et au milieu trône une énorme table de mixage de DJ, avec deux platines et la boites à putters.
En une heure, fausse piste raconte les petits arrangements et renoncements qui se passent dans un couple. Une idée assez banale sauf qu’ici tout passe par la musique. Madame (extraordinaire Patricia Marinier) en a marre d’être considéré comme un objet par son homme (Boris Arquier, idem) qui lui ne pense à qu’à ses mix. C’est que monsieur est DJ, mais aussi human beat box et qu’il ne semble exister que par une choses : la musique.
Ça commence avec le café, ça finit dans le sang. Entre deux, on aura du mal à relâcher la pression des zygomatiques tant les saynètes qui s’enchaînent visent juste. Elle, mal réveillée, qui jette les croissants achetés par lui, qui espère ainsi se faire pardonner de la nuit blanche qu'il vient de passer à mixer, elle qui se fait moche, qui se fait belle, qui ne sait plus quoi faire pour exister, lui qui rejoue encore en encore le mix qu’il a réalisé la nuit dernière pour faire vibrer le dancefloor, la femme qui veut s’affirmer face à lui en le repoussant mais qui fond comme une gamine quand il se fait câlin.
Incapable finalement de communiquer, de se comprendre, ils en viendront aux mains. Pas de coups, mais un ping-pong de mix, chacun à sa platine, casque de l’ONU sur les oreilles. A base de 45 tours des chansons populaire françaises, de Sheila à cloclo en passant par Piaf, Nougaro et même Trust, chacun essayera de dire à l’autre ce qu’il pense, ce qu’il ressent. Mais, même là, la communication échouera. Dans ces cas là, on se sépare (au mieux) ou on tue l’autre (plus scénique quand même).
Voilà, ça dure une petite heure, c’est extrêmement jouissif, les deux acteurs sont vraiment excellents, la bande-son merveilleusement ringarde et surtout, le rire provoqué rend intelligent : Il nous amène à poser certaines questions sur nos (in)capacités à entrer vraiment en communication avec l’autre. Ici, la musique sert de béquille, ça demeure finalement assez marrant, en tout cas enrichissant, mais il faut reconnaître que dans la majorité des cas, la béquille, c’est la télé… Si un spectacle était parti de cette réalité, je ne sais pas si j'aurais autant rigolé...
Fausse piste encore sur scène les 8,9 et 10 mars au Daki ling
45 A rue d’Aubagne Marseille 04 91 33 45 14